Mélenchon envisage un «21 avril 2002 à l'envers» en 2012

POLITIQUE Le coprésident du Parti de gauche a formulé ses vœux pour 2011 (et au-delà) en compagnie de Martine Billard...

Julien Ménielle

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Jean-Luc Mélenchon présente les voeux du Parti de gauche à la presse, en compagnie de la coprésidente Martine Billard, et de membre du bureau national, le 13 janvier 2001 à Paris.
Jean-Luc Mélenchon présente les voeux du Parti de gauche à la presse, en compagnie de la coprésidente Martine Billard, et de membre du bureau national, le 13 janvier 2001 à Paris. — AFP PHOTO/JACQUES DEMARTHON

«Merci d’être là, compte tenu de ce qu’ont été nos relations l’année écoulée.» Si Jean-Luc Mélenchon évoque le «masochisme» des journalistes, c'est qu'il ne s’est pas privé de s’attaquer à certains d'entre eux, qui le lui ont bien rendu. Oui mais voilà, ce jeudi matin, dans la salle du fond du Mécano Bar dans le 11e, ce sont les deux co-présidents du Parti de Gauche qui formulent leurs vœux à la presse. D’ailleurs c’est Martine Billard qui ouvre le bal.

Des «vœux de lutte» pour «ceux qui se battent»

«La trève des confiseurs a été de courte durée», attaque l’ancienne responsable des Verts, fustigeant les attaques de Christian Jacob contre les fonctionnaires et le débat relancé sur les 35 heures par un Manuel Valls qui «a trouvé nécessaire de faire la courte échelle à l’UMP et au gouvernement».

Mais en 2011, le Parti de gauche a décidé d’assumer son statut de forte tête. Après avoir boycotté les vœux de Sarkozy aux parlementaires, le parti ne prendra pas part au «consensus national» réclamé par le chef de l’Etat pour limiter les dépenses publiques. Refusant de «pressurer les salariés», Martine Billard formule en effet des «vœux de lutte» pour «ceux qui se battent».

«Un score à deux chiffres» aux cantonales

A premier rang, les Algériens et les Tunisiens. «Une affaire de famille», affirme Jean-Luc Mélenchon, et une mise en garde. «Le Maghreb est le premier lieu où la crise fait exploser le précariat», prévient-il, et «ceux qui pensent que ça ne concerne que les Maghrébins ont bien tort.» Le coprésident du PG veut incarner «une gauche de combat», et présente ses vœux «aux têtes dures, aux rebelles, à ceux qui ne baissent pas les yeux et qui n’ont pas peur».

Une gauche de combat qui, si elle veut que ses coups fassent mouche, se doit de se rassembler, serine Mélenchon, multipliant les appels du pieds aux militants NPA qui doivent refuser de faire partie d’«un confetti politique qui coupe les cheveux en 8, en 10 ou en 20». L’objectif: les cantonales 2011, dont le Front de gauche doit sortir fort d’«un score à deux chiffres» pour aborder la présidentielle 2012 avec sérénité.

«Si le Front de gauche réussit sa percée...»

Mais «l’élection présidentielle, c’est un siège à une place», rappelle Jean-Luc Mélenchon. Et le Front de gauche entend présenter un candidat unique. Mais qui? Le communiste André Gérin a déjà porté un coup à la belle unité de l’autre gauche en annonçant sa candidature pour 2012. Un épiphénomène que Martine Billard et Jean-Luc Mélenchon tentent de minimiser, affirmant que chaque parti membre du Front de gauche continue de discuter.

Et Mélenchon? «Je ne suis pas plus impatient d'être candidat que le Christ ne l'était de monter sur la croix», affirme-t-il. L’urgence, répète le coprésident du Parti de gauche, est de ras-sem-bler. En toile de fond, la crainte d’une nouvelle dispersion des voix de gauche. «Si le Front de gauche réussit sa percée, il n'y aura pas de nouveau 21 avril 2002 (...) ou alors un 21 avril 2002 à l'envers», promet-il.

Refus du «vote utile»

Jean-Luc Mélenchon enrage d’ailleurs en évoquant le «vote utile», argument derrière lequel il accuse le PS de se cacher, profitant en cela de la bonne santé du «diable utile» que représente le FN et Marine Le Pen. C’est cependant quand il évoque ses anciens amis du PS que Mélenchon a le rouge qui lui monte le plus au front.

«Les socialistes seraient bien inspirés de mettre fin à la partie de paires de gifles dans laquelle ils se sont engagés», juge Mélenchon. Mettant en garde contre une «politique du FMI de gauche», l’ancien socialiste refuse de se comporter comme «Papandréou qui se couche devant les banques et l’autre (le président tunisien Ben Ali, ndlr) qui fait tirer sur le peuple». Lui ne baissera ni les yeux, ni les armes.