Résultats présidentielle 2022 : Pourquoi les Hauts-de-France ont préféré Le Pen à Macron

SECOND TOUR La candidate RN est arrivée en tête au second tour de la présidentielle dans la région

François Launay
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Marine Le Pen, candidate a la presidentielle, vote dans son fief a Henin Beaumont, le 24 Avril 2022
Marine Le Pen, candidate a la presidentielle, vote dans son fief a Henin Beaumont, le 24 Avril 2022 — FRANCOIS GREUEZ / SIPA/SIPA
  • Marine Le Pen a devancé Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle dans l’une des régions les plus peuplées de France.
  • Un résultat qui n’étonne pas le politiste lillois Rémi Lefebvre qui estime que la région cumule toutes les propriétés du vote Le Pen.

Du jamais vu. En arrivant en tête dans quatre des cinq départements de la région (Aisne, Somme, Oise, Pas-de-Calais) Marine Le Pen a réalisé un carton dans les Hauts-de-France au deuxième tour de la présidentielle. Avec 52,13 %, la candidate du RN a donc devancé Emmanuel Macron, réélu au niveau national, dans la troisième région du pays.

A l’échelle nationale, c’est même son deuxième meilleur score derrière la Corse et devant la PACA, seules autres régions où elle est arrivée en tête. Une première dans l’histoire politique régionale à la présidentielle mais tout sauf une surprise selon Rémi Lefebvre. Ce Lillois, chercheur et professeur en science politique, estime que les Hauts-de-France concentrent tout ce qui fait le vote Le Pen.

« Les Hauts-de-France cumulent toutes les propriétés du vote Le Pen »

« Ce résultat était totalement prévisible. Sociologiquement, Il n’y avait aucun suspense. La région cumule toutes les propriétés du vote Le Pen au 2e tour à savoir majoritairement des catégories populaires, non diplômées qui vivent dans des territoires ruraux et désindustrialisés. Ce cocktail maximise tous les ingrédients de la performance du vote Le Pen surtout face à un candidat étant perçu comme issu de l’élite », détaille le politiste.

La figure répulsive de Macron dans les classes populaires a aussi joué

Car au-delà de l’indéniable effet Le Pen, la personnalité de Macron a sans doute amplifié le vote en faveur du RN « La figure de Macron est répulsive dans les classes populaires. Il est jugé comme un Parisien hautain avec du mépris de classe. Or, on est dans une région qui ne supporte pas ça. Ce qui reste de la culture populaire du Nord, c’est en partie ce complexe de classe qui est un combustible très fort du vote Le Pen face à quelqu’un comme Macron. J’ai vu les réactions dimanche soir à Hénin-Beaumont. Il y a une haine terrible pour Macron qui est une haine de classe exacerbée. Dans les catégories populaires, j’entends souvent dire que « Macron n’est pas des nôtres ». Ça se ressent forcément dans le vote », poursuit Rémi Lefebvre.

Pas forcément un raz-de-marée RN à attendre aux législatives

Pourtant, rien n’est figé dans une région passée en vingt ans de la gauche à l’extrême droite. Si les territoires non urbains des Hauts-de-France votent Le Pen, les villes régionales préfèrent Macron (Lille, Amiens, Arras, Douais, Valenciennes…). Surtout, ce succès de la candidate du RN n’augure pas forcément un raz-de-marée lors des élections législatives qui se dérouleront les 12 et 19 juin prochains.

« Il y a une vraie dissociation entre la présidentielle et les élections locales. Par exemple, le RN a reculé dans la région lors des dernières élections régionales et départementales car les catégories populaires ne se mobilisent pas pour ce genre d’élection. Elles préfèrent souvent s’abstenir. Peut-être que ça changera cette fois-ci car on sent un peu plus de politisation mais attention, les élections n’ont lieu que dans sept semaines, les gens ont le temps de passer à autre chose d’ici là. Il ne faut pas non plus oublier que les électeurs du camp qui a perdu se démobilisent très souvent dans la foulée »

Même si quatre des six députés du groupe RN à l’Assemblée nationale ont été élus dans les Hauts-de-France (Marine Le Pen, Sébastien Chenu, Ludovic Pajot et Bruno Bilde), rien ne dit donc que ce chiffre augmentera en juin prochain. Malgré le score historique obtenu à la présidentielle dans la région.