Législatives 2022 en Dordogne : « C’est la candidature de Jérôme Peyrat qui affaiblit la majorité présidentielle, pas moi »

INTERVIEW Jacqueline Dubois, députée sortante de la 4e circonscription de la Dordogne (LREM) explique pourquoi elle se présente contre le candidat investi par son parti, Jérôme Peyrat

Propos recueillis par Elsa Provenzano
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Jacqueline Dubois a décidé de se présenter à nouveau aux élections législatives des 11 et 18 juin.
Jacqueline Dubois a décidé de se présenter à nouveau aux élections législatives des 11 et 18 juin. — Nicolas TUCAT / AFP
  • Sur la 4e circonscription de la Dordogne, Jérôme Peyrat a été investi par Renaissance (ex-LREM) aux dépens de la sortante, Jacqueline Dubois.
  • Cette dernière annonce ce mercredi qu’elle se présentera pour un deuxième mandat, jugeant sa candidature légitime et utile au combat pour une meilleure représentation des femmes en politique.
  • La candidature de Jérôme Peyrat suscite des oppositions, notamment parce qu’il a été condamné pour violences conjugales.

Dans la 4e circonscription de la Dordogne, deux candidats Renaissance (ex-LREM) sont aujourd’hui en lice. Jérôme Peyrat a été investi officiellement par le parti mais sa candidature, alors qu’il a été condamné pour violences conjugales, suscite des remous. La députée sortante, Jacqueline Dubois, a annoncé ce mercredi son intention de briguer un nouveau mandat. Elle explique à 20 Minutes sa démarche.

Pourquoi avez-vous finalement décidé de vous présenter ?

Ma candidature est légitime. Jérôme Peyrat l’avait lui-même répété plusieurs fois avant d’être lui-même candidat. J’ai fait mienne la phrase d’Elisabeth Borne : « Rien ne doit freiner le combat pour la place des femmes dans notre société. » C’est dans cet état d’esprit que j’ai décidé de présenter ma candidature. C’est un combat pour porter la parole des femmes lors du prochain mandat, si les électeurs me font confiance.

Mais vous avez hésité et ne l’annoncez officiellement que ce mercredi, pour quelle raison ?

J’ai pris le temps de la réflexion et de retrouver l’énergie des commencements. J’ai pris la décision lors du week dernier, pendant lequel j’ai participé à une réunion du réseau de femmes élues. Et cela a sans doute contribué à ma décision.

Quand j’avais 20 ans, on s’est battu pour la libération des corps, maintenant on parle du burkini partout… La place des femmes devrait être acquise mais on se rend compte qu’elle ne l’est pas donc il faut aller l’arracher, avec les dents s’il le faut. J’ai hésité à jeter l’éponge, j’ai attendu de retrouver la conviction et la certitude. C’est ce que j’ai aujourd’hui, au fond des entrailles.

L’investiture de Jérôme Peyrat a été une surprise pour vous ?

Je ne m’y attendais absolument pas, car je n’avais aucun indice qui pouvait me laisser penser que je ne serai pas investie. D’ailleurs, j’ai eu plusieurs appels de cadres de mon parti après l’annonce, me disant qu’ils étaient stupéfaits.

Espérez-vous pousser Jérôme Peyrat à retirer sa candidature ?

Ce serait son honneur de renoncer à se présenter. Je pense qu’il a fait une triple erreur : sous-estimer l’impact de sa condamnation, trahir une parole donnée (celle de ne pas se présenter) et sous-estimer ma réaction. Au téléphone il m’a dit : « Là tu es en colère, mais demain cela ira mieux. » Je vais bien et je suis candidate.

La campagne s’annonce particulière dans ce contexte ?

Je pars avec la même fraîcheur qu’il y a cinq ans. Je me suis donnée totalement pendant ce mandat et j’ai tout appris puisque je n’avais pas fait de politique avant. Maintenant je suis une élue expérimentée, je connais les arcanes législatifs et je connais les préoccupations des habitants, je suis très bien placée pour les porter à l’Assemblée nationale.

Cette situation donne une image divisée du parti, qu’en pensez-vous ?

La candidature de Jérôme Peyrat, et tout ce qu’elle a pu susciter comme oppositions, affaiblit la majorité présidentielle, ce n’est pas moi.