Présidentielle 2022 : Que nous dit la « Lettre aux Français » d’Emmanuel Macron de sa future campagne ?

CAMPAGNE Dans le texte paru ce vendredi dans la presse régionale, le président sortant livre quelques indices sur la campagne qu'il mènera pendant le mois qui nous sépare du premier tour de la présidentielle

T.L.G.
Quelle campagne Emmanuel Macron a-t-il en tête ?
Quelle campagne Emmanuel Macron a-t-il en tête ? — Jacques Witt/SIPA
  • Le chef de l’Etat s’est déclaré candidat à un deuxième mandat dans une « Lettre aux Français » publiée jeudi soir.
  • Emmanuel Macron n’a désormais qu’une trentaine de jours avant le premier tour pour faire campagne. Mais sur quel projet ?
  • On a scruté sa prose pour tenter d’y trouver quelques indices.

Emmanuel Macron a pris la plume. Le chef de l’Etat s’est déclaré candidat dans une « Lettre aux Français » publiée jeudi soir sur les sites Internet de plusieurs médias. « Je sollicite votre confiance pour un nouveau mandat de président de la République […]. Je suis candidat pour défendre nos valeurs que les dérèglements du monde menacent », confie le président de la République. Mobilisé par la guerre en Ukraine, le président n’a désormais qu’une trentaine de jours pour faire campagne avant le premier tour. Mais sur quel projet ? On a scruté d’un peu plus près sa lettre pour tenter d’en savoir plus.

Une campagne dans la continuité du mandat

Les temps ont changé. Finie la « révolution » promise dans son essai programmatique publié en novembre 2016. Le candidat s’inscrit cette fois, et c’est logique, dans la poursuite de son quinquennat. « Les transformations engagées durant ce mandat ont permis à nombre de nos compatriotes de vivre mieux, à la France de gagner en indépendance. Et les crises que nous traversons depuis deux ans montrent que c’est bien ce chemin qui doit être poursuivi », écrit-il.

« En 2017, il y avait besoin de changer de braquet par rapport aux années précédentes. Il n’y aura pas de révolution cette fois, mais la poursuite du travail effectué, pour projeter la France dans l’avenir autour des trois mêmes éléments : libérer, protéger, unir », décrypte Anne Genetet, députée d’Asie-Océanie-Europe orientale et porte-parole du groupe LREM. Quelques évolutions sont toutefois au programme, après un quinquennat marqué par de nombreuses crises, dont celle des « gilets jaunes » : « Il est des choix qu’avec l’expérience acquise auprès de vous je ferais sans doute différemment », reconnaît le sortant.

L’Europe toujours au cœur du projet

La lettre ne regorge pas de propositions concrètes, mais offre quelques pistes. En estimant nécessaire « d’inventer », face « aux défis du siècle », une « réponse française et européenne singulière », le président montre que l’intégration européenne,ADN du macronisme, sera l’un des marqueurs de sa future campagne. « Le président a toujours mis en avant son projet européen. Il a d’ailleurs toujours poussé pour cette notion de défense européenne, qui est aujourd’hui un enjeu fondamental », assure Anne Genetet. Si la guerre en Ukraine pourrait l’y aider, le sujet reste un point de crispation sur le continent.

Autre axe de campagne, la question des retraites. « Il nous faudra donc travailler plus », écrit-il après avoir abandonné sa réforme des retraites universelle en raison de la pandémie. Le président semble par ailleurs vouloir faire du « grand âge » un axe important, et de l’école une « priorité » de son projet, promettant une meilleure rémunération aux enseignants. Enfin, promettant de faire de la nation française « celle qui la première sera sortie de la dépendance au gaz, au pétrole et au charbon », il réaffirme clairement son engagement en faveur du nucléaire.

Eric Zemmour et Marine Le Pen dans son viseur

Mener campagne, c’est aussi rendre les coups. Dans sa lettre, Emmanuel Macron cible Eric Zemmour et Marine Le Pen sans les nommer. « Nous ne répondrons pas à ces défis en choisissant le repli ou en cultivant la nostalgie […]. L’enjeu est de bâtir la France de nos enfants, pas de ressasser la France de notre enfance », dit-il. « Quand j’entends Marine Le Pen regretter les trente glorieuses, ça montre qu’elle n’a rien compris aux enjeux à venir. Le président fera campagne projet contre projet, en sortant des insultes et des anathèmes », espère Anne Genetet. Reste que cette lutte pourrait se dérouler à distance, en raison de la situation en Ukraine. Le président le confie à demi-mot dans sa lettre, reconnaissant qu’il ne pourra « mener campagne comme [il l’aurait] souhaité ».