La sortie de route de DSK avantage-t-elle vraiment la droite?

POLITIQUE Et si Martine Aubry ou François Hollande étaient des challengers plus dangereux pour Nicolas Sarkozy?…

Maud Pierron

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Le directeur général du Fonds monétaire international (FMI) Dominique Strauss-Kahn a salué mercredi le programme "ambitieux" de la France pour sa présidence du G20, affirmant avoir "bon espoir" de renforcer la stabilité de l'économie mondiale.
Le directeur général du Fonds monétaire international (FMI) Dominique Strauss-Kahn a salué mercredi le programme "ambitieux" de la France pour sa présidence du G20, affirmant avoir "bon espoir" de renforcer la stabilité de l'économie mondiale. — Eric Feferberg AFP

Il était l’archi-favori des primaires et de la présidentielle, selon les sondages. Dans tous les cas de figure, Dominique Strauss-Kahn battait Nicolas Sarkozy au second tour de la présidentielle. Pour autant, la droite doit-elle se réjouir des malheurs du patron socialiste du FMI? Pas si sûr.

En effet, avec un DSK aux manettes d’une candidature socialiste, la droite se frottait déjà les mains: exit les critiques de la gauche sur le train de vie de Nicolas Sarkozy, sur sa vie privée ou sur sa politique économique libéraliste à l’heure de la crise financière. Car sur tous ces points, DSK, étrillé par la droite en représentant de la «gauche ultra-caviar», pouvait être attaqué. 

Une candidature qui désamorçait l’antisarkozysme

«La candidature de DSK désamorçait toute une partie des arguments anti-Sarkozy, notamment sur sa stature personnelle ou sa collusion avec le monde médiatique», reconnaît Rémi Lefebvre, politologue spécialiste du Parti socialiste. Certains représentants de l’aile gauche du PS regrettaient que DSK ait un profil trop similaire à celui de Sarkozy –argument sur lequel Sarkozy jouait-, son «miroir de gauche». Toutefois, «la présidentielle ne se gagnera pas sur le seul antisarkozysme», note-t-il.

Sarkozy lui-même avait dit à quelques députés UMP l’automne dernier que, dès que DSK se présenterait, lui passerait pour «un pasteur méthodiste». Et qu’au final, il finirait par sortir gagnant de la comparaison. D’ailleurs, les conseillers du président faisaient de François Hollande ou Martine Aubry –alternativement- des challengers beaucoup plus sérieux que DSK pour la présidentielle. «C’est entre l’info et l’intox», temporise Rémi Lefebvre. «Hollande, c’est vrai, c’est une candidature sérieuse», abonde Gérard Grunberg, politologue au Cevipof spécialiste du PS. 

Un boulevard pour Borloo

«D’un côté, la droite peut se réjouir car le candidat favori des sondages» est pour l’instant hors course, note le politologue, mais «sa campagne n’avait pas vraiment commencé et on ne sait pas quels auraient été réellement les sondages une fois en campagne». Alors qu’«Hollande, il est déclaré, on sait ce qu’on mesure».

Autre répercussion interne de l’affaire DSK, le boulevard ouvert à Jean-Louis Borloo qui, le jour où la France apprenait que DSK était inculpé pour tentative de viol, voyait son parti, le Parti radical valoisien, l’exhorter à se présenter en 2012. Avec DSK hors-jeu, «indéniablement, un espace s’ouvre au centre qui va encourager Borloo à être candidat», note Gérard Grunberg. «C’est très mauvais pour Sarkozy car son problème, c’est le premier tour, notamment face à Marine Le Pen», ajoute-t-il. Même analyse du côté de Rémi Lefebvre, qui rappelle que cet attrait chez les centristes était «ce qui faisait la force de DSK». Mais que François Hollande, par sa «modération», peut aussi «attirer cet électorat» clé.        

Au final, estime Grunberg, c’est peut-être Jean-Luc Mélenchon qui a le plus à perdre avec le potentiel retrait de DSK qui avait fait du patron du FMI, «l’affameur du peuple grec», son principal ennemi. «Il ne pourra pas porter les mêmes arguments contre Aubry ou Hollande», conclut-il.