Présidentielle 2022 : Qui a le plus de réserves de voix entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen ?

ELECTIONS Si le second tour est exactement le même qu’en 2017 sur le papier, il s’annonce en réalité beaucoup plus incertain pour Emmanuel Macron

Oihana Gabriel
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Commen en 2017, les Français auront le choix dimanche 24 avril 2022 entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron.
Commen en 2017, les Français auront le choix dimanche 24 avril 2022 entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron. — AFP
  • Le dimanche 24 avril, Emmanuel Macron et Marine Le Pen vont s'affronter pour un second tour aux airs de déjà-vu.
  • Et pourtant, l'écart n'a jamais été aussi faible entre les deux, selon les instituts de sondage.
  • Marine Le Pen a plus de réserves de voix qu'Emmanuel Macron, même si la plupart des autres candidats à la présidentielle ont appelé à faire barrage contre l'extrême droite.

On prend les mêmes et on refait le match ? En 2022 comme en 2017, la France devra départager Emmanuel Macron et Marine Le Pen à l’élection présidentielle. Sauf que cette fois, les cartes sont rebattues. Toutes les enquêtes donnent Macron vainqueur, mais avec un écart très disparate et faible, allant de 54 % des votes pour Odoxa à 51 % pour l’Ifop. « Le premier facteur d’incertitude, c’est que par rapport à 2017, la participation n’a pas bondi dans les tout derniers jours, soulignait Brice Teinturier, d'Ipsos, sur France Info ce lundi. Le deuxième facteur est que les courbes se resserrent. Il y a quinze jours, il y avait près de 10 points d’écart. Aujourd’hui, on est à 3,5, mais tout peut encore changer. » Avec en toile de fond une question : qui, du président sortant ou de son adversaire, a le plus de réserves de voix ?

Enfin, le 24 avril, les trois zones du pays seront en vacances. Les Français voteront-ils ? Feront-ils une procuration ? Est-ce que les électeurs de Macron, qui, traditionnellement, ont davantage les moyens de partir en vacances, seront plus tentés de sauter ce second tour ?


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« Rien n’est joué »

Beaucoup d’experts partagent un constat inquiétant pour Emmanuel Macron : Marine Le Pen en détient bien plus que lui. Car pour la première fois, il y avait trois candidats à l’extrême droite : Eric Zemmour (7,07 % des suffrages), Nicolas Dupont Aignan (2,06 %) et Marine Le Pen (23,15 %). Si on les additionne, ces forces représentent au global 33,1 % du vote exprimé. Mathieu Gallard, directeur d’études à l’institut de sondages Ipsos, prévient ce lundi sur France Info : « rien n’est joué », sachant que « 85 % des électeurs d’Eric Zemmour disent qu’ils vont voter pour elle ».

Si les appels à glisser un bulletin Macron ont été légion dimanche soir, pas sûr que le président sortant puisse souffler. Dès son discours au soir du premier tour, il a appelé à une « union nationale ». Anne Hidalgo invite certes ses électeurs à « voter contre l’extrême droite de Marine Le Pen, en utilisant le bulletin de vote Emmanuel Macron. » Mais seulement 1,7 % des Français ont voté pour elle. Même appel sans équivoque de Yannick Jadot… et même limite. A la gauche de la gauche, Fabien Roussel (qui a obtenu 2,3 % des suffrages) est sur la même ligne : « j’appelle à battre l’extrême droite, à la mettre en échec en se servant du seul bulletin qui sera à notre disposition ».

En revanche, Valérie Pécresse a expliqué qu’elle votera « en conscience Emmanuel Macron pour empêcher l’arrivée au pouvoir de Marine Le Pen et le chaos qui en résulterait ». Mais elle n’a pas donné de consignes de vote. Et Christian Jacob, le président de LR, a indiqué ce lundi qu' « aucune voix ne peut se porter sur Marine Le Pen », sans en dire plus. Autre problème pour Macron : Eric Ciotti s’est désolidarisé de la candidate LR , en assurant que son vote n’irait pas au président sortant.

Les yeux sur LFI

Pour Emmanuel Macron, le duel s’annonce donc bien plus périlleux qu’en 2017. « Il a déjà utilisé ses réserves de voix, analyse Luc Rouban, politologue au Cevipof. Il a totalement vampirisé l’électorat de Valérie Pécresse, il a très peu de voix qui viendront de la gauche, très basse au premier tour. »

« Même si la probabilité d’une réussite de Macron est plus forte, rien n’est assuré, confirme Luc Rouban, par ailleurs chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Deux variables vont jouer de manière cruciale. D’abord la capacité à mobiliser les abstentionnistes, 27 % des Français. Leur profil social est proche des électeurs du RN : modestes, dans une défiance vis-à-vis des institutions… La deuxième question, c’est évidemment le vote des électeurs de Mélenchon. » Avec près de 22 % des votes exprimés, LFI attire tous les regards. Dimanche soir, à son QG, Jean-Luc Mélenchon a fait une pirouette, répétant à l’envie « vous ne devez pas donner une voix à Marine Le Pen », sans citer précisément le bulletin Macron.

Selon une projection de second tour réalisée par Ipsos-Sopra Steria pour France TV, Radio France, France 24, RFI, Public Sénat, LCP et Le Parisien, 34 % des électeurs de Jean-Luc Mélenchon se reporteraient sur Emmanuel Macron, 30 % sur Le Pen… et 36 % s’abstiendraient. Autre projection intéressante, Celle du cabinet d'études Elabe, qui dévoile que 34 % des électeurs de Jean-Luc Mélenchon pencheraient pour Le Pen… et 27 % des électeurs de Valérie Pécresse.


« Les potentiels reports de voix, c’est une projection, il faut être prudent, se méfie le politologue. Mais on n’est pas sur quelques pourcentages qui se reporteraient sur Le Pen. D’autant qu’une partie de l’électorat de Mélenchon peut adopter une position anti-macronienne systématique, et qu’une victoire de Le Pen, avec un clivage clair gauche/droite, pourrait favoriser une nouvelle union de la gauche. C’est comme Bismarck qui déclare la guerre à la France pour réunir l’Allemagne en 1870…. Mais c’est un calcul dangereux. »

Quelle stratégie pour ce second tour ?

Pour aller convaincre les abstentionnistes, les hésitants, les déçus, les deux rivaux vont devoir jouer une partition précise. Déplacements en terre frontiste pour Macron dès ce lundi, débat le 20 avril que Marine Le Pen ne peut pas se permettre de rater comme en 2017…


Nul doute que la candidate du RN va surfer sur un discours anti-Macron. « Elle risque de dire "si c’est Macron, ça va être un chaos social avec les manifestations, un déficit de services publics, une fracture sociale maintenue", reprend Luc Rouban. Alors que Macron joue la carte européenne, mettant en avant la guerre en Ukraine dangereuse, l’impossibilité de prendre nos distances avec l’Otan et l’Europe. Il existe donc un dilemme de principe. Est-ce que la priorité, c’est le bien-être économique des citoyens, ou la place de la France dans le monde ? Marine Le Pen ne s’est pas gênée pour dire que les sanctions liées à la guerre en Ukraine allaient priver des entreprises de débouchés, faire augmenter les tarifs du gaz… Cela ressemble à l’opposition de 1981, avec un Valéry Giscard d’Estaing​ qui regardait beaucoup à l’international et un Mitterrand intéressé par les enjeux français. » Avec le même but pour les deux candidats de 2022 : séduire un maximum d’électeurs qui ne les ont pas soutenu au premier tour.