Législatives 2022 dans le Nord : Comment le RN a réussi s’implanter au-delà des frontières du bassin minier

ELECTIONS Le Rassemblement National, jusqu’ici surtout implanté dans le Pas-de-Calais, a réussi à faire élire six députés dans le Nord lors des législatives.

François Launay
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Marine Le Pen et Sébastien Chenu ont été réélus députés du Pas-de-Calais et du Nord au second tour des élections législatives. (Illustration)
Marine Le Pen et Sébastien Chenu ont été réélus députés du Pas-de-Calais et du Nord au second tour des élections législatives. (Illustration) — Michel Spingler/AP/SIPA
  • Le RN aura douze députés du Nord et du Pas-de-Calais dans la prochaine Assemblée Nationale.
  • Un record pour le Rassemblement National qui a réussi à se développer au-delà de ses territoires historiques.

Le bond en avant est spectaculaire. En dix ans, dans le Nord et le Pas-de-Calais, le Rassemblement National est passé de zéro à douze députés sur les deux départements. Devenu le premier parti politique des Hauts-de-France, le RN a réalisé le plus gros score de son histoire lors du  second tour des législatives.

Si  le parti lepéniste fait un carton depuis plusieurs années dans le Pas-de-Calais, son implantation dans le Nord est l’un des enseignements du deuxième tour des législatives. Avec 6 députés contre 1 en 2017, le département le plus peuplé de France n’a jamais eu autant de représentants du RN à l’Assemblée Nationale comme le constate le politologue Tristan Haute.

« C’est un résultat historique avec des victoires qui ne sont pas si étroites que ça. Il y a désormais autant de députés dans le Nord que dans le Pas-de-Calais. Si certains territoires étaient favorables au RN lors des scrutins nationaux, ils l’étaient moins lors des scrutins locaux. Mais désormais, ils ont basculé. C’est le cas dans tout le Douaisis, dans le sud de l’Avesnois, dans les Flandres, dans les Weppes. »

La combinaison de trois facteurs

Plus frappante encore est la sociologie des territoires qui ont basculé vers le RN. Cantonné jusqu’ici dans un bassin minier défavorisé, le vote Rassemblement National s’exporte désormais dans la région vers des territoires aisés (Flandres) mais aussi urbains comme le montre la 5e circonscription du Nord située dans la métropole lilloise.

« C’est une circonscription périurbaine qui vote à droite depuis 20 ans. Mais le candidat LR ayant été éliminé au premier tour, les électeurs ont préféré le RN à la Nupes. Il y a un accroissement des clivages territoriaux y compris dans la métropole. Mais on a aussi oublié que le vote RN pouvait aussi être un vote de classe moyenne et de classe aisée », poursuit le maître de conférences en sciences politiques.

« Un vote attrape-tout »

Alors comment expliquer ce basculement vers le RN dans ces territoires ? Pour Tristan Haute, c’est la combinaison de trois mécanismes. « Il y a eu un front anti-Macron, un front anti-Nupes avec la figure de Jean-Luc Mélenchon mais aussi la fin du front républicain. La majorité présidentielle n’a pas appelé à voter clairement pour les candidats Nupes et ça, ça finit par brouiller les pistes. Du coup, le RN a fini par exploser son plafond de verre car c’est devenu un vote attrape-tout », explique Tristan Haute.

Il y a encore quelques années, la progression du vote RN pouvait être considérée comme un accident électoral. Désormais, il s’est définitivement imposé dans le paysage politique d’une région dans laquelle il n’a jamais semblé être aussi puissant.