Résultats Législatives 2022 : Pourquoi la Nupes revendique 266.000 voix de plus que celles que lui attribue le ministère de l'Intérieur

FAKE OFF Manuel Bompard, figure de LFI, a revendiqué près de 266.000 voix supplémentaires pour la Nupes pour le premier tour des législatives par rapport au chiffre annoncé par le ministère de l’Intérieur, ce qui placerait l’alliance de gauche en tête de ce tour

Mathilde Cousin
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Jean-Luc Mélenchon dépose son vote lors du premier tour des élections législatives, le 12 juin à Marseille, accompagné de Manuel Bompard (à l'arrière-plan).
Jean-Luc Mélenchon dépose son vote lors du premier tour des élections législatives, le 12 juin à Marseille, accompagné de Manuel Bompard (à l'arrière-plan). — Daniel Cole/AP/SIPA
  • Manuel Bompard, candidat Nupes et proche de Jean-Luc Mélenchon, a accusé le ministère de l’Intérieur de « manipulation », en revendiquant près de 266.000 voix supplémentaires pour la Nupes pour le premier tour des législatives par rapport au chiffre annoncé par le ministère.
  • Le candidat inclut dans ses calculs les voix de trois candidats non décomptés Nupes par le ministère de l’Intérieur en métropole, ainsi que les voix de certains candidats en Outre-Mer.
  • Le ministère de l’Intérieur affirme avoir basé sa liste de candidats Nupes sur une liste fournie par l’alliance de gauche.

La question est cruciale : qui sort en tête de ce premier tour des élections législatives ? Le ministère de l’Intérieur donne un court avantage à Ensemble !, la coalition de la majorité présidentielle. Le ministère lui attribue 25,75 % des suffrages exprimés, contre 25,66 % à la Nupes, la coalition qui rassemble plusieurs partis de gauche, qui arrive donc en deuxième position selon le ministère.

Un calcul qui a été rapidement contesté par Manuel Bompard. Le candidat Nupes et ancien directeur de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon place lui son camp en tête : « Alerte à la nouvelle manipulation de Darmanin, a-t-il lancé sur Twitter dans la nuit de dimanche à lundi. Alors que la Nupes réalise 6 101 968 voix (soit 26,8 %), le ministère de l’intérieur ne lui attribue que 5 836 202 voix (soit 25,7 %) pour faire apparaître artificiellement le parti de Macron en tête. » Cela représente une différence de 265.766 voix.

Quelques heures plus tard, il a un peu précisé son calcul, accusant le ministre de l’Intérieur d’avoir notamment retiré les voix de trois candidats en France métropolitaine dans le décompte de la Nupes. Ces trois candidats sont « Dominique Potier dans le 54 [Meurthe-et-Moselle], Joël Aviragnet dans le 31 [Haute-Garonne] et Hervé Saulignac dans le 07 (Ardèche] », soit « 44.420 voix », a-t-il précisé. Jean-Luc Mélenchon a rejoint la polémique ce lundi matin, en prenant l’exemple de la candidature de Joël Aviragnet.

FAKE OFF

D’où viennent ces différences de calcul ? La Nupes a intégré dans ce calcul les résultats « de l’ensemble des candidats présentés par la Nupes dans l’hexagone, auprès des Français de l’étranger ainsi que le résultat des candidats soutenus par les formations politiques de la Nupes en Corse et dans les Outre-Mer », précise une représentante de l’alliance à 20 Minutes.

Le ministère de l’Intérieur indique à 20 Minutes avoir établi sa liste de candidats Nupes sur la base d’une liste établie par l’alliance : « C’est la direction de campagne de Nupes qui, par un mail adressé au ministère de l’intérieur le 8 juin 2022, a listé l’ensemble des candidats à qui il conviendra d’attribuer la nuance Nupes », déclare le ministère. Cette liste incluait les candidats des circonscriptions de l’étranger, mais « aucun candidat outre-mer » n’y figurait, ajoute le ministère.

Divergences sur trois candidats Nupes en métropole

Par ailleurs, à la différence de Manuel Bompard, le ministère n’a pas compté les voix de Dominique Potier, Joël Arivagnet et Hervé Saulignac comme des voix Nupes, mais comme des voix divers gauche. Ces « trois candidats initialement investis par la Nupes mais qui avaient déclaré vouloir renoncer à cette investiture ont été comptabilisés en divers gauche », détaille le ministère, qui défend d’avoir appliqué ce traitement uniquement à la Nupes : « Il en est de même pour la majorité présidentielle. Damien Abad [le ministre des Solidarités], dont on peut légitimement penser qu’il est soutenu par Ensemble !, est comptabilisé en divers droite. »

Comment fallait-il comptabiliser les voix de ces trois candidats ? Dominique Potier, candidat dans la cinquième circonscription en Meurthe-et-Moselle et élu socialiste, avait déclaré à France 3 le 7 mai avoir « décidé de ne pas porter les couleurs de cet accord de l’union populaire ». Selon nos confrères de L’Est républicain, il avait déclaré sa candidature en préfecture sous l’étiquette divers gauche.

Joël Arivagnet avait quant à lui été aussi investi par la Nupes, mais ses relations avec l’alliance n’ont pas été simples pendant la campagne. Il avait reçu le soutien de Carole Delga, la présidente PS de la région qui s’est opposée à l’alliance entre son parti et la Nupes. Une candidature écologiste avait également été déposée face à lui et son nom retiré – comme ceux de Dominique Potier et d’Hervé Saulignac – du site des candidats de la Nupes. Contacté par 20 Minutes, il n’a pas donné suite à nos sollicitations, mais a indiqué à France Info être le « candidat unique pour le PS dans la circonscription dans le cadre de l’accord de la Nupes ».

Quant à Hervé Saulignac, candidat PS de la première circonscription en Ardèche, son compagnonnage pendant la campagne avec la Nupes n’a pas été tranquille. Le 8 mai, il déclarait des divergences de point de vue avec LFI et lançait qu' « on ne [lui] a pas demandé [s] on avis [sur la signature de l’accord menant à la Nupes]. L’accord national s’impose à tout le monde. » Toutefois, son équipe de campagne a déclaré à France Info que le candidat a bien gardé l’étiquette Nupes et dit « ne pas comprendre » le classement divers gauche du ministère de l’Intérieur.

Quid de la situation dans les Outre-Mer ? Des candidats ou des partis, comme le parti socialiste de Guadeloupe, se sont bien revendiqués de la Nupes, mais les accords passés entre les partis métropolitains et la France insoumise pour cette alliance électorale ne couvraient pas ces territoires. Il n’existait pas non plus d’accord pour la Corse, où des candidats LFI, PCF et PS se sont présentés séparément.