Présidentielle 2022 : Agriculture locale, protectionnisme… Quels sont les programmes des candidats sur la souveraineté alimentaire ?

ELECTION Développer l’agriculture locale et biologique, instaurer un protectionnisme, redonner de l’attractivité au métier d’agriculteur… Telles sont les propositions des candidats

Noémie Penot
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La souveraineté alimentaire est l'un des enjeux de la présidentielle.
La souveraineté alimentaire est l'un des enjeux de la présidentielle. — Maxime Le Pihif
  • Selon un sondage de la Coopération Agricole, 46 % des Français se déclarent inquiets quant à la capacité de la France à subvenir aux besoins de ces concitoyens d’ici à 2050.
  • Alors que la pandémie de Covid-19 et la guerre en Ukraine ont fragilisé les échanges commerciaux mondiaux, la souveraineté alimentaire française est l’un des enjeux de la campagne présidentielle.
  • 20 Minutes s’est intéressé à ce que proposent les candidats en la matière.

Derrière la pandémie de Covid-19, qui a ralenti la production des pays exportateurs, et la guerre en Ukraine, qui grève les relations commerciales entre la Russie et l’Occident, la question de l’indépendance alimentaire française a éclos ces derniers mois. Et dans la tête des candidats à la présidentielle. Et pour cause : d’après un sondage de la Coopération Agricole élaboré avec l'Ifop paru en février, 46 % des Français se déclarent inquiets quant à la capacité de leur pays à subvenir aux besoins de ces concitoyens à l’horizon 2050.

Pour rappel, la souveraineté alimentaire est définie comme « un droit du peuple à la définition de ses propres politiques agricole et alimentaire », mais aussi « le droit à la production d’aliments et à l’accès à des aliments sains pour toutes et tous », d’après Via Campesina, mouvement international pour la reconnaissance des droits fondamentaux des paysans. Mais que proposent les 12 aspirants à l’Elysée en la matière ? 20 Minutes a décortiqué leurs programmes.

Mettre l’accent sur la production locale

Là-dessus, ils sont presque tous d’accord : les Français doivent avoir accès à une meilleure alimentation en privilégiant la production locale. Emmanuel Macron (LREM) compte « réviser la politique d’achat de l’Etat » en achetant « local plutôt que d’acheter toujours moins cher ». Jean Lassalle souhaite mettre en place un « ticket paysan » ou « élargir l’usage des tickets-restaurants aux agriculteurs locaux et régionaux ». Par ailleurs, Valérie Pécresse (LR) vise « 100 % des cantines publiques approvisionnées en produits locaux, y compris en bio, d’ici à 2027 ». Marine Le Pen (RN) compte, elle, « atteindre 80 % de produits agricoles français dans les cantines » pour « faire des importations l’exception ».

« Un bon vin, une bonne viande, un bon fromage ». Fabien Roussel (PCF), lui, défend ardemment l’accès à la gastronomie française pour tous. Le candidat communiste souhaite instaurer un repas à un euro dans tous les établissements scolaires « à partir de produits bio et locaux ». Jean-Luc Mélenchon (LFI) et Yannick Jadot (EELV) souhaitent du 100 % bio et local dans les cantines. Le candidat LFI propose la gratuité des repas, tandis que le candidat EELV propose une nourriture « moins carnée, de meilleure qualité et respectueuse du bien-être animal ». Enfin, Anne Hidalgo, tout comme Emmanuel Macron, veut expérimenter le « chèque alimentation durable », pour garantir un accès à la qualité alimentaire pour tous. Une mesure déjà adoptée au Parlement dans la  loi « Climat & résilience » en juillet 2021, et dont la mise en place avait été décalée en 2022, étant « très compliqué à mettre en œuvre », selon Bruno le Maire, ministre de l’Economie.

« Il y a deux sortes de leviers qui se distinguent. Plutôt sociaux environnementaux chez les candidats de gauche, et économiques chez les candidats de droite, d’extrême droite ou chez Emmanuel Macron », explique Eve Fouilleux, directrice de recherches au CNRS en sciences politiques. Mais attention au « manger local, c’est manger bien ». « Cela booste l’économie locale, mais ça ne veut pas dire que c’est forcément de qualité et/ou que la production est respectueuse de l’environnement », reprend la chercheuse. Exemple : « la pollution dans les Côtes d’Armor », et notamment la présence d’algues vertes sur les plages et la pollution des nappes phréatiques, due en majorité à l’agriculture intensive dans la région. « Si c’est local ET bio, alors oui. »

Tendre vers un protectionnisme

Autre levier de la souveraineté, les mesures protectionnistes. Pour Marine Le Pen, qui rappelle notamment « le scandale du bœuf canadien aux hormones en 2020 », il faut « lutter contre les fraudes à l’importation ». Si Yannick Jadot se limite aux « standards de production européens », Eric Zemmour est favorable à l’interdiction d’importer des produits qui ne respectent pas « les normes de production françaises et européennes ». Dans la même idée, Fabien Roussel veut aller jusqu’à « mettre fin » aux traités de libre-échange.

Côté européen, la Politique d’Agricole Commune (PAC) fait toujours couler beaucoup d’encre. Si Marine Le Pen veut compléter ses aides « par des dispositifs nationaux », Jean-Luc Mélenchon souhaite la refondre pour « favoriser la production écologiquement soutenable ». Nicolas Dupont-Aignan (DLF) souhaite revenir à « une PAC avec ses 3 volets : préférence communautaire, prix garantis et quotas » « La PAC favorise des exploitations de plus en plus grandes et donc polluantes, reprend Eve Fouilleux. Les candidats plus à gauche trouvent que les aides n’incitent pas assez à respecter l’environnement, alors que ceux plus à droite trouvent qu’elles ne favorisent pas assez le productivisme ». Dans cette logique, Marine Le Pen s’oppose à la stratégie européenne « Farm to Fork », tout comme Valérie Pécresse. Concernant le CETA et l’accord entre l’ UE et le Mercosur, Marine Le Pen, Eric Zemmour et Nicolas Dupont-Aignan assurent vouloir les rejeter.

Pour plus de transparence sur l’origine des produits, Valérie Pécresse et Nicolas Dupont-Aignan exigent tous deux un étiquetage généralisé, avec la création d’un label « produit en France » pour la candidate LR. Eric Zemmour imagine, lui, un « Patrie-score », « qui fonctionnera comme le Nutri-Score pour indiquer la part de valeur ajoutée réalisée en France des produits consommés ».

Redonner de l’attractivité au métier d’agriculteur

Mais les principaux acteurs de la souveraineté alimentaire sont les agriculteurs eux-mêmes. D’après le ministère, 100.000 exploitations ont disparu ces dix dernières années. Pour redonner de l’attractivité au métier, Yannick Jadot vise 100.000 agriculteurs de plus en leur garantissant « une rémunération juste », tandis que Jean-Luc Mélenchon en vise 300.000 grâce à une « réforme agraire ».

Pointant du doigt les lois Egalim, qui n’en auraient pas fait assez, Fabien Roussel veut « garantir des prix rémunérateurs et interdire la vente à perte », tout comme Marine Le Pen, qui entend « installer une nouvelle génération d’agriculteurs ». Une idée aussi partagée par Valérie Pécresse et Anne Hidalgo. La première veut appliquer des exonérations fiscales sur la transmission des exploitations, et l’autre protéger le foncier agricole et lutter « contre l’accaparement des terres et l’artificialisation des sols ».

« Aider à la transmission n’est pas ce qui augmenterait le nombre d’agriculteurs en France, car il arrive souvent que les enfants ne veuillent même pas reprendre l’exploitation familiale, nuance Eve Fouilleux. Le vrai problème, c’est que les jeunes agriculteurs ne trouvent pas de terre pour s’installer, car elles sont reprises par les exploitations déjà existantes »,