Présidentielle 2022 : A La Grande Borne, les Grignois hésitent entre abstention ou Macron

REPORTAGE Dans ce quartier de Grigny, près de 70 % de la population a voté Mélenchon, qui n’a pas demandé à ses électeurs et électrices de voter Macron

Aude Lorriaux
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Une rue de Grigny, avec l'affiche de jean-Luc Mélenchon pour la présidentielle 2022.
Une rue de Grigny, avec l'affiche de jean-Luc Mélenchon pour la présidentielle 2022. — Aude Lorriaux / 20 Minutes
  • Dans un bureau de vote de Grigny, à La Grande Borne, quartier pauvre et populaire, près de 70 % des électeurs et électrices ont voté pour Jean-Luc Mélenchon, le leader de La France insoumise.
  • 20 Minutes est allé demandé aux Grignois et Grignoises s’ils et elles comptaient voter Macron, Le Pen, ou s’abstenir.
  • Les habitants et habitantes rencontrées ne voteront pas Le Pen, mais hésitent pour beaucoup à voter Macron.

Avec 21,95 % des voix et sa troisième place sur le podium de la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon se pose comme arbitre de cette élection. Que vont faire ses électeurs et électrices ? Vont-ils voter Emmanuel Macron, Marine Le Pen, ou s’abstenir ? A Grigny, qui a voté à 56,76% pour le leader de La France insoumise (LFI), la question est sur toutes les lèvres.

Et particulièrement à La Grande Borne, l’un des quartiers populaires de l’une des communes les plus pauvres de France – 45 % de la population vit sous le seuil de pauvreté –, où l’on a voté à 70 % pour le natif de Tanger. Ici, très peu de voix iront à Marine Le Pen, si l’on en croit les électeurs et électrices avec lesquelles 20 Minutes a discuté mardi. Mais beaucoup hésitent entre s’abstenir ou voter pour Emmanuel Macron, pour faire « barrage » à la « raciste », comme ils et elles nomment l’adversaire du locataire de L’Elysée.

Yhannie, 23 ans, travaille au café Le Damier, situé à l’est de la Grande Borne. Elle va voter Macron, pense-t-elle, comme ses sœurs, qui ont toutes voté Mélenchon au premier tour. « Le Pen est un peu raciste. Ici il y a plein de gens d’origine étrangère, comme moi, explique cette jeune femme au profil asiatique. Et Macron a réussi à maintenir l’économie malgré les crises », détaille-t-elle.

« C’est trafiqué »

Les habitants et habitantes suivent grosso modo la consigne de Mélenchon : « Il ne faut pas donner une seule voix à Mme Le Pen ! », a recommandé le leader de LFI. Il n’empêche que tous ne vont pas forcément voter pour le président de la République. Assis au fond du café, Michel, 56 ans, hausse la voix lorsqu’il entend une autre Grignoise de son âge affirmer qu’elle va voter Macron.

« Je ne vais pas voter. C’est Macron qui va sortir, ça sert à rien de voter. En vrai, je préfère personne. Si Le Pen est élue et s’ils prennent les armes, on prendra les armes, voilà tout », affirme Michel, prompt à imaginer une guerre civile. Il a voté Mélenchon, quelqu’un de « correct, franc, et qui vit avec la population », selon lui, et est persuadé que les élections ont été truquées pour empêcher le leader de LFI d’affronter Emmanuel Macron. « Pourquoi ils l’ont fait sortir troisième ? Car ils savent qu’il sera président. Les gens ont leur liberté, moi je les sens pas ces élections, pour moi elles ont été truquées », nous dit-il.

Un « trucage » qui justifierait l’abstention au second tour, Michel n’est pas le seul à penser comme cela. Sur la place du Damier, en face du café et des petits immeubles bordeaux et blanc, trois jeunes squattent la dalle de béton. « C’est trafiqué », lance Brian, 30 ans, « je vais pas voter ». « Trafiqué », répondent aussi ses deux comparses, pour justifier le fait qu’ils n’iront pas voter Macron. « C’est le président des riches, et il met la retraite à 65 ans », intervient alors Saïd, 48 ans, lorsqu’il entend la question qu’on pose à ces trois jeunes. « Ce sera vote blanc. J’ai une société de transport, je suis dans la merde avec l’augmentation du gazole. Ils l’ont descendu de 18 centimes, c’est pas assez ! », se plaint Saïd.

« La flemme »

En sortant de la place du Damier, le chemin serpente entre de petits immeubles colorés qui ondulent sous le soleil. On voit quelques affiches sauvages avec le portrait du candidat insoumis, au milieu de rues assez vides de monde, en cette fin de matinée. Un peu plus loin, à côté du gymnase du Méridien, deux jeunes fument autour d’un narguilé.

Rue de la Serpente, à Grigny.
Rue de la Serpente, à Grigny. - A.L. / 20 Minutes

Zack, 22 ans, « pas trop dans la politique », hésite entre voter blanc ou voter Macron, mais appréciait surtout la proposition de smic à 1.400 euros de Mélenchon. En face de l’école maternelle, à côté d’un parc où jouent paisiblement des enfants, on croise aussi Mohammed, 24 ans, qui n’a pas voté au premier tour, mais qui devrait voter Macron s’il n’a pas « la flemme », dit-il. « Je préfère avoir Macron qu’une raciste islamophobe », explique-t-il. « Mélenchon est venu à Grigny il a la sympathie de Grigny et des banlieues », ajoute-t-il.



Le passage du tribun dans le coin a marqué quelques esprits, mais pas qu’en bien. Au café Le Bornéo, à quelques mètres de l’avenue de La Grande Borne, Mama, 46 ans, ne votera pas au second tour, en grande partie parce qu’elle juge le leader de LFI « très spécial », depuis qu’elle l’a vu, assure-t-elle, « attraper un enfant devant tout le monde » lors de son dernier passage à Grigny.

Au café Le Bornéo, à quelques mètres du quartier de La Grande Borne.
Au café Le Bornéo, à quelques mètres du quartier de La Grande Borne. - A.L. / 20 Minutes

Mais en face, un groupe de trois hommes, âgés de 61 à 85 ans, n’est pas d’accord. Ils voteront Macron sans hésiter, pour « faire barrage », disent-ils tous en chœur. « Ils stigmatisent toujours les musulmans, alors maintenant, on en a marre : on vote ! », justifie Larry, le plus jeune. « Les racistes, on les balaie », résume le plus vieux. Sceptiques du Front républicain ou anti-Le Pen prêts à faire barrage, on saura bientôt dans quel camp La Grande Borne basculera.