Législatives 2022 : « Mégret à Vitrolles, c’est la préhistoire », lance Franck Allisio, chef de file du RN dans les Bouches-du-Rhône

INTERVIEW Candidat dans la circonscription de Vitrolles, autrefois mégretiste, le chef de file du RN dans les Bouches-du-Rhône tente de se faire élire sur fond de tension avec l’ancien leader frontiste marseillais Stéphane Ravier

Propos recueillis par Mathilde Ceilles et Alexandre Vella
Franck Allisio est candidat dans la circonscription de Vitrolles aux législatives
Franck Allisio est candidat dans la circonscription de Vitrolles aux législatives — Alexandre VELLA / 20 Minutes
  • Franck Allisio est le candidat RN dans la douzième circonscription des Bouches-du-Rhône, qui comprend notamment Vitrolles, une des premières villes à élire un maire FN.
  • Le chef de file du RN local mène une campagne des législatives teintée de dissidences avec l’ancien leader marseillais du RN Stéphane Ravier.
  • Il confie par ailleurs craindre l’abstention pour rafler des sièges à l’Assemblée nationale.

Chef de file d’un Rassemblement national amputé dans les Bouches-du-Rhône de plusieurs de ses cadres, partis avec  Stéphane Ravier  chez Eric Zemmour, Franck Allisio se présente dans la douzième circonscription des Bouches-du-Rhône, là où, autrefois, Vitrolles ​ a été un bastion de l’extrême droite, dirigée par les Mégret. A la veille du premier tour, Franck Allisio se confie à 20 Minutes sur les enjeux de ce scrutin pour le parti de Marine Le Pen dans le département.

Vitrolles a été une des premières mairies frontistes de France. Pourquoi n’avoir pas réussi à s’implanter ?

A chaque fois, il faut surmonter les chausse-trappes des adversaires. Là, par exemple, le fait qu’il n’y est pas de candidat LREM face au député LR sortant Eric Diard, c’est clairement une magouille politicienne déloyale pour qu’il n’y ait pas de RN. Ensuite, Bruno Mégret n’est plus dans le parti depuis que j’ai l’âge de 17 ans. Vous me parlez d’un épisode municipal d’il y a 25 ans. Il y a 25 ans, Balladur a trahi Chirac. Est-ce que cela a une explication sur la suite de l’histoire de la droite ? Non. On parle de la préhistoire ! Par ailleurs, vous avez beaucoup de maires qui gèrent ici leurs villes comme nous on la gérerait. Par exemple, le refus du maire de Marignane d’enseigner la langue arabe dans les écoles primaires, on aurait suivi. Quelque part, nos idées gagnent pour les municipales, mais sous d’autres couleurs.

A 18 ou 20 ans, vous imaginiez-vous faire de la politique et être candidat pour le RN aux législatives ?

Pas du tout. A 20 ans, je prenais ma première carte au RPR. A 25 ans, j’étais un sarkozyste pur sucre. Et je pensais que Sarkozy ferait le job et qu’il allait appliquer son programme. Et il ne l’a pas appliqué. Ça a été une déception. Il y a une vision du match qui est intéressante, parce que ça résume l’histoire de mon ancienne famille politique. Il y a dix ans, Eric Diard et moi, on était dans le même parti. On se connaissait d’ailleurs un peu. Aujourd’hui, le combat, c’est entre un ancien UMP qui a rejoint Marine Le Pen et un ancien UMP qui a rejoint Emmanuel Macron. Je suis désormais délégué départemental du Rassemblement national. Je suis conseiller de Marine Le Pen. J’ai fait sa campagne. Et j’ai lu tous les bouquins d’Eric Zemmour ! De l’autre côté, Diard a fait le chemin inverse. Petit à petit, il est devenu écolo, bobo, centriste. Sa priorité, ça n’est plus la sécurité, l’immigration et la lutte contre la fiscalité. Dans les quinze jours qui suivront, s’il est élu, il rejoindra la majorité présidentielle. C’est ça l’accord pour ne pas avoir de candidat LREM face à lui.

Vous évoquez Eric Zemmour. Il y a eu dans le département beaucoup de défections pour Reconquête, derrière Stéphane Ravier, ancien chef de file du RN…

(Il coupe). Beaucoup ? Non. Environ 10 % des élus. A l’époque Mégret et Le Pen, c’est 70 % des élus. Alors 10 %, ce n’est rien. C’est Stéphane Ravier et trois fidèles autour de lui. Oui, c’est un visage qui comptait, mais, par définition, on est jamais mieux trahi que par les siens. Son entourage l’a encouragé à aller là-bas. Je pense que, aujourd’hui, il le regrette d’ailleurs. Mais tant pis pour lui. C’est un choix. Je n’ai pas compris la décision de Stéphane Ravier. Moi j’ai fait le choix de la continuité et de la cohérence. J’ai commencé une campagne avec Marine Le Pen. Je la termine avec Marine Le Pen. Stéphane Ravier, il commence une campagne avec Marine Le Pen. Il finit en crachant sur Marine Le Pen les trois dernières semaines, matin, midi et soir. Qu’est-ce qui nous a affaiblis ? Florian Philippot était un leader incontesté du parti. Et puis un jour il est parti. Et le parti s’en est remis en quelques semaines. Stéphane Ravier est parti, et on s’en remettra. L’objectif n’est pas de se faire la guerre ad vitam aeternam, mais là, dans l’immédiat, vous ne pouvez pas vous réconcilier avec des gens qui ont tout fait, méthodiquement, pour vous faire perdre.

Quelle serait votre première mesure si vous êtes élu ?

La priorité, c’est de mettre un terme au laxisme dans ce pays. C’est de se battre pied à pied, à l’Assemblée et sur le terrain auprès des maires pour gagner des effectifs, des moyens en matière de sécurité, dans les commissariats de Vitrolles, de Marignane ou pour la gendarmerie sur la Côte bleue. On va faire aussi des propositions de loi qui émanent du programme de Marine Le Pen comme le durcissement des peines.

A qui profite l’abstention ?

Clairement, l’abstention profite à Macron. C’est clair, net et précis. Quand strictement personne ne vote, quand on fait 30 % de participation, qui va voter ? Les CSP + et les plus âgés, et c’est là où Emmanuel Macron fait ses meilleurs scores. La campagne électorale, c’est le pire ennemi d’Emmanuel Macron. Et nous, notre premier concurrent, c’est l’abstention.