Législatives 2022 : A Aubervilliers, la gauche tout émue de sa propre union

LANCEMENT Insoumis, écologistes, socialistes et communistes ont pansé leurs déchirures ce samedi au lancement de la Nouvelle Union populaire écologiste et sociale, près de Paris

Rachel Garrat-Valcarcel
— 
Jean-Luc Mélenchon et Olivier aure sur la même scène, non, ce n'est pas de science fiction.
Jean-Luc Mélenchon et Olivier aure sur la même scène, non, ce n'est pas de science fiction. — JULIEN DE ROSA / AFP
  • La gauche unie pour les élections législatives a lancé sa campagne samedi lors d’une convention de la « Nouvelle Union populaire écologiste et sociale », à Aubervilliers, près de Paris.
  • Tous les nouveaux alliés qui ont partagé la tribune, dans une image inédite depuis des listes, ont semblé à l’aise.
  • Jean-Luc Mélenchon y a mis du sien en mettant de l’eau dans son vin.

Samedi, à Aubervilliers, pour le lancement de sa campagne législative, la gauche s’est mise au « nu ». Comme Nouvelle Union… populaire écologiste et sociale, le nom de la coalition d’union de la gauche entre insoumis, écologistes, socialistes et communistes. « Nu », c’est ainsi que dans l’alphabet grec on prononce le « v ». Le « v » de la victoire, symbole arboré par les leaders, militants et militantes de gauches sur des selfies postés sur les réseaux sociaux depuis deux jours. Et c’est donc le logo de la Nouvelle Union populaire écologiste et sociale (Nupes), sur fond d’arc-en-ciel. Après le « phi » de la « FI », il faut reconnaître aux insoumis un talent certain pour trouver de nouvelles symboliques en politique.

Il y avait de la couleur donc, samedi à Aubervilliers, de la joie, beaucoup de sourires. « Une envie de gagner, les gens en ont marre de perdre », résumait la députée insoumise Clémentine Autain. A vrai dire, il y avait de l’émotion, devant une photo de famille « folle », comme l’a qualifié un des négociateurs insoumis de l’accord d’alliance. Impensable il y a quelques semaines : Jean-Luc Mélenchon, Julien Bayou, pour les écolos, Fabien Roussel, pour les communistes et Olivier Faure, pour les socialistes, à la même tribune. Olivier Faure, justement, arrivait peut-être avec le plus de craintes au milieu d’une salle où les insoumis étaient clairement majoritaires. Les quelques sifflets ont vite été noyés sous une longue ovation debout, où chef du PS a semblé ému, particulièrement touché.



Des socialistes sans complexes

« J’entends la presse nous dire que ce serait le mariage de la carpe et du lapin (…) On nous dit ça à nous alors qu’autour d’Emmanuel Macron il a des gens qui se sont combattus toutes leur vie, des gens qui sont de droite et de gauche. Mais c’est à nous qui sommes de gauche et de gauche, qu’on demande des excuses. Incroyable ! », a clamé Olivier Faure à la tribune, sans complexes. « Vous allez voir des socialistes heureux ! », avait prévenu avant le début de la convention Clémente Autain. Et ils ont l’air : « J’ai jamais reçu autant de remerciements que depuis l’accord », affirme un Pierre Jouvet, un des négociateurs socialistes. Pas de malaise donc, au contraire : « Les socialistes me disent qu’ils se sentent libérés. Je crois qu’ils se sont sentis à leur place ici », croyait après la convention le négociateur insoumis cité plus haut.

Pas de malaise non plus chez les écologistes. « C’est tout ce que je prône depuis le début de la primaire populaire », expliquait un grand sourire Sandrine Rousseau. La candidate à la députation dans le 13e arrondissement de Paris a croulé sous les demandes de candidat et candidates de la Nupes pour faire des vidéos de présentation avec elle. Là encore, c’est l’émotion qui domine, notamment chez le « 100 % à l’aise » Benjamin Lucas, ancien socialiste, parti avec Benoît Hamon créer Génération·s : « Plein de gens que d’habitude je vois séparément sont enfin réunis, ça prend les tripes et ça fait du bien. Il y a une volonté partagée de gagner et du respect mutuel. Franchement un meeting où Mélenchon et Faure sont tous les deux acclamés, vous m’auriez dit ça y’a deux mois, j’aurai éclaté de rire ! »

Les efforts de Mélenchon

Enfin, Jean-Luc Mélenchon, en candidat de la gauche – « notre famille politique », a-t-il affirmé – à Matignon, a pris la parole en dernier. Il a insisté sur le caractère historique de l’alliance mais aussi voulu se projeter dans « une page nouvelle » où « il faut inventer, créer, travailler, porter cette nouvelle identité » qu’est la Nouvelle Union populaire écologique et sociale. Même s’il ne cesse de viser la majorité à l’Assemblée Nationale en juin, « nous ne voulons pas que ça dure le temps d’une élection. Si on veut que ça dure ça se fera par la discussion, la camaraderie, la difficulté. Par l’émulation », a même affirmé le député de Marseille (qui ne devrait pas se représenter) qui veut battre en brèche l’idée d’une alliance électoraliste de circonstance.

Si tout le monde a tant été à l’aise samedi, c’est aussi parce que Jean-Luc Mélenchon y a mis du sien. Sans doute son programme présidentiel est-il la base de l’accord programmatique de la Nupes, mais il faut remarquer qu’il a mis de l’eau dans son vin. En cas de victoire, il refuse une majorité caporalisée, et assure que les débats continueront entre les partis. Il affirme sa radicalité, mais « une radicalité concrète, tenable ». Plus loin il parle aussi d’un « anticapitalisme concret » en agissant pour les problèmes quotidiens des Françaises et des Français.

Les négociations continuent

Jean-Luc Mélenchon a donné des gages notamment sur le sujet où les désaccords sont les plus chauds : les questions internationales. Il a dédié au peuple ukrainien la « ferveur d’aujourd’hui » et accusé la Russie de commettre des « crimes de guerre » tout en agitant la menace nucléaire. Dans le détail, on ne saura pas si un Premier ministre Mélenchon continuerait d’envoyer des armes à l’Ukraine. Les nouveaux alliés notent quand même l’effort : « J’avais déjà été rassuré dans nos discussions depuis la fin de la présidentielle, dit Benjamin Lucas. Là aujourd’hui il a dit sur l’Ukraine quelque chose que j’aurai parfaitement pu dire moi. » « C’est très important qu’il parle clairement d’agression et qu’il reconnaisse les crimes de guerre », a estimé de con côté la numéro 2 du PS, Corinne Narassiguin.

La campagne de la Nupes ne fait que commencer. Si une première ébauche de programme a été présentée hier, les discussions sur la version définitive sont encore en cours. « On travaille bien », glisse le négociateur insoumis. « Les discussions sont âpres mais c’est normal, on n’est pas du même parti même si on a la même culture », a répondu Narassigin. Côté insoumis on parie sur une fin des travaux en milieu de semaine et une signature très officielle de l’accord quadripartite en fin de semaine. Une autre photo de famille qui vaudra sans doute le détour.