Les coups de griffes de Nicolas Hulot contre Europe Ecologie-Les Verts

Maud Pierron

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Nicolas Hulot, lors d'un déplacement à Fervaches, le 4 juillet 2011.
Nicolas Hulot, lors d'un déplacement à Fervaches, le 4 juillet 2011. — K. TRIBOUILLARD / AFP

«Six ans pour se lancer, trois mois pour être sommé de s’arrêter». C’est à l’analyse de cette trajectoire, en compagnie de Nicolas Hulot, que se prête Bretons Magazine dans un long article de six pages de son numéro d’août-septembre à paraître vendredi. Dans cet entretien, réalisé le 10 juillet dernier, deux jours avant la proclamation officielle de la victoire d’Eva Joly à la primaire écologiste, Nicolas Hulot apparaît amer contre ses camarades d’EELV mais toujours motivé pour s’impliquer dans la cause écologiste. 20Minutes a lu pour vous Bretons Magazine et en a sélectionné les meilleurs extraits.

Plongée dans le monde politique
«En politique, la pression est très forte. Plus rien n’est anodin. Le téléphone devient un mouchard, les regards ne sont pas identiques, un trait d’humour sorti de son contexte peut être mal interprété, et même une engueulade avec un automobiliste va prendre des proportions dingues», explique l’ex-animateur d’Ushuaïa, qui revendique sa différence. Lors de la campagne, même si elle a été relativement courte, il rentrait deux jours par semaine à Saint-Lunaire. Un besoin de s’oxygéner pour ne pas perdre de vue le fond, confie-t-il.  «Les gens qui m’entourent ont vu les limites du jusqu’où ils pouvaient m’emmener. Il a fallu que j’explique pourquoi j’avais besoin de revenir ici régulièrement. Besoin de lire, de me réabreuver d’idées, de ne pas me dessécher. Le fond, il fallait que ce soit moi qui l’apporte.»

L’environnement politique
Lui l’ancien journaliste, présenté par ses détracteurs comme l’homme des médias ne garde pas forcément un bon souvenir de son expérience du jeu politique traditionnel. «Les médias sont conditionnés par la façon traditionnelle de faire de la politique. Les électeurs aussi. Et plus que les électeurs, les militants. Ils aiment les formules, ils aiment les ennemis désignés. Prononcez cinq fois le mot Sarkozy dans un discours: vous provoquez des orgasmes...» lâche-t-il désabusé. En tout cas, ces quatre mois ne l’ont pas rendu plus rompu aux codes de la politique. «Je ne me sens pas homme politique et je n’ai pas envie de le devenir. En tout cas, pas tel que je vois le personnel politique aujourd’hui. Je me sens très éloigné de ça. Ce sont des gens que les coups ne blessent plus. À la consigne, je préfère la conscience», explique-t-il.

L’épreuve de la primaire
A l'évidence, Nicolas Hulot garde de l’amertume de la manière dont il a été attaqué violemment, voire caricaturé, par ceux dont il s’estimait le plus proche sur le plan politique. «Cette primaire, pour l’écologie, aura donné un spectacle assez préjudiciable. Henri Stoll qui lisait ses fiches avec sa cravate en bois, c’était très sympathique, mais on n’était pas au niveau d’une campagne présidentielle. L’appareil n’a pas été capable de tenir cette primaire. Stéphane Lhomme, ce n’est pas à moi de le sortir. C’est au parti de le faire», développe-t-il. «Comme tous les autres, j’avais signé une charte de non agression. Eva a été incapable de s’affranchir des attaques». Un épisode l’a particulièrement marqué: quand il s’est fait jeter un sac d’épluchures à Notre-Dame-des-Landes par un anti-Hulot, sans qu’ Eva Joly ne le soutienne. «Si elle avait été malmenée de la sorte, je me serais insurgé dans la seconde. Tout ça n’est pas très noble. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que cela ne donne pas très envie d’y rester

Ses relations avec Europe Ecologie-Les Verts
«On a tout fait pour me compliquer la tâche: le calendrier, le périmètre de vote. Moins d’un quart des gens inscrits sur mon site ont pu voter tellement la procédure était compliquée», note-t-il. «De Jean-Vincent Placé à Dany Cohn-Bendit, en passant par Cécile Duflot et Noël Mamère, ils n’ont eu de cesse de me demander de les rejoindre. Mamère m’a dit que j’étais le seul candidat possible. Et pourtant, il fut le premier à m’envoyer des banderilles à partir du moment où je me suis présenté. À un moment, je ne sais pas quel diplôme de psychologie il faut avoir pour comprendre leur fonctionnement».

L’avenir
Participera-t-il à la suite de la campagne d’Europe Ecologie-Les Verts? Probablement pas, même s’il avait pris l’engagement, au début de la primaire d’être le porte-parole d’Eva Joly en cas de défaite, même si la gagnante de la primaire laisse la porte ouverte. Est-ce que j’apporte quelque chose à Europe Écologie? Si je ne leur apporte pas grand-chose, cela ne sert à rien d’insister. Il vaut mieux que je reprenne une autre forme d’engagement», prévient-il.  Mais si sa participation à la primaire écologiste ne l’a pas convaincu, il n’a aucun regret. «Je voulais connaître la réalité de l’engagement politique. Cela me travaillait», analyse-t-il.  La politique apporte «une dimension intéressante à l’engagement», ajoute-t-il. «Avoir fait cette expérience me libère (…). Sous une forme ou une autre, je serai toujours sur ce chemin». Mais pour exorciser son expérience, Nicolas Hulot réfléchit à écrire un livre.