Présidentielle 2022 : « Il ne se croit pas supérieur », le ton de Poutou parle aux plus jeunes, venus nombreux à son dernier meeting

REPORTAGE Le candidat anticapitaliste a tenu son dernier meeting de campagne mercredi soir dans le quartier Belcier de Bordeaux devant un jeune auditoire

Elsa Provenzano
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  • Philippe Poutou, candidat du NPA à l’élection présidentielle, a tenu son dernier meeting suivi d’une fête de campagne ce mercredi soir, à Bordeaux.
  • Avec son style direct, il séduit les jeunes, venus en nombre assister à l’événement.
  • Il a détaillé le positionnement du NPA, qui croit davantage aux luttes dans la rue qu’à l’élection, avec humour et pédagogie.

« On est làààà même si Macron le veut pas, nous on est là », « Aaanticapitaliste » chantent brièvement les militants juste avant le début du dernier meeting de campagne de Philippe Poutou, ce mercredi soir. Beaucoup de jeunes dans l’assistance venue écouter le leadeur du NPA, candidat à la présidentielle pour la troisième fois, dans la salle municipale Son-Tay du quartier Belcier de Bordeaux. Philippe Poutou fait son apparition sur scène sous les applaudissements après une rediffusion sur un écran géant des propos « la police tue » qu’avaient tenus le candidat le 13 octobre 2021 sur France Info. 


Son style direct plaît aux jeunes

Au lendemain de sa saillie à l’encontre de Zemmour qualifié de « fasciste, raciste » il a expliqué à la presse que cela n’a rien à voir avec « une recherche de style », c’est juste que, lui, ne « fait pas semblant ». Et c’est peut-être en partie ce côté très direct qui plaît à la jeunesse, largement représentée dans la salle Son-Tay. « J’apprécie vraiment ce franc-parler parce qu’on ne dirait pas qu’il se croit supérieur, il tient un discours qu’on peut tous comprendre », commente Luce, 19 ans, qui va voter pour la première fois le 10 avril. Elle et son amie, Aurane, étudiantes en carrières sociales, se retrouvent dans les causes qu’il défend.

Auriane, 19 ans, est plus hésitante : « J’ai des amis militants qui aident à organiser, alors je suis venue et je n’ai pas regretté c’était intéressant, c’est le candidat qui me parle plus. Mais j’hésite encore à peut-être voter utile, c’est-à-dire Mélenchon. » Et l’ancien ouvrier de Ford le sait, le candidat de la France Insoumise va lui « piquer des voix », alors il a redoublé de pédagogie et d’humour pour ce dernier meeting de campagne. Nora, étudiante en médecine et militante NPA, s’exprime à la tribune, avant le candidat : « Les médias veulent nous faire croire que les jeunes sont abstentionnistes mais ils sont nombreux au NPA et ce n’est pas étonnant quand on considère le programme des candidats réformistes. »

Les luttes plutôt que le vote

« Vous connaissez le magazine Challenges, lance le candidat NPA à son public. C’est une revue qui remonte le moral parce qu’il y a des gens qui s’en sortent bien en temps de crise. » Des rires fusent dans la salle. Et de citer l’ONG Oxfam qui rapporte que « les ultrariches se sont beaucoup plus enrichis pendant la crise sanitaire ». Il précise : « On parle bien des ultrariches, pas du chirurgien qui gagne bien sa vie ou du pilote d’avion. » Il déroule l’idée de redistribution des richesses avec la proposition d’un smic à 1800 euros. Où on trouve l’argent ? En le prenant là où il est, à ces « voleurs en bande organisée ». Sur l’urgence climatique, il évoque les échecs successifs des COP, alors même que les rapports du Giec sont de plus en plus alarmants. « Pourquoi ils n’y arrivent pas ? fait-il mine de s’interroger. Parce qu’il faut s’en prendre aux multinationales et à la course au profit. Le privé il n’en a rien à foutre de ce qui arrive à la planète, il faut mettre en place un contrôle public de ses grosses entreprises. »

Il dit sans détour qu’il n’a aucune chance de remporter l’élection mais explique pourquoi il a sa place dans la campagne. « On ne dit pas qu’on est le vote utile mais on a une utilité, précise-t-il. On veut remettre dans le décor la perspective des luttes sociales. » Sans perdre de temps, les militants du NPA distribuent des tracts à la sortie du meeting, proposant dès le 13 avril une rencontre à Bordeaux. « On ne veut pas rafistoler la gauche qui s’écroule, on veut discuter d’une autre gauche, radicale, de combat, internationaliste, antimilitariste, féministe, antiraciste, explicite-t-il. Et plus on pèsera mais plus ça peut aider à rendre crédible notre projet, car c’est notre projet. » Nouveaux rires dans le public.

Le meeting se clôt par le chant révolutionnaire L’Internationale, avant que le groupe The Hyènes ne s’installe pour terminer la soirée. Beaucoup des plus jeunes en profitent alors pour aller fumer dehors. Pas sûr qu’ils connaissent ce groupe où joue l’ancien batteur de Noir Désir. « C’est du rock », précise Philippe Poutou, pédagogue jusqu’au bout.

Cette fois, c’est sûr c’était sa dernière campagne. Même s’il l’avait dit aussi en 2017, il aura 60 ans dans cinq ans et il considère, en toute cohérence avec le programme du NPA, que c’est l’âge de la retraite.

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