DSK peut-il revenir sur la scène politique?

POLITIQUE La perspective d'un abandon des charges pourrait chambouler une nouvelle fois la donne des primaires socialistes et de la présidentielle...

Maud Pierron
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ARGYROPOULOS / SIPA

Ejecté du jeu politique en un éclair il y a un mois et demi, Dominique Strauss-Kahn pourrait-il y revenir aussi vite et changer la donne des primaires socialistes? Les informations révélées par le New York Times ce vendredi matin, selon lesquelles le bureau du procureur, qui mène l’accusation, ne croit plus en la crédibilité de la victime présumée, ont ravivé l’espoir chez nombre de strauss-kahniens. La perspective que l’ex-favori des sondages à la présidentielle soit blanchi par la justice américaine est en effet crédible.

Les socialistes ont d’abord eu une pensée pour la situation personnelle de DSK, mais très vite la question des conséquences politiques a été évoquée, avec plus ou moins de précaution, alors que l’audience ne s’est pas encore déroulée.

«Un rôle majeur» dans la campagne

Prudemment, Jean-Marie Le Guen, lieutenant de DSK, a estimé sur France inter qu’«il faudra voir quel est le meilleur dispositif pour la gauche», mais qu’en tout état de cause «dans les mois qui viennent, la parole de DSK sera décisive pour notre pays», a-t-il précisé sur BFM TV. «On va prendre le temps de la réflexion. On va peut-être se rapprocher de lui avant de décider à sa place», a-t-il ajouté. «Nous avons de l'espoir et nous allons suivre maintenant les événements avec beaucoup d'attention», a-t-il ajouté.

Jack Lang, lui, a estimé sur BFM TV que si DSK était blanchi et s'il le souhaitait, «il est évident qu’il doive revenir pour jouer un rôle majeur» dans la campagne. «Quel que soit le statut qui est le sien, sa présence auprès de nous sera déterminante pour notre succès à la présidentielle» vu son «intelligence», sa «compétence» et sa «vision», a-t-il insisté. «Il était le meilleur candidat pour tout le monde avant le 15 mai. Il est accusé de choses terribles. Et si effectivement il était blanchi, pourquoi n'aurait-il pas le droit d'être candidat à la présidentielle?», a réagi son ami, le maire de Sarcelles François Pupponi. «Il a le droit le rebondir politiquement, après il faut voir s'il en a envie, c'est une autre question».

Une «suspension des primaires»?

Même si la situation judiciaire venait à se dénouer rapidement pour Strauss-Kahn, le timing reste serré, alors que Martine Aubry s’est déclarée officiellement candidate mardi et que la fin de la période de dépôt des candidatures aux primaires s’achève le 13 juillet. Certains soutiens de DSK ont déjà trouvé la parade: Michèle Sabban a demandé à ce que, «si l'accusation tombe, les candidats déclarés du PS» suspendent «les travaux de la primaire». La vice-présidente du Conseil régional d’Ile-de-France a dit espérer «que sa réhabilitation sera aussi forte que sa destruction». «L'humiliation planétaire qu'a subie Dominique, je pense quand même que ça vaut la peine d'attendre», a-t-elle ajouté. Interrogée sur le sujet, Martine Aubry, qui a parlé d'une «immense joie», a refusé de commenter un éventuel ajustement du processus.

D’autres socialistes se sont montrés beaucoup plus prudents, comme Lionel Jospin qui, s’il a évoqué «un coup de tonnerre» à l’envers, a estimé qu’il était «trop tôt» pour parler des conséquences politiques ou, tel Claude Bartolone, qui estime «impossible de commenter» dans l’immédiat. Voire doute de la motivation de l’ex-directeur du FMI pour revenir dans le jeu, après être passé «dans la machine à laver judiciaire». «Pour le moment qu’il s’en sorte personnellement, après on verra», a-t-il dit. «Dans l'hypothèse où Dominique serait lavé de toutes charges (...) ce serait d'abord à lui de se déterminer après un tel choc personnel et après ce sera aux socialistes et aux responsables socialistes d'en décider», a estimé de son côté Lionel Jospin.

«Un réveil difficile» pour la majorité 

Moins tenu par des enjeux de parti, Jean-Louis Borloo, a estimé lui sur I-Télé qu’un retour de DSK était tout à fait possible. «Si ça se déroule comme on le suppose, un retrait de l'accusation (...) qu'est-ce qui l'empêche de revenir s'il en a la force et l'envie?» s'est-il interrogé.

Du côté de Nicolas Sarkozy, c’est silence radio. Mais Claude Bartolone a estimé que ce rebondissement était de nature à contrarier le chef de l’Etat et la majorité. «Il y a un seul truc qui me fait plaisir - en dehors de cette espérance qui réapparaît dans la vie de Dominique Strauss-Kahn - c'est la tête que doit faire Sarkozy aujourd'hui et toute la droite qui a voulu avec cette affaire éliminer le Parti socialiste au niveau moral», a commenté Claude Bartolone qui a prédit à la majorité «un réveil difficile».