Présidentielle 2022 : En Outre-mer, Marine Le Pen a fait un carton en profitant du vote « anti-Macron »

OUTRE-MER La politique sanitaire et vaccinale, le manque de considération et tout simplement la figure Emmanuel Macron, sont autant de facteurs qui ont poussé les Antillais à se tourner vers le Rassemblement national

Maïwenn Furic
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Marine Le Pen a placé l'Outre-mer en élément fort de son programme, mais aussi de sa campagne
Marine Le Pen a placé l'Outre-mer en élément fort de son programme, mais aussi de sa campagne — GILLES_MOREL/SIMAX/SIPA
  • Bien que battue largement par Emmanuel Macron, Marine Le Pen a pu compter sur les électeurs d’Outre-mer, et tout particulièrement des Antilles, où elle a obtenu plus de 60 % au second tour.
  • C’est surtout le vote barrage à Macron qui a bénéficié à la candidate du RN, dans des territoires très mobilisés contre la politique vaccinale du gouvernement.

Un résultat électoral presque en miroir inversé de la Métropole. Aux Antilles, Marine Le Pen a tout emporté, capitalisant en partie sur le rejet incarné par le chef de l’Etat. « C’était tout sauf Macron », avance Marissa qui habite en Guadeloupe, auprès de 20 Minutes. « Il y a eu ses confinements, son pass sanitaire, et même ses vaccins. Trop c’est trop. » Du côté de la Guyane, Philippe est déçu de la politique menée par LREM sur le quinquennat : « En 2017 j’avais voté pour Macron. Là il était hors de question que je revote pour lui après les années qu’on vient de passer. Cette année, au premier tour j’ai voté Mélenchon, mais il n’est pas passé. »

L’Outre-mer, et tout particulièrement les Antilles, ont été les fervents supporteurs de la candidate du Rassemblement national. Elle l’emporte à 69,60 % en Guadeloupe (contre 23,87 % en 2017), 60,87 % en Martinique (22,45 % en 2017), 60,70 % en Guyane (35,11 % en 2017), 50,69 % à Saint-Pierre-et-Miquelon (36,71 % en 2017), ainsi qu’à Saint-Barthélemy et Saint-Martin avec 55,42 % (34,97 % en 2017).

« Par rapport à il y a cinq ans, il y a eu une inversion des résultats, et c’est particulièrement flagrant avec la Guadeloupe », explique Mikaa Mered, secrétaire général de la Chaire Outre-Mer de Sciences po Paris. Cette année, ce résultat peut d’autant plus étonner qu’au premier tour, Jean-Luc Mélenchon était en tête dans la plupart des Antilles : Guadeloupe (56,2 %), Martinique (53,1 %), en Guyane (50,6 %).


Macron paye les frais de sa politique vaccinale et sanitaire

Pour l’universitaire, plusieurs facteurs entrent en jeu : « Aux Antilles il y a un sentiment de déclassement, de déconsidération et d’éloignement vis-à-vis des politiques mises en place par le gouvernement, autant du côté de la population que des élus locaux. » Le fait que le président sortant n’ait pas fait campagne dans les Outre-mer a renforcé cette impression : en dehors d’une interview générale accordée à France Télévisions et diffusée sur La Première, Emmanuel Macron ne s’est pas adressé spécifiquement aux ultramarins. Dans un communiqué, le Parti socialiste de Guadeloupe justifie ainsi les résultats par « l’expression d’un puissant vote sanction contre le bilan d’Emmanuel Macron et de ses gouvernements ».

« Au-delà de la personnalité d’Emmanuel Macron, il y a un ras-le-bol chronique », poursuit Mikaa Mered. Le quinquennat a été marqué par la crise sanitaire et vaccinale. « Chez nous, l'obligation vaccinale pour les soignants ce n’est pas passé. Personne n’écoute ce qu’on a à dire. Alors certains passent à des actions, parfois violentes », ajoute Marissa, en référence à novembre dernier où de nombreux Guadeloupéens ont exprimé leur mécontentement dans la rue. « Et là non plus, on ne nous écoute pas. Le gouvernement a préféré répondre par la violence. »

Dans le domaine sanitaire, les difficultés sont importantes. Les coupures d’eau restent très fréquentes, et il y a très peu de lits de réanimation par rapport à la population, notamment en Guadeloupe et en Martinique. Au moment des pics de contaminations au Covid-19, « ça a créé une incapacité à soigner tous les malades sur place » avance Mikaa Mered. Des patients atteints du Covid-19 ont donc dû être transférés vers la métropole. Les confinements et couvre-feu ont été plus longs et plus sévères. « Aux Antilles, ça a été la double peine », souligne-t-il.

Cette année, Marine Le Pen a vraiment misé sur l’Outre-mer

« Ce rejet d’Emmanuel Macron est plus fort que les idées défendues par Marine Le Pen », affirme le spécialiste. Cette année, l'Outre-mer était en effet un élément structurel du programme du RN. Marine Le Pen s’était rendue à Mayotte et à la Réunion pour évoquer les problématiques spécifiques à l’Océan Indien, puis en Guadeloupe pour aborder celles des Caraïbes. En 2017 elle avait seulement tenu un meeting en Guyane. De plus, Marine Le Pen a réussi à « prendre à son compte et incarner les idées contestataires pour le second tour », tandis que la consigne de vote de Jean-Luc Mélenchon - « pas une voix pour l’extrême droite » –, a été « trop vague pour être suivie, et trop peu relayée par les élus locaux ».

Pour Emmanuel Macron le chantier en Outre-mer s’annonce donc immense, au-delà de législatives à hauts risques surplace. « Il y a fort à parier que le vote Mélenchon se perçoive une nouvelle fois, rebondit Mikaa Mered. Là, ils seront capables de se qualifier au second tour voire d’emporter la mise. Mais puisque Macron a été élu, il peut également y avoir une démobilisation. » Le taux moyen de l'abstention au second tour de la présidentielle en Outre-mer était déjà de 51,29 %.

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