Daniel Cohn-Bendit: «On peut faire comme si le FN n'existait pas…»

INTERVIEW Pour 20Minutes, l'eurodéputé balaie les principaux sujets de débats qui agitent les journées d'été d'Europe Ecologie-Les Verts. Des débats qu'il a parfois lui-même lancés...

Propos recueillis à Clermont-Ferrand par Maud Pierron
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L'eurodeputé d'Europe Ecologie-Les Verts,  Daniel Cohn Bendit, participe à une conference de presse avant une  reunion publique dans le centre ville de Nantes, le 12 mai 2011.
L'eurodeputé d'Europe Ecologie-Les Verts, Daniel Cohn Bendit, participe à une conference de presse avant une reunion publique dans le centre ville de Nantes, le 12 mai 2011. — J. S. EVRARD/SIPA

Vous volez la vedette à tout le monde pendant ces journées d’été. Vous êtes partout, dans tous les journaux après avoir affiché votre scepticisme sur l’utilité d’une candidature écolo…

Je ne vole la vedette à personne, je n’ai rien dit… On peut renverser le problème: les médias cherchent des débats, s’il n’y en a pas, les médias le créent. L’idée que se font les médias d’une organisation politique est vraiment très ennuyeuse: dès qu’il y a des sensibilités différentes qui s’expriment, ils en font toute une montagne. Les choses sont actées: Eva est candidate, elle fera campagne. Quand je dis «on verra la situation en février», c’est une banalité.

Est-ce vraiment une banalité de dire qu’on retirera peut-être sa candidate trois mois avant l’élection présidentielle?

Oui. La France a vécu le 21 avril. Les gens qui me parlent me disent: «d’accord pour une candidature écologiste, sauf si on risque d’avoir un 21 avril». Il faut reprendre l’angoisse d’une partie de la gauche française pour dire on sera responsable. Mais on n’en est pas là aujourd’hui.

A EELV, on vous reproche, avec cette proposition, de remettre le FN au centre du jeu...

On peut faire comme si le FN n’existait pas... Pour l’instant, il y a une baisse du FN. Peut-être que Marine Le Pen a brûlé ses cartouches trop tôt, je n’en sais rien. Peut-être  que Sarkozy reprend une partie de l’électorat du FN, je n’en sais rien. Et dans ce cas-là, je serais content. Mais on ne peut pas exclure que le FN fasse 19 ou 20%. C’est la fameuse histoire du messager qu’on assassine pour le message. Le message, c’est la société française qui l’exprime, avec le racisme et la xénophobie qui existe.

Vous avez aussi réclamé à la direction d’EELV de la transparence sur les négociations électorales avec le PS. Vous n’avez pas confiance?

Je veux savoir quelle est la stratégie choisie. Savoir si on privilégie certaines circonscriptions phares pour des personnalités phares ou une stratégie d’ensemble. La séquence présidentielle se termine le dimanche à 20 heures, mais elle se poursuit par la séquence législative. L’idéal serait d’obtenir entre trente et quarante députés. La réalité de ce groupe parlementaire est la condition sine qua non pour influencer la politique des socialistes.

Sur la dette, la parole des écologistes n’est pas très forte, voire cacophonique…

Nous devons dire que c’est un vrai problème. Expliquer qu’on a besoin de mobiliser des fonds pour la transformation écologique nécessaire, qui relancent l’économie aussi. Et en même temps,  on ne peut pas continuer à accentuer la dette pour les générations futures. C’est dans cette contradiction qu’il faut décider des différentes propositions. Mais nous devons être ouverts au débat sur le problème de la dette: la tribune de Laurence Vichnievsky, c’est une position, Eva a une autre position. Très bien. Les gens voient qu’on s’intéresse à ce problème qui aujourd’hui traverse toute la société française et l’angoisse.

L’an dernier, aux journées d’été de Nantes, vous expliquiez qu’il fallait que le mouvement apprenne à vivre sans vous, vous y aviez même gagné le surnom de «schtroumpf grognon»... Vous êtes toujours là et vous aiguillez toujours les débats…

Vivre sans moi, ça ne veut pas dire que je sois absent. Il y a une chose qui est évidente, je ne serais plus jamais candidat à quoi que ce soit. Mais je ne suis pas un «schtroumpf grognon». Je ne grogne pas, je dis que je ne suis pas d’accord. Je suis simplement quelqu’un qui donne son opinion et qui ne se met pas à genoux. Ce qui est vrai, c’est que je crois que les partis politiques sont de lourdes machines, qui n’avancent que quand on les oblige à bouger.

Les amis de Nicolas Hulot songent à mettre sur pied un think tank, qu’il pourrait présider. Vous trouvez que c’est la bonne solution pour qu’il reste dans le paysage politique?

Qu’il le fasse s’il le souhaite... Il y a trois ans, j’ai essayé de l’entraîner dans Europe Ecologie, il n’a pas voulu. S’il était venu aux européennes, il serait candidat à la présidentielle aujourd’hui.