Communication: Nicolas Sarkozy a fait «la rupture avec la rupture»

POLITIQUE Le chef de l’État a pris son temps pour enfiler le costume de président de la Ve République, une stratégie qui commence à porter ses fruits en termes d’opinion...

Maud Pierron

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Nicolas Sarkozy, lors du défilé du 14-Juillet 2011.
Nicolas Sarkozy, lors du défilé du 14-Juillet 2011. — T. CAMUS / AFP

Petit à petit, le nouveau Nicolas Sarkozy «représidentialisé» engrange des points perdus par Sarkozy l’hyperprésident bling-blingDans le baromètre Ipsos du Point à paraître jeudi, la cote de confiance du chef de l’Etat prend 5 points et s’établit à 35%. Encore très faible mais «c’est une hausse très importante, souligne Frédéric Dabi, directeur du pôle Opinion et stratégie de l’Institut. C’est une zone où il n’est pas allé depuis des mois». Frédéric Dabi justifie ce frémissement non par un bilan reconnu par les Français, mais par une «séquence profitable où la posture plus présidentielle de Nicolas Sarkozy est remarquée» dans un «contexte grave», avec les morts en Afghanistan, le 14 Juillet et la crise de la zone euro. De même, il gagne «par contraste» avec les personnalités socialistes engagées dans une primaire interne, note-t-il.

Une histoire de com', donc. Mais c’est un fait, le Nicolas Sarkozy de l’été 2011 n’a rien à voir avec celui de 2010. Sans parler du fond - sa politique n’a pas subi d’inflexion majeure -  la forme a beaucoup changé. «Plus sobre, plus rare, plus rassembleur», constate encore Frédéric Dabi. Même dans les détails, avec,  remarque-t-il, «une élocution beaucoup plus lente». «Il y a eu une première étape, avec une stabilisation de sa cote de popularité qui chutait depuis l’affaire de l’Epad, se souvient Jean-Daniel Levy, directeur du département Opinion de l’Institut Harris Interactive. Et il amorce maintenant une remontée, conséquence d’un chef de l’Etat  plus dans les code d’un président ‘à l’ancienne’».  C’est-à-dire «consensuel et rassembleur, qui porte les messages de la France au-delà de nos frontières,», insiste le sondeur.

«Dieu ne va pas sur les marchés»

L’opération représidentialisation a été amorcée depuis la fin de l’année 2010. Et si elle a connu des ratés, elle est désormais rôdée. Silence présidentiel et «retenue» imposée à ses ouailles sur l’affaire DSK, pas de mise en scène grossière de sa paternité à venir, une discrétion criante au retour des otages, un effacement inhabituel dans le remaniement de fin juin, aucune intervention dans les dernières polémiques sur les radars, l’immigration, les chiffres de l’insécurité ou même la proposition de défilé citoyen d’Eva Joly…  Presque de l’anti-Sarkozy. «La nouveauté, c’est ça, on ne l’a pas entendu, assène Jean-Luc Mano, ex-journaliste et conseiller en politique de plusieurs hommes politiques classés à droite. On est revenu à un fonctionnement habituel de la Ve République». 

«C’est la rupture avec la rupture» pour Sarkozy, juge Paul Bacot, politologue à l’IEP de Lyon. «Logique», ajoute-t-il, «vu l’état de sa popularité». «Quand on est président, le mieux, c’est de faire président», apprécie Jean-Luc Mano, adepte de la théorie de Jacques Pilhan sur la rareté de la parole présidentielle, qu’il résume d’une sentence: «Dieu ne va pas sur les marchés». Pour lui, même s’il faut relativiser les sondages actuels, le chef de l’Etat a réussi sa transformation ces derniers mois, certes tardive.  «Nicolas Sarkozy a été élu sur les valeurs de l’Ecole nationale supérieure, comme le mérite, il a commencé son quinquennat sur celles de la Star Academy et il préside désormais sur celles des Arts et métiers: industrieux, modeste, efficace», résume-t-il.  De fait, «Sarkozy invente le quinquennat d’un an», analyse-t-il, qui peut devenir une «promesse» pour la future présidentielle.

Mais les Français pourront-ils passer l’éponge sur les dérives des quatre années passées (au choix le yacht de Bolloré, le bling-bling, l’affaire de l’Epad)? «Cette stratégie peut porter ses fruits si l’élection se déroule sur le thème de la sécurité et de la protection, au sens large», analyse Jean-Daniel Levy. «Si les Français sont convaincus que le changement de Nicolas Sarkozy n’est pas que tactique, je crois que le pays est enclin à lui donner une deuxième chance», juge Jean-Luc Mano. Encore un nouveau défi à relever pour le nouveau Sarkozy.