Présidentielle 2022 : « Il faut être unis dans l’épreuve… » Après la gueule de bois, Les Républicains entament l’opération survie

REPORTAGE Le parti a réuni ses cadres ce lundi, au lendemain du crash de Valérie Pécresse au premier tour de l'élection présidentielle

Nicolas Camus
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Valérie Pécresse au siège des Républicains au lendemain de sa défaite au premier de l'élection présidentielle, le 11 avril 2022.
Valérie Pécresse au siège des Républicains au lendemain de sa défaite au premier de l'élection présidentielle, le 11 avril 2022. — Alain JOCARD / AFP
  • Valérie Pécresse a obtenu 4,79% des voix lors du premier tour de la présidentielle dmanche, faisant tomber la droite républicaine à son plus bas niveau histoirique.
  • Un conseil stratégique puis un bureau national se sont tenus ce lundi au siège du parti afin de déterminer la marche à suivre en vue du second tour et surtout de l'après élection.
  • Tiraillé entre ses différents courants, la droite a rappelé son rejet du Rassemblement National, tout en écartant l'idée d'une coalition avec Emmanuel Macron.

Au siège de LR (Paris 15e)

Le cocktail n’est jamais bon signe. Chez Les Républicains, la nuit a été courte et les réunions très longues, ce lundi, au lendemain du score cataclysmique de Valérie Pécresse au premier tour de l'élection présidentielle. Les groupes de discussions ont chauffé après la débâcle, et les retrouvailles ont été animées au siège du parti, rue de Vaugirard, dans le 15e arrondissement de Paris. Un conseil stratégique a eu lieu à partir de 10h, suivi d’un bureau politique qui s’est étiré jusqu’à quasiment 14h. Au menu, la survie financière et politique du parti. Ni plus ni moins.

« J’aimerais être une petite souris pour savoir ce qui va se dire », nous avait confié un militant dimanche soir. Et nous donc ! « L’enjeu est de gérer la crise. Il faut être unis dans l’épreuve », a prévenu le sénateur du Nord Marc-Philippe Daubresse avant de s’engouffrer dans le bâtiment. Quelques heures plus tard, le chef de clan Christian Jacob se présente tout sourire face aux médias. L’ancien ministre clarifie d’emblée la ligne de LR en vue du second tour : « Notre famille politique reste un adversaire déterminé au Rassemblement national. Aucune voix ne peut se porter sur Marine Le Pen. »

Puis il lit le communiqué adopté à la quasi-unanimité par la centaine de cadres de LR membres du bureau politique. Treize se sont abstenus, quand même. « Je l’ai fait car j’estime que le communiqué n’est pas suffisamment clair. Il aurait fallu appeler à voter directement Emmanuel Macron, car il y a un vrai risque que Marine Le Pen passe », explique à la sortie le maire de Châteauroux, Gil Avérous, l’un de ceux qui ont passé leur tour.

C’est là toute l’ambiguïté de la position LR. L’idée majoritaire est de rejeter le RN, tout en n’accordant que peu de crédit au président sortant pour un éventuel second mandat. On a senti d’ailleurs Christian Jacob sur un fil au moment d’entrer dans le détail de la stratégie élaborée avec ses troupes. « Je ne vais pas vous relire le communiqué une troisième fois !, s’est-il agacé après une nouvelle relance. La diversité de notre famille politique existe, on l’assume, elle ne date pas d’aujourd’hui. Les Républicains ne sont fongibles ni dans le macronisme ni dans l’extrémisme. Il existe une autre voie. »

« On a tout laissé filer aux boutiques d’à côté »

La question d’une coalition gouvernementale avec La République en Marche a tout de même été abordée. C’est Jean-François Copé, président du parti quand il s’appelait encore UMP, qui l’a mise sur la table. « Il y a eu un grand silence après sa prise de parole », rapporte un cadre de LR. Le député Guillaume Larrivé, le seul à avoir voté contre la motion commune, était lui aussi un partisan de cette option. « Mais lui, il est déjà chez Macron, raille notre interlocuteur. Ce matin, je lui ai demandé ce qu’il faisait là, pourquoi il n’était pas déjà à l’Elysée. » Ambiance.

La déroute présidentielle aura eu, semble-t-il, le mérite d’agir comme un électrochoc pour la droite républicaine. « On est devenu trop tièdes sur les questions régaliennes, alors que les Français nous attendent là-dessus. On a tout laissé filer aux boutiques d’à côté. Ça n’est plus possible », prévient le sénateur Alain Joyandet. « Il faut qu’on se projette. Le macronisme s’arrête au 25 [avril]. Nous avons besoin d’une nouvelle ligne, recentrée sur nos valeurs », ajoute un ex-dirigeant du parti.



L’objectif immédiat est de resserrer les rangs en vue des législatives, où LR espère reverdir. « La vie politique est faite de secousses. On a connu des victoires mais aussi des échecs cinglants. Ce qui nous a toujours permis de tenir est notre ancrage territorial », récite ainsi Christian Jacob. Un enracinement local sur lequel se joue en grande partie le vote de juin prochain.

En attendant, il faudra toutefois régler la question des frais de campagne. Car absolument personne, au sein du parti, n’avait prévu l’accident industriel représenté par ces minuscules 4,79 % des voix au premier tour, sous le seuil des 5 % garantissant le remboursement des frais de campagne par l’Etat. « Un séisme très coûteux », comme l’a qualifié le président de la région Grand Est Jean Rottner. Et qui a valu cette petite blague de Roger Karoutchi à son arrivée au siège : « J’espère qu’il y a encore des cafés ici. J’ai pris des pièces au cas où pour la machine. »

Valérie Pécresse n’avait, elle, pas très envie de rire avec le sénateur des Hauts-de-Seine. Son appel aux dons « pour boucler le budget de la campagne » est passé en boucle sur les chaînes d’info en continu toute la journée. Les 7 millions évoqués par l’ancienne candidate correspondent à un prêt de 2 millions d’euros que lui a accordé le parti (somme qu’il s’attendait à revoir grâce au remboursement prévu par la loi) et à un prêt de 5 millions contracté par la candidate en personne. « J’ai besoin de votre aide d’ici au 15 mai, il en va de la survie des Républicains », a clamé la vaincue. Après le « Sarkothon » de 2012, voilà donc le « Pécressethon ». Un moyen, aussi, de voir s’il y a encore de la vie à la base du parti.