Présidentielle 2022 : Des adhérents morts ou fictifs (dont un chien) auraient voté à la primaire LR

ENQUETE Selon une enquête du journal « Libération », le nombre de personnes participant au vote a été frauduleusement gonflé

M.F avec AFP
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Valérie Pécresse lors de sa victoire à la primaire LR.
Valérie Pécresse lors de sa victoire à la primaire LR. — Jacques Witt/SIPA

« Election bidon ». Voilà comment le journal Libération qualifie la Primaire LR qui a désigné Valérie Pécresse candidate de la droite à l’élection présidentielle 2022. Les journalistes du quotidien national ont enquêté sur le fichier des adhérents au parti de droite qui ont pu participer à cette élection le 4 décembre dernier. Ils assurent avoir découvert des « manœuvres frauduleuses » visant à gonfler le corps électoral.

En effet, alors que le parti comptait moins de 80.000 encartés fin septembre, il en enregistrait 148.862 mi-novembre, rapporte le journal. Sauf que parmi ces nouveaux adhérents en mesure de voter, les journalistes de Libération assurent que « certains n’existent pas ou plus », c’est-à-dire que l’on trouve des personnes fictives, des morts.

Douglas le chien qui votait

Dans les fichiers, Libération a repéré un chien (Douglas, c’est son prénom) inscrit en région Paca par son propriétaire pro-Ciotti​, et « au moins trois personnes censées avoir rejoint le parti après leur décès ». D’autres « sont bien en peine d’expliquer pourquoi et comment ils sont entrés au parti » et certains « ne s’intéressent guère aux idées de LR et à sa candidate », ayant « suivi les consignes » ou « rendu service à une connaissance, qui a parfois réglé leur adhésion », affirme Libération.

Le quotidien affirme aussi qu’en Ile-de-France, la région de Valérie Pécresse, « un certain nombre d’adhérents n’ont pas la nationalité française, et donc pas le droit de vote », et que « parfois ils ne parlent pas français, ou à peine ». Il s’agirait notamment de membres de la communauté chinoise, recrutés en face-à-face ou sur le réseau social WeChat, notamment par des responsables d’associations communautaires. Ces pratiques, qui « ne sont pas toutes illégales », représentent « au minimum plusieurs centaines de votants », selon le quotidien.

Plainte et indignation chez les Républicains

Le quotidien ne remet pas en cause la victoire de la candidate, mais les journalistes « questionnent la sécurité et la sincérité du scrutin ». Dénonçant une « tentative de déstabilisation », Les Républicains ont affirmé dans un communiqué qu’ils allaient déposer plainte contre le quotidien. « Le Congrès des Républicains a été en tout point exemplaire, tant par son organisation que par sa mobilisation », a assuré le parti, en dénonçant « des approximations, des sous-entendus et des allégations infondées » visant « clairement à délégitimer la candidate ».

Pour LR il y a là « une confusion douteuse entre un supposé "fichier adhérents" et la liste électorale du scrutin ». « Suite à la stricte application de nos critères de sécurité, ce sont plus de 9.000 adhérents qui ont été exclus du corps électoral » après vérification, ajoute le communiqué. Le premier tour du scrutin avait été serré, Eric Ciotti devançant Valérie Pécresse de 665 voix. Derrière, Michel Barnier était à 1.209 voix, et Xavier Bertrand à 2.966 de la présidente de l’Ile-de-France.