Affaire DSK: La primaire socialiste complètement relancée

POLITIQUE Avec sa carte maîtresse écartée au moins temporairement, le jeu de la primaire socialiste est complètement redessiné...

Maud Pierron
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Dominique Strauss-Kahn et Martine Aubry le 6 mai 2006 à Bordeaux.
Dominique Strauss-Kahn et Martine Aubry le 6 mai 2006 à Bordeaux. — R. DUVIGNEAU/ REUTERS

Le  séisme politique que constitue l’inculpation de Dominique Strauss-Kahn provoque une forte réplique au sein même du Parti socialiste et des primaires pour la présidentielle qui devaient débuter fin juin. DSK, candidat ultra-favori des sondages, semble, sauf retournement de situation, hors course alors qu’il devait survoler la compétition. Autant ses bons sondages écrasaient les ambitions, autant son potentiel empêchement pourrait ouvrir des espaces. La donne a changé, 20 Minutes fait le point.

Martine Aubry
C’est la première concernée par ce «coup de tonnerre» politique. Elle était liée au patron du Fonds Monétaire International (FMI) par le «pacte de Marrakech», selon lequel le mieux placé des deux se présenterait à la primaire. Aujourd’hui, il est difficile d’imaginer DSK mieux placé qu’elle. La patronne du PS n’a pourtant jamais montré de volonté irrésolue de se présenter. Malgré tout, comme au congrès de Reims, ses proches la poussent et préparent le terrain depuis des semaines. L’aile gauche du PS, représentée par Benoît Hamon va également la presser. Si elle saute le pas, la maire de Lille devra éviter deux écueils: donner l’impression de profiter de la situation et apparaître dans le même temps comme une roue de secours. Enfin, Martine Aubry pourrait avoir à gérer une situation de crise au PS, avec le retour du bal des égos libérés par l’empêchement de DSK: femme de devoir, elle pourrait alors choisir de garantir l’unité de la maison PS plutôt que de se présenter.

François Hollande
Il voulait être l’alternative à DSK. Sur le même créneau politique, la gauche réformiste et responsable, mais avec une «personnalité» différente. Comprendre, moins bling-bling, moins sulfureux. Plus «normal» en somme. En privé, ses proches expliquaient que la candidature de DSK était loin d’être une évidence et qu’il pourrait renoncer en raison de sondages qui baissent, de critiques véhéments de la gauche de la gauche ou de vieilles affaires qui resurgissent. Une aubaine pour François Hollande qui selon un sondage paru dimanche dans le JDD a refait son retard sur le patron du DSK? Pas si sûr. François Hollande s’est également construit en miroir de DSK, et sans  son sparring-partner, il va falloir lui trouver une nouvelle stratégie.

Ségolène Royal
En perte de vitesse dans les sondages, certains l’imaginaient  déjà se rallier au patron du FMI pour un maroquin ministériel. Là, ce scénario paraît compromis. Difficile d’imaginer la présidente de la région Poitou-Charentes s’allier à son ex, François Hollande, ou à Martine Aubry, après l’épisode du congrès de Reims.

Laurent Fabius
«Sage actif» du PS, l’ex-Premier ministre prépare en ce moment le paquet législatif pour les 100 premiers jours du futur ou de la future président(e) socialiste. Et s’il préparait ce document pour lui-même? Avec un DSK hors-jeu, une Martine Aubry réticente, Laurent Fabius – qui a verrouillé le parti avec ses proches -  pourrait retrouver ses ambitions présidentielles.

Les «petits candidats» 
Les voilà relancés. Manuel Valls, qui avait arrêté sa campagne pour se rallier au panache de DSK, va devoir repartir au charbon. Quid de Pierre Moscovici et Gérard Collomb, deux pro-DSK qui ont affirmé, livres à l’appui, qu’ils iraient à la primaire si leur mentor décidait finalement de rester à Washington? Quant à Arnaud Montebourg, qui  s’imaginait au second tour de la primaire contre DSK, va devoir trouver un autre scénario.

Et finalement, si la primaire était annulée?
C’est une hypothèse qui circule parmi les plus «catastrophistes» qui prédisent un PS ravagé par la guerre des égos, sonné par l’onde de choc DSK. Plus qu’une solution alors: l’union sacrée autour d’un candidat désigné et peut-être Martine Aubry, légitime en tant que première secrétaire. Mais Royal est bien décidée à ne pas se faire voler la primaire, de même que François Hollande. «Elles ne seront pas mises en suspension, ces primaires», a assuré dimanche soir Jean-Marc Ayrault, le président du groupe PS à l’Assemblée. D'autres, parmi les plus optimistes cette fois, envisageraient un report des primaires pour novembre. Ce qui laisserait l'opportunité à DSK, une fois blanchi, de se présenter.