Crise à l'UMP: Le FN en embuscade

POLITIQUE Le parti de Marine Le Pen rêve de tirer parti des dissensions au sein de la majorité...

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La crise qui secoue la majorité est un scénario rêvé pour le Front national, qui mise à terme sur une implosion de l'UMP et compte bien tirer profit de ces dissensions dans la perspective de la présidentielle et des législatives. Qu'il s'agisse du débat sur la laïcité ou des consignes de vote pour le second tour des cantonales - entre «ni FN, ni front républicain» ou «front républicain» -, l'attitude à adopter face au parti d'extrême droite et à ses thématiques favorites suscite des épisodes récurrents de cacophonie à l'UMP.

Des divergences étaient déjà apparues lors du débat sur l'identité nationale ou sur la politique controversée d'expulsions de Roms. Cette fois, elles mettent en scène les plus hauts représentants de la majorité, comme Jean-François Copé et François Fillon, sur fond de défaite aux cantonales. Dans le même temps, le parti d'extrême droite, donné moribond en 2007 et en 2008, a retrouvé à la faveur des sondages et de ses résultats électoraux sa capacité à polariser autour de lui le débat politique.

Marine Le Pen parie sur une «implosion» à l'UMP

Plus confiante que jamais, Marine Le Pen prédit ni plus ni moins une «implosion» à l'UMP, dont elle se veut au moins pour partie à l'origine. «Pour nous, le bénéfice essentiel de l'ensemble de ces débats» sur l'immigration ou l'insécurité, «c'est que ça met en lumière l'absence totale de résultats du gouvernement», affirme la présidente du FN à l'AFP. Mais ces débats «mettent également en lumière les fractures idéologiques au sein de l'UMP. Moi, j'agis comme un révélateur, au sens chimique, de ces fractures», assure-t-elle.

Au-delà des questions de stratégie politique, «le FN est en train de précipiter une crise sur une question fondamentale: la définition de l'identité française telle que doit la concevoir la droite», estime, auprès de l'AFP, Jean-Yves Camus, chercheur à l'Iris (Institut des relations internationales et stratégiques) et spécialiste de l'extrême droite.

«L'UMP est dans un étau»

«La droite n'a pas compris ou feint de ne pas comprendre que la définition de l'identité nationale que donne le Front national est une définition contraire à un peu plus de deux siècles de tradition républicaine et qui est fondée sur le contrat», ajoute-t-il, en citant le concept de «préférence nationale» défendu par le FN.

«L'UMP est dans un étau», poursuit Frédéric Dabi, directeur du département opinion publique de l'Ifop: «d'un côté, les électeurs du centre ne peuvent pas se reconnaître dans la séduction de l'extrême droite, et de l'autre, on a une part croissante d'électeurs qui sont tentés par le FN».

Marine Le Pen assure que pour les législatives de 2012, la marque «Front national» laissera la place à un «rassemblement des patriotes de droite et de gauche», dont elle dit ne pas avoir encore décidé quel nom il prendrait. L'objectif est d'attirer des électeurs au-delà de l'étiage frontiste, et pourquoi pas des cadres ou des élus venant d'autres partis, notamment de l'aile droite de l'UMP.

Dans cette perspective, le résultat des cantonales est une mauvaise nouvelle pour le FN, qui a nettement progressé en voix entre les deux tours mais n'a réussi à dépasser les 50% que dans deux cantons (Carpentras-nord, Brignoles) sur les quelque 400 où il était qualifié.

«Le front républicain s'effrite mais ne cède pas et le FN a toujours du mal à briser ce plafond des 50%. Et on ne fait pas une carrière politique en réunissant pendant dix ans 45 % des suffrages, c'est d'ailleurs le drame de toute une génération frontiste», souligne Jean-Yves Camus.