Dominique de Villepin parle à Nicolas Sarkozy «en toute indépendance»

POLITIQUE Et au nom de «l'intérêt général» avec son expérience de diplomate sur les révoltes arabes, mais l’échéance de 2012 n’est pas loin...

M.P.

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B. LANGLOIS/ AFP

«Il n’y a aucune ambigüité entre le président de la République et moi-même». Ouf, on est rassuré. Parce que Dominique de Villepin a répondu à l’invitation du chef de l’Etat ce lundi matin pour la deuxième fois en dix jours. «Les choses sont parfaitement claires depuis le début (….). Il n’y a aucune mission, aucune responsabilité», a martelé l’ancien Premier ministre qui recevait la presse lundi après-midi dans les locaux de son parti pour «clarifier» l’échange entre les deux hommes. Et il ne faut pas se fier au code d’entrée de l’immeuble, «2012», - «c’est la copropriété qui a décidé» nous explique-t-on – «les questions électorales» n’ont été nullement évoquées lors du petit-déjeuner.

Lundi matin à l’Elysée, l’ex-patron du Quai d’Orsay a tout simplement voulu apporter «sa contribution» au nom de «l’intérêt général» et «en toute indépendance» sur ce «moment historique» qui se déroule «de l’autre côté de la Méditerranée». Il a dit au chef de l’Etat que «la France et l’Union européenne doivent se tenir aux côtés» de la Libye et des pays arabes et qu’ils ont «une chance historique» de les accompagner. La France, qui est le seul pays au Conseil de l’ONU a avoir une rive en Méditerranée doit agir avec la Ligue arabe et l’Union africaine pour «mettre en place une zone d’exclusion aérienne» et proposer «une force de paix  qui pourrait intervenir dans des corridors humanitaires», a énuméré Dominique de Villepin.

«Je n’ai pas peur» 

Reste qui si Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy n’ont pas évoqué frontalement la politique intérieure, le président de République solidaire en a profité pour faire passer des messages, notamment son «inquiétude» vis-à-vis du «débat sur l’Islam et la laïcité», car «le débat identitaire ne peut pas être une réponse à la question sociale». Interrogé sur le sondage qui donne Marine Le Pen en tête au premier tour de l’élection présidentielle, il a estimé que ce n’était «pas une photo de l’opinion mais une photo de l’inquiétude et de l’exaspération» des Français. «La réponse, ce n’est pas de céder à la surenchère, à la peur de l’immigration ou du terrorisme», a-t-il taclé, en allusion aux propos du chef de l’Etat sur le «flux migratoires incontrôlables», car ce serait «faire le jeu du FN». 

Quant à savoir s’il se désisterait de la course présidentielle pour éviter un risque de 21 avril 2002, pas question. Droit comme un i face aux caméras et aux micros, il a lâché: «je ne pense pas que ce soit ceux qui ont mis en garde contre les risques de dérives et l’échec annoncé des politiques qui doivent aujourd’hui s’effacer». «Ce serait l’ironie de l’histoire», a-t-il ajouté. Toujours pas déclaré pour 2012, suspendu à son sort judiciaire, il veut faire «le pari de l’audace» face «à une vie politique tétanisée par la peur». «Je n’ai pas peur», déclame-t-il presque en conclusion de sa déclaration visiblement mûrement préparée.