Présidentielle 2022 : La guerre en Ukraine s'impose dans les discussions et bouleverse la campagne

THEME DE CAMPAGNE Alors que certains craignent un débat démocratique escamoté par l’urgence de la situation, plusieurs candidats sont gênés par une image pro-Poutine qui leur colle à la peau

X.R. avec AFP
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Yannick Jadot affirme son soutien à l'Ukraine.
Yannick Jadot affirme son soutien à l'Ukraine. — Adrienne Surprenant/AP/SIPA

Gestion de crise, sanctions, conséquences économiques : la guerre en Ukraine bouleverse la campagne présidentielle en imposant aux candidats un dossier international, en attendant la déclaration officielle de candidature d’ Emmanuel Macron. Dans cette « situation assez inédite du point de vue du calendrier » électoral qui fait craindre une campagne escamotée, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a assuré dimanche qu'« on ne se passera pas d’un débat démocratique ». « Il est indispensable » et « on trouvera les moyens qu’il puisse se tenir », a-t-il tenté de rassurer sur France Inter.

Jusque-là asphyxiée par la crise sanitaire et l’absence dans l’arène du président sortant, la campagne a pris un nouveau détour inattendu avec le déclenchement du conflit jeudi et l’irruption des questions internationales dans un débat jusque-là franco-français. Le choix du timing et de la forme de la déclaration de candidature d’Emmanuel Macron, que le chef de l’Etat sortant n’avait cessé de repousser en raison des aléas sanitaires et diplomatiques, a aussi viré au casse-tête pour lui, la date butoir du 4 mars pour se dévoiler approchant.

Le numéro d’équilibriste d’Emmanuel Macron, candidat à l’intérieur et chef de l’UE à l’extérieur

Sur le plan intérieur, Emmanuel Macron, crédité depuis des mois par les sondages de quelque 24 % des intentions de vote au premier tour, se pose en protecteur, prévenant les Français qu’il faut « se préparer » à ce que la guerre « dure », avec des conséquences « durables » sur « nos vies ». Il a ainsi annoncé samedi un prochain « plan de résilience » pour l’agriculture. Mais le chef de l’Etat, qui préside l’Union européenne pour six mois, se démultiplie aussi sur la scène internationale pour tenter d’obtenir un cessez-le-feu tout en maniant les sanctions contre la Russie.

Les candidats déclarés à la présidentielle seront, eux, reçus par le Premier ministre Jean Castex lundi à 15 heures à Matignon. Sachant qu’une présidentielle ne se joue traditionnellement pas sur des sujets internationaux, les candidats multiplient les propositions pour éviter une baisse plus marquée du pouvoir d’achat, rassurer sur l’approvisionnement en matières premières et sur le front de l’inflation.

Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et Eric Zemmour gênés aux entournures

La socialiste Anne Hidalgo a prôné samedi le blocage des « prix de l’énergie » en France, mais aussi un « isolement politique et diplomatique » de Vladimir Poutine et une « procédure accélérée d’adhésion » de l’Ukraine à l’UE. Côté Yannick Jadot, les écologistes mutiplient les déclarations en faveur de l’Ukraine et participent aux manifestations de soutien. A droite, la candidate LR Valérie Pécresse appelle à « garantir encore plus notre indépendance énergétique et agricole » et à définir au niveau européen le soutien de secteurs « stratégiques ».


La guerre en Ukraine met aussi en difficultés trois candidats, Marine Le Pen (RN) et Eric Zemmour (Reconquête) à l’extrême droite et, à gauche, Jean-Luc Mélenchon (LFI), qui, s’ils ont condamné l’invasion russe, restent sous le feu de critiques pour des déclarations pro-russes passées. Ces candidats « qui ont défendu » la Russie sont « discrédités pour gouverner la France », a tranché samedi la candidate LR Valérie Pécresse, qui espère pouvoir ainsi remonter son retard dans les sondages sur Marine Le Pen et Eric Zemmour. « Notre position, c’est celle d’un non-alignement » sur la Russie ou les Etats-Unis, « au service de la paix », a assuré le numéro deux de  LFI Adrien Quatennens dimanche sur BFMTV.

Marine Le Pen embarrassée par Poutine

« La ligne rouge » franchie par Vladimir Poutine avec cette invasion désormais « change en partie la vision que je peux avoir de lui », assure Marine Le Pen. Dans la majorité présidentielle, Olivier Becht, patron des députés Agir, a conseillé dimanche sur franceinfo à Valérie Pécresse de « balayer dans son propre camp », rappelant que son lieutenant Eric Ciotti prônait ces derniers mois une sortie de la France du commandement intégré de l’Otan et un rapprochement avec la Russie.

Gabriel Attal s’est, lui, placé au-dessus de la mêlée : « On a besoin d’être soudés, de faire bloc, je ne vais pas mettre le doigt sur untel qui a changé d’avis, untel se couvre de ridicule », a-t-il glissé.