Présidentielle 2022 : A La Défense, Emmanuel Macron rappelle l’électorat de gauche au barrage

REPORTAGE En panne de dynamique, Emmanuel Macron a voulu impressionner et rappeler quelques fondamentaux dans un grand meeting, ce samedi, à Paris La Défense Arena

Rachel Garrat-Valcarcel
— 
L'entrée de rock-star d'Emmanuel Macron dans Paris La Défense Arena.
L'entrée de rock-star d'Emmanuel Macron dans Paris La Défense Arena. — THOMAS COEX / AFP
  • Après un début de campagne très droitier, Emmanuel Macron s’est consacré à muscler sa jambe gauche, samedi, lors de son unique meeting d’avant premier tour.
  • Face à une Marine Le Pen qui monte dans les sondages, même au second tour, le président candidat bas le rappel pour le barrage.
  • Le tout dans une ambiance de meeting à l’américaine devant plusieurs dizaines de milliers de personnes.

De notre envoyée spéciale à Nanterre (Hauts-de-Seine),

Seul grand rassemblement d’une campagne de premier tour d’Emmanuel Macron en panne de dynamique, c’est peu de dire que le meeting organisé à Paris La Défense Arena, à Nanterre, ce samedi, était attendu. On annonçait, un grand show, « à l’américaine ». Et c’est vrai que la disposition de la salle, avec une scène centrale en forme d’hexagone, son grand écran en fond, avait de quoi faire penser à une convention présidentielle américaine. La lumière, très travaillée, la mise en scène, jusque dans le discours du président candidat, avaient de quoi impressionner. Impressionnante aussi l’entrée d’Emmanuel Macron, sur une bande-son, tout ce qu’il faut d’épique à une campagne présidentielle. Feux de Bengale, bain de foule et hourras de la salle à l’appui.

Les mauvaises langues et les vrais supporteurs et supportrices de rugby diront qu’il n’était pas difficile de faire plus résonner la Paris Défense Arena que pendant les matchs du Racing 92, dont c’est l’antre en Top 14. Les Jeunes avec Macron, très nombreux, mais un peu seuls à faire la claque, s’y sont employés, dans une salle étonnamment pas pleine. La campagne macroniste avait-elle vu un peu trop grand en choisissant la plus grande salle d’Europe (jusqu’à 40.000 places) face au Palais omnisports de Bercy (20.000 places) ?

Jambe gauche

Emmanuel Macron a vu grand aussi niveau discours : plus de deux heures. Finalement, le président de la République, peu présent dans la campagne, a choisi de concentrer ses interventions en prenant son temps : il avait déjà passé presque quatre heures en conférence de presse le 17 février. Après avoir, ce jour-là, penché clairement à droite (RSA sous condition, retraite à 65 ans…), Emmanuel Macron a semblé ce samedi jouer sur un autre registre. Il a dénoncé les inégalités qui règnent dans le pays. Dans une forme de diptyque qu’il a répété plusieurs fois et qui commençait toujours par « Je ne me résoudrai jamais » et se terminait le plus souvent par un « c’est injuste ! ». Décrit parfois comme arrogant, et alors que l’étiquette de « président des riches » revient à la faveur de l’affaire McKinsey, Emmanuel Macron a peut-être voulu montrer qu’il n’avait rien perdu de sa capacité d’indignation.

Exemple : « Je ne me résoudrai jamais à ce que l’on puisse faire des économies au détriment des Français les plus précaires. » Pas de place pour la subtilité : ce samedi, il s’agissait pour le président-candidat de muscler sa jambe gauche. Le « en même temps » a cela d’original qu’il est le plus souvent fractionné entre séquences médiatiques qui penchent à droite et d’autres qui penchent à gauche. Rarement les deux mélangés. Pour enfoncer le clou, Emmanuel Macron a carrément égrainé, l’air de ne pas y toucher, les grands slogans de la gauche. « Il n’y a pas plus puissant que la force tranquille de la fraternité », tiens un clin d’œil à Mitterrand 1981. « La France unie, c’est celle qui se regarde en face, dans sa pluralité », tiens Mitterrand 1988. Et avec « la mobilisation, c’est maintenant, le combat, c’est maintenant », on était plus très loin du « Le changement, c’est maintenant » de Hollande 2012.

La contrainte du barrage

Ce n’était pourtant pas le plus surprenant. Evoquant le scandale des Ehpad privés Emmanuel Macron a été jusqu’à lancer un « nos vies valent plus que leurs profits », célèbre slogan d’Olivier Besancenot et Philippe Poutou au NPA. Pour faire bonne mesure face à Jean-Pierre Raffarin, Eric Woerth, Dominique Perben ou Christian Estrosi, ses soutiens de droite présents, Emmanuel Macron a tout de même défendu le report de la retraite à 65 ans et insisté sur le fait qu’il faudrait bien payer notre dette « dès 2026 ». Car si on ne semble pas très inquiets sur l’issue de l’élection, le récent resserrement des intentions de vote entre lui et Marine Le Pen, même au second tour (jusqu’à un minium de cinq points seulement en faveur du sortant) a tout de même dû alerter : et si la gauche faisait un peu trop défaut au barrage le 26 avril ?



Emmanuel Macron a désigné – bien entendu sans les nommer – ses adversaires, en fin de meeting : « les extrémistes » et « la haine ». Refusant de donner des leçons de morale aux électeurs et électrices de l’extrême droite, il a néanmoins aussi refusé la banalisation des idées et propos extrémistes dans l’espace médiatique : « Je suis contre le politiquement correct et le politiquement abject. » Après avoir fait le tour de ses mesures sociales, c’était peut-être une manière de rappeler à la gauche qui hésite cette contrainte érigée en stratégie depuis cinq ans : c’est lui ou le déluge. « C’est le combat du progrès contre le repli, le combat du patriotisme et de l’Europe contre les nationalistes, a décri Emmanuel Macron. Au fond, les choix d’avril sont simples. » Peut-être même simplistes.