Résultats présidentielle 2022 : « C’est l’erreur de Mélenchon », les militants communistes sans regret

REPORTAGE Au Rove, village de l’ouest marseillais, le PCF dirige la mairie depuis 1947. A l’heure du dépouillement, tous, ici, avaient le regard rivé sur le score de Fabien Roussel, et tant pis pour Mélenchon

Alexandre Vella
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Une affiche de Fabien Roussel, candidat du PCF à l'élection présidentielle, déchirée. Il a recueilli 2,4% des votes. (Illustration)
Une affiche de Fabien Roussel, candidat du PCF à l'élection présidentielle, déchirée. Il a recueilli 2,4% des votes. (Illustration) — JEANNE ACCORSINI / Sipa
  • Fabien Roussel a recueilli un peu plus de 2 % des suffrages nationalement. Au Rove, village de l’ouest marseillais dont la mairie est PCF depuis 1947, chaque bulletin avec le nom du candidat communiste a été accueilli avec des sourires.
  • Chez ses militants, pas de regret de ne pas avoir voté « utile » pour Jean-Luc Mélenchon. « C’est toujours le même débat, et Mélenchon nous a déjà fait marron la dernière fois. Et puis, les programmes ne sont pas les mêmes », insiste l’un d’eux.
  • Si le score de Marine Le Pen inquiète, il y a aussi la satisfaction de voir Le Rove encore avec une majorité de gauche.

« Ça fait du bien de voter pour ses convictions », Viviane Rosso, militante du PCF et conseillère municipale du Rove, un village de l’ouest marseillais qui a élu sans discontinuer un maire communiste depuis 1947. Tandis que les opérations de vote s’effectuent à bonne allure, on s’inquiéterait presque, ici, d’une participation trop élevée. « Ce n’est pas bon pour nous quand ça vote trop », annonce Viviane, qui espère voir Fabien Roussel le plus haut possible sur la commune et, pourquoi pas, dépasser la barre des 5 %.

À l’heure dite, un rapide calcul sur les quatre bureaux de vote donne la participation : 81,82 % des 4.131 électeurs inscrits dans le village se sont rendus aux urnes, à peine moins qu’en 2017 avec 83,59 % de participation. Puis, les assesseurs et assesseuses s’attachent au dépouillement. Le premier bulletin, donnant Emmanuel Macron, provoque un léger soupir, rapidement effacé par le second : Fabien Roussel. « Chaque semaine, on a distribué 3.000 tracts », invoque-t-on pour espérer que cela ait porté ses fruits.

À mesure du dépouillement, deux candidats reviennent dans les voix lisant haut les bulletins plus souvent que d’autres : Marine Le Pen et Fabien Roussel. L’un avec plus de plaisir que l’autre. Au-delà du scrutin national, l’enjeu, ici, est « de garder le village à gauche », explique Olivier. Ce qui semble être le cas. Après les résultats définitifs de deux des quatre bureaux, Roussel est derrière Le Pen d’une seule voix. 390 contre 389. « Mélenchon est assez haut aussi », observe-t-il, assez satisfait.

Fierté d’avoir voté pour son candidat

Mais 20 heures vient, et douche quelques espoirs. Fabien Roussel est donné à 2,7 % nationalement, Mélenchon à 20,1 %, plus de trois points derrière Le Pen, à 23,3 %. « C’est dommage que la gauche soit scindée », remarque une militante, larmes aux yeux, horrifiée par le score du RN. Pour autant, elle ne regrette pas son vote Roussel, comme personne ici. « C’est l’erreur de Mélenchon », explique George Rosso, le maire du village. « C’est toujours le même débat, et Mélenchon nous a déjà fait marron la dernière fois. Et puis, les programmes ne sont pas les mêmes, sur le nucléaire par exemple », insiste Olivier. « Quand on a un allié, il faut en prendre soin », martèle Paul.

Le vote utile, parmi les militants présents au dépouillement, personne ne l’a envisagé. A la différence d’Alexis, venu voter peu après 18 heures. « J’ai voté Mélenchon, parce qu’il a[vait] plus de chance, même si je me sens plus près de Roussel dans les idées », confie ce jeune homme de tout juste 18 ans. Une fois les résultats passés, la vingtaine de communistes réunis dans la salle des fêtes s’offre tout de même un apéro, avant de passer à table. Les conversations vont bon train. « J’imaginais Roussel au moins à 3 % », regrette une dame. Tous, ici, espèrent encore « les jours meilleurs », mais ont retrouvé la fierté d’avoir voté pour leur candidat, et la satisfaction de voir leur village encore avec une majorité de gauche.