Législatives 2022 : « Le plus perturbant, c’est le côté star », la drôle de campagne de Christophe Castaner

ALPES-DE-HAUTE-PROVENCE L’ancien ministre de l’Intérieur Christophe Castaner tente de décrocher un troisième mandat de député dans sa circonscription d’origine, dans les Alpes-de-Haute-Provence

Mathilde Ceilles
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Christophe Castaner en campagne dans un verger de Sisteron aux côtés de sa suppléante
Christophe Castaner en campagne dans un verger de Sisteron aux côtés de sa suppléante — Mathide Ceilles / 20 Minutes
  • Dans la 2e circonscription des Alpes-de-Haute-Provence, l’ancien ministre de l’Intérieur Christophe Castaner tente de conserver son siège de député, son dernier mandat électif.
  • La tâche n’est pas des plus aisés, au vu des résultats à la présidentielle dans les Alpes-de-Haute-Provence où Jean-Luc Mélenchon est arrivé en tête au premier tour, et Marine Le Pen au deuxième.
  • Christophe Castaner vit par ailleurs sa première campagne en tant qu’ancien membre du gouvernement. Un statut qui n’est pas sans conséquence sur sa posture et sa stratégie.

De notre envoyée spéciale à Sisteron (Alpes-de-Haute-Provence)

Il a fallu un peu insister pour suivre Christophe Castaner en campagne. Comme il l’explique aux agriculteurs présents dans ce hangar agricole de Sisteron, en ce vendredi matin pluvieux, au cœur de la 2e circonscription des  Alpes-de-Haute-Provence dont il est député depuis 2012, « jusqu’au bout, je n’ai pas voulu de média national pour cette campagne des législatives. C’est une campagne locale. Mais la journaliste de 20 Minutes que vous voyez prendre des notes a dit qu’elle viendrait quand même ici. Elle s’est invitée, donc je me suis dit : "Autant la recevoir." »

On plaide volontiers coupable, tout en l’interrogeant sur cette stratégie étonnante pour lui, l’une des principales figures médiatiques des Marcheurs qui écume les matinales et est sollicité par certains piliers de la Macronie pour prodiguer conseils en communication et autres éléments de langage. « J’aime les caméras, mais pas chez moi », se marre Christophe Castaner.

Dernier mandat

Un paradoxe résumé en quelques mots. Pendant des années, il a été au cœur de la vie politique nationale, de Beauvau au Palais Bourbon, et sur toutes les chaînes d’information. Aujourd’hui, pour ces législatives, Christophe Castaner se pose en candidat discret, homme de terrain, enfant du pays proche de ses administrés, intarissable sur la culture des pommes ou la vie politique locale qu’il décrit avec sa gouaille. « Le maire de Sisteron n’est pas venu ce matin pour raisons de santé mais c’est un soutien, lance-t-il ainsi. C’est une figure locale, un combattant casse-couilles qui lâche rien et qui est insupportable. Et il n’est pas le seul dans mes soutiens ! »

Christophe Castaner a plus d’une campagne électorale à son actif. Mais cette dernière est pour le moins particulière, de son propre aveu. Hier maire de Forcalquier, qu’il n’est plus, c’est désormais l’ancien ministre de l’Intérieur qui arpente ses terres électorales historiques, afin de conserver son dernier mandat électif.

« Ça brouille ma vision de l’élection »

Confidences sur la banquette arrière, en route pour le verger d’un arboriculteur de Sisteron. « Pour toi, il n’y a pas l’ombre d’un doute sur ta réélection », s’enthousiasme à l’avant Chantal Eyméoud, vice-présidente du conseil régional venue soutenir Christophe Castaner en lieu et place d’un Renaud Muselier souffrant. « C’est la première campagne que je fais avec cette notoriété, rétorque Christophe Castaner. C’est une notoriété qui peut être positive comme négative. Quand vous êtes en responsabilité, les gens ne vous aiment pas. En même temps, je suis un des politiques les plus populaires de France. Et le côté ministre de l’Intérieur, ça a laissé des traces et ça brouille ma vision de l’élection. L’autre jour, j’étais au marché de Manosque. Et j’ai passé mon temps à faire des selfies. Mais qui dit que ces gens vont voter pour moi ? Je ne sais pas s’ils sont dans la circonscription… ou s’ils vont voter ! »

Et de lancer, un peu plus tard : « Le plus perturbant, c’est le côté "star", "produit vu à la télé". Mais j’ai le soutien global de toutes les institutions locales. Et des trois ministres de l’Intérieur sous Emmanuel Macron, le plus populaire, c’est moi. J’ai eu à gérer 55.000 manifestations. Ce n’était jamais arrivé. Et ça a globalement été fait dans de bonnes conditions. »

« Christophe Castaner est une figure de ce gouvernement-là et en particulier de sa dérive autoritaire, tance Léo Walter, candidat de la Nupes dans cette circonscription. Il y a une détestation de la politique d’Emmanuel Macron qui se reporte sur la figure de Christophe Castaner. Il y a eu dans les Alpes-de-Haute-Provence un mouvement des "gilets jaunes" très fort. Toute cette période-là a laissé des traces. Les manifestations ont été réprimées de manière hyper violente, y compris dans notre département en mars 2019. »

« L’effet Christophe »

Des « gilets jaunes » qui présentent même une liste à ces législatives contre Christophe Castaner, dans un département où Jean-Luc Mélenchon est arrivé en tête des suffrages au premier tour de la présidentielle, et Marine Le Pen à la première place au second tour. « On a proposé à Christophe Castaner des circonscriptions plus favorables, mais il a refusé », affirme d’ailleurs un proche.

« Il y a un "effet Christophe" qui fait que je suis plus confiant pour ces législatives que pour la présidentielle, veut croire Edwin Phaeton, référent des Jeunes avec Macron dans le département. Quand on tractait pour le président, on nous prenait même pas le tract. Au contraire, là, on a un bon accueil. Christophe Castaner connaît très bien son terrain. Ce n’est pas un député parisien. »

« Meilleur VRP des Alpes-de-Haute-Provence »

Face à ses électeurs, Christophe Castaner se pose en effet moins en ancien ministre qu’en « meilleur VRP des Alpes-de-Haute-Provence » selon ses propres termes. « Castaner mène une campagne des sénatoriales, qui sont des représentants des territoires, alors que les députés sont des représentants de la nation, tacle Léo Walter. Il rappelle volontiers qu’il a l’oreille du monarque. »

S’il donne rendez-vous ce vendredi matin là dans cette exploitation agricole de Sisteron, c’est pour une raison, qu’il nous rappelle quelques minutes seulement après notre arrivée. Il y a tout juste un an, Jean Castex était venu ici même, sur invitation du député sortant, permettant ensuite le déblocage de plusieurs millions d’euros pour financer des machines innovantes contre le gel dans les vergers.

En ligne directe avec le président

« J’assume d’être moins présent qu’un député classique, clame Christophe Castaner. Avec moi, il n’y a pas besoin de demander un rendez-vous. Il suffit de m’envoyer un message sur WhatsApp et je tente de régler le problème en 48 heures. » « Tous les endroits où on va depuis le début de la campagne, il y a eu un financement grâce à Christophe Castaner, se réjouit rien proche. Pour avoir des aides, il est plus simple d’avoir quelqu’un qui parle directement avec le président. »

L’argument sera-t-il suffisamment convaincant ? En cette dernière ligne droite, Christophe Castaner se veut serein. « Avant les matinales, d’habitude je pratique la méditation, mais là, ça va, je ne l’ai pas fait ! », sourit-il. Et s’il perd ? « Je ferais autre chose, lance-t-il, les pieds dans la boue et les mains dans les poches. Et je gagnerais certainement mieux ma vie ! »