Crise de la dette: Si Eva Joly était présidente...

POLITIQUE La candidate écologiste a expliqué les mesures qu'elle mettrait en place pour réduire la dette de la France...

Maud Pierron
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La candidate d'Europe Ecologie-Les Verts pour la présidentielle de 2012, Eva Joly, a présenté son programme économique lors des Journées d'été du parti, le vendredi 19 août, à Clermont-Ferrand.
La candidate d'Europe Ecologie-Les Verts pour la présidentielle de 2012, Eva Joly, a présenté son programme économique lors des Journées d'été du parti, le vendredi 19 août, à Clermont-Ferrand. — THIERRY ZOCCOLAN / AFP

De notre envoyée spéciale à Clermont-Ferrand

Oui, dans sa besace de candidate, Eva Joly a des outils pour répondre à la crise de la dette.  La Franco-norvégienne a improvisé ce vendredi après-midi une conférence de presse pour exposer clairement ses mesures, «son chemin», pour réduire l’endettement de la France «sans sacrifier notre modèle social». Il était temps, tant les écologistes ont été absents des débats la semaine dernière. La faute aux vacances.

Et pour répondre au début de cacophonie sur le sujet, introduite par la porte-parole du mouvement et «amie» d’«Eva», Laurence Vichnievsky, qui prône un retour à l’austérité.

Dans la chaleur étouffante d’une salle d’un gymnase de Clermont-Ferrand, Eva Joly a mis les choses au clair: «L’austérité n’est pas une fatalité. Il y a un chemin pour s’en sortir, diminuer l’endettement et financer la reconversion écologique».  Le retour à un endettement à 3% du PIB en 2013, comme s’y est engagé le gouvernement, «ce n’est pas raisonnable», «la conjoncture actuellement est tellement incertaine», a ajouté la candidate écologiste, qui tenait visiblement à afficher sa crédibilité sur le sujet. 

«Le manuel du parfait homme politique»

Son plan porte sur cinq mesures phares, au niveau européen et français. D’abord, au plan communautaire, l’eurodéputée prône une «mutualisation des dettes». Ce serait une «arme de dissuasion massive contre la  spéculation sur les dettes», a développé l’ex-magistrate, derrière son pupitre. Et cela permettrait aux pays les plus exposés de se refinancer à un «taux raisonnable». Pour gérer cette dette, une «agence européenne» serait créée. Évidemment, il y aurait des «contreparties», notamment «un contrôle sur les budgets nationaux» et une «politique fiscale harmonisée». Le «premier pas  vers une Europe fédérale». «Nous souhaitons faire un audit européen des dettes publiques» pour que chaque citoyen sache «qui s’est enrichi».

En France, «si j’étais présidente», a-t-elle continué dans son exposé, elle proposerait un paquet fiscal de 20 milliards d’euros par an. «Il manque 100 milliards d’euros», dus, selon elle, aux réductions d’impôts de la droite. Pour y parvenir, Eva Joly entreprendrait «une double réforme fiscale, plus juste» et centrée sur l’environnement. Au menu, suppressions de niches fiscales, augmentation de la TVA à 5,5% dans la restauration notamment. Et des hausses d’impôts directs pour les Français les plus riches. «Je suis la seule à dire que j’augmenterais les impôts», a-t-elle insisté, alors que «le manuel du parfait homme politique » préconise de ne jamais le dire. Si elle prend ce risque, c’est parce que «les Français sont fatigués des mensonges» sur le sujet.

«Arme absolue» contre la fraude fiscale

 Surtout, la fraude fiscale, estimée à 40 milliards d’euros, seraient traquée. Se défendant d’être «naïve», elle a assuré que «nous savons parfaitement comment faire», mais «il n’y a pas de volonté politique» pour y aboutir. Son «arme absolue»? Obliger les établissements bancaires de déclarer l’ensemble des comptes des Français sous peine de perdre leur licence, a expliqué celle qui a consacré une partie de sa vie à combattre les paradis fiscaux.  Enfin, pour préparer «la reconversion écologique de l’économie», il faut 50 milliards par an, qui seront financés par la création d’un «livret vert», sur le même modèle que le Livret A avec les logements sociaux.

En déroulant son plan sur la dette, la candidate espère marquer sa spécificité. «J’incarne une forme d’écologie ancrée dans la réalité économique».