Présidentielle 2012: Martine Aubry, la bio

POLITIQUE «20 Minutes» vous présente les principales têtes d'affiche de la future élection...

Matthieu Goar

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Martine Aubry annonce sa candidature à la primaire socialiste lors d'une conférence de presse à Lille, mardi 28 juin 2011.
Martine Aubry annonce sa candidature à la primaire socialiste lors d'une conférence de presse à Lille, mardi 28 juin 2011. — BAZIZ CHIBANE/SIPA

Difficile de se débarrasser d’un sobriquet qui vous colle à la peau. Pour beaucoup et pour sans doute longtemps encore, Martine Aubry est «la dame des 35 heures». Pourtant la vie politique de la maire de Lille, Première secrétaire de son parti, ne peut être réduite à  cette  loi phare du gouvernement Jospin.

Née en 1950, Martine Aubry est d’abord la fille d’un certain Jacques Delors, ministre socialiste des Finances lors du premier septennat de François Mitterrand, puis président de la Commission européenne de 1985 à 1995. Un homme indépendant qui a renoncé à la présidentielle en 1995 malgré des sondages qui lui prédisaient une voie royale. Mais Martine Delors s’est aussi tracé son propre destin. Grâce à l’ENA (promotion Léon Blum, 1975), elle devient administratrice au ministère du Travail (déjà) avant de se faire repérer par le président Mitterrand et d’intégrer les cabinets de Jean Auroux et de Pierre Bérégovoy. Aubry, pur produit de la fonction publique? Pas seulement. Entre 1989 et  1991, elle travaille chez Pechiney et devient le bras droit de l'homme d'affaires Jean Gandois qui reste un de ses proches et a été patron du CNPF (syndicat patronal, ex-Medef) dans les années 1990.

Une spécialité: ministre du Travail

Martine Aubry devient à partir de 1991 et de sa nomination au ministère du Travail dans le gouvernement d'Edith Cresson, une des personnes les plus importantes de la gauche. Elle est reconduite à ce poste dans le gouvernement  Pierre Bérégovoy jusqu’en mars 1993 avant de devenir porte-parole de la campagne présidentielle de Lionel Jospin en 1995. Elue députée dans le Nord en 1997, elle se retrouve propulsée ministre d’Etat à l'Emploi et la Solidarité, numéro 2 du gouvernement de cohabitation. Elle fait voter des lois importantes: les 35 heures, les emplois jeunes, la Couverture maladie universelle… Ce qui lui attire la haine de la droite qui se répand sur elle. «Psychorigide», «cassante», «dogmatique»…  Des avis nuancés par ses collaborateurs qui la trouvent «perfectionniste», «efficace» et aimant écouter l’avis des autres.

La bonne ville de Lille

Aubry se blinde et se construit un ancrage local après sa démission du gouvernement en 2000. Première adjointe de Pierre Mauroy, elle est élue maire de Lille en 2001 mais échoue aux législatives de 2002, essuyant quelques larmes devant les caméras. Un traumatisme qui se transforme en ressentiment contre François Hollande, premier secrétaire du PS, qu’elle accuse de lui avoir réservé une circonscription compliquée. Entretenant des rapports compliqués avec la presse parisienne, Aubry fait de Lille son refuge. «Les politiques ne sont  pas à l’extérieur du monde médiatique. Pour  pouvoir parler de soi, il faut souvent critiquer son propre parti quand on n’a rien d’autres à dire», explique-t-elle à «20 Minutes», fatiguée des petites phrases.

En 2008, au Congrès de Reims elle devient première secrétaire du PS  d’une courte tête devant Ségolène Royal (une centaine de voix). Le parti sort exsangue de cette bataille et Aubry remet ses équipes au travail tout en critiquant son prédécesseur, Hollande («Quand je suis arrivée à Solférino, même les toilettes fuyaient»). Après une longue réflexion et l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn, elle se lance dans la bataille des primaires le 28 juin 2011. Au soir du premier, tour, elle rassemble 30,42% des suffrages sur son nom. Après une campagne à fleurets mouchetés, elle lâche les coups à deux jours du second tour en estimant que Hollande est «le candidat du système». Peine perdue, elle s'incline avec 43,43% des voix puis fait campagne sans arrières-pensées auprès de François Hollande. Certains la verraient bien à Matignon.