Primaire écologiste: Un candidat à la clé, pas forcément des électeurs

POLITIQUE Le processus de désignation du candidat a peu de chance de conquérir un électorat plus large...

Catherine Fournier

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Les deux principaux candidats à la primaire écologiste, Nicolas Hulot et Eva Joly, lors de leur second débat à la Bellevilloise, à Paris, le 9 juin 2011.
Les deux principaux candidats à la primaire écologiste, Nicolas Hulot et Eva Joly, lors de leur second débat à la Bellevilloise, à Paris, le 9 juin 2011. — AFP PHOTO / BERTRAND GUAY

En juin, les Verts, à l’automne, le PS. Tel est l’agenda des primaires pour la présidentielle. A l’inverse des Etats-Unis, où les candidats démocrates et républicains sont départagés en même temps, chaque parti a un timing différent en France. De quoi ne pas se télescoper sur le terrain médiatique et donc de gagner en visibilité auprès de l’opinion publique. Ce calendrier permet-il pour autant de gagner des voix supplémentaires en vue de 2012? En ce qui concerne Europe Ecologie-Les Verts, la réponse est plutôt non, de l’avis des cadres du parti eux-mêmes.

Certes, «organiser des primaires aussi tôt est une façon d’occuper le terrain pendant qu’on parle moins du Parti socialiste», relève Jean-Marc Brûlé, secrétaire national des élections chez les Verts, qui soutient le candidat Nicolas Hulot. Mais elles intéressent avant tout ceux qui y participent, à savoir «des militants politiques ou associatifs», reconnaît-il. Au total, 32.896  personnes vont participer au vote, dont la moitié d’adhérents.

Partir en campagne dès cet été

«Les gens ont du mal à se mobiliser en politique, alors quand il s’agit d’un processus interne d’un parti politique…» concède également Yannick Jadot, directeur de campagne d’Eva Joly. L’objectif, selon lui, est davantage d’«avoir un projet, un candidat et un mouvement réuni avant les vacances», histoire d’attaquer la campagne dès l’été. Même l’équipe de Nicolas Hulot, qui prônait une primaire en septembre pour laisser à leur candidat le temps de se préparer, semble s’être ralliée à cette idée. «C’est plus ramassé dans le temps que le PS, admet Jean-Marc Brûlé, et comme cela, on est débarrassé plus vite.» Sous-entendu des querelles internes.

«Une primaire, c’est un joli processus démocratique mais c’est souvent douloureux», commente Daniel Boy, directeur de recherche à Sciences-Po. D’où l’intérêt d’avoir un candidat assez tôt. Mais «en dehors de la question du nucléaire, le mécanisme des primaires n’est pas complètement dirigé vers l’opinion publique», remarque également ce spécialiste de l’écologie politique. En somme, l’idée selon laquelle les débats entre les challengers permettraient de diffuser le programme d’EELV et d’élargir l’électorat du parti pour 2012 est erronée. «La primaire permet de légitimer un candidat, de mettre en exergue une personnalité», poursuit Daniel Boy. A la charge du candidat retenu, ensuite, de populariser un programme et d’aller chercher des voix au-delà des 30.000 inscrits actuels.

Candidature de Sarkozy en novembre?

Pour les socialistes, la donne devrait peu ou prou être la même, bien que les primaires soient ouvertes à tous les sympathisants de gauche. «Les candidats sont censés parler du programme du PS, pas de leur programme, remarque le politologue». Cette pré-élection est donc surtout l’occasion de «faire passer leur équation personnelle», qu’il s’agisse de Martine Aubry ou de François Hollande. Et de s’imposer comme le principal candidat d’opposition face à Nicolas Sarkozy, dont la candidature devrait intervenir, elle, en novembre prochain. A condition de ne pas trop s’éreinter dans une primaire qui s’annonce serrée.