Présidentielle 2022 : Le Pen, Mélenchon et Zemmour auront-ils leurs 500 parrainages?

SUSPENSE A quelques jours de la date couperet, les candidats se mobilisent pour obtenir les 500 parrainages leur permettant de se présenter à l'élection présidentielle

Thibaut Le Gal
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Eric Zemmour aura-t-il les 500 parrainages ?
Eric Zemmour aura-t-il les 500 parrainages ? — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA
  • Les candidats ont jusqu’au 4 mars pour faire valider leurs 500 parrainages par le Conseil Constitutionnel.
  • Marine Le Pen, Éric Zemmour et Jean-Luc Mélenchon, ont lancé appels aux maires pour éviter « un scandale démocratique ».
  • A quelques jours de la date couperet, certains élus tentent des démarches pour débloquer la situation.

La course contre la montre est lancée. Les candidats à la présidentielle ont jusqu’au 4 mars pour faire valider par le Conseil constitutionnel leur candidature. Mais à quelques jours de la date fatidique, certains n’ont toujours pas recueilli les 500 signatures d’élus nécessaires. Marine Le Pen, Éric Zemmour et Jean-Luc Mélenchon, ayant respectivement validé ce mardi soir 393, 350 et 442 parrainages, ont lancé ces dernières heures des appels aux maires pour éviter ce qui s’apparenterait, selon eux, à « un scandale démocratique majeur ».

Marine Le Pen suspend sa campagne, Eric Zemmour passe des coups de fil

« Je lance un appel aux maires : si vous ne m’aidez pas, des millions d’électeurs seront privés d’élection », a prévenu, inquiète, Marine Le Pen dans une vidéo publiée lundi sur son compte Twitter. Ce mardi, son entourage a fait savoir que la candidate du Rassemblement national suspendait sa campagne et annulait ses déplacements pour se consacrer à cette tâche.

« On n’arrête pas, c’est épuisant, on perd notre temps à tenter de convaincre les maires plutôt qu’à faire campagne », regrette le député RN Sébastien Chenu. « Avec la fin de l’anonymat, ce système est devenu ridicule, on a des maires qui votent pour nous, dans des communes où on fait 60 %, mais ils ne veulent pas nous parrainer face aux pressions ou pour éviter d’avoir des ennuis dans leur commune », ajoute le porte-parole de la candidate, alors que le Conseil constitutionnel publie chaque semaine les noms des différents parrains.

Après avoir annulé un déplacement à La Réunion, Eric Zemmour a lui aussi aménagé son agenda, en prévoyant deux jours cette semaine consacrés à cette chasse aux 500 sésames. « Il est obligé de consacrer du temps à appeler les maires en personne pour solliciter les parrainages. Ce système devient fou. Ce serait non-démocratique qu’un candidat ne puisse pas concourir alors qu’il est qualifié au second tour dans certains sondages », peste Dénis Cieslik, responsable des parrainages et porte-parole de Reconquête.

« Ce n’est pas parce qu’il nous parraine qu’il est devenu mélenchoniste »

Pour éviter que ces « gros » candidats ne puissent se présenter, plusieurs initiatives ont été lancées. Le maire LR de Cannes, David Lisnard, a fait savoir dimanche qu’il parrainait Jean-Luc Mélenchon « par souci civique » et « pour que les démagogues ne jouent pas les victimes ». Cet appel du patron de l’Association des maires de France pourrait débloquer la situation. « Ce n’est pas parce qu’il nous parraine qu’il est devenu mélenchoniste. Beaucoup de maires hésitent à cause de ça, craignant des représailles dans leur agglomération ou dans leur conseil municipal. Donc c’est un bon signal pour que les maires jouent ce jeu démocratique », salue le député LFI Eric Coquerel.

Dans la foulée, les maires de trois communes du Var ont accordé leurs parrainages à Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et Eric Zemmour, après tirage au sort, soulignant à l’AFP mardi le risque que « trois candidats représentant 42 % des Français » soient écartés de l’élection présidentielle. Mais ces signatures pourraient être invalidées par le Conseil constitutionnel, qui a déjà écarté par le passé ce mode opératoire dépendant du hasard.

« Une banque » des parrainages lancée, mais pas pour tout le monde

Marine Le Pen, Éric Zemmour et Jean-Luc Mélenchon ne sont pas les seuls à éprouver des difficultés pour obtenir les parrainages. François Asselineau (UPR), Philippe Poutou (NPA) ou encore Christiane Taubira, déjà présents à de précédentes élections présidentielles, ne sont pas du tout certains d’être sur la ligne de départ. Dans une tribune publiée mardi par le JDD, 50 élus ont annoncé parrainer Christiane Taubira, pour « donner une voix aux 400.000 votants de la Primaire populaire » que l’ancienne garde des Sceaux avait remportée fin janvier. La tâche s’annonce ardue pour ces « petits » candidats, qui ne pourront pas bénéficier de l’aide de François Bayrou.

Le patron du Modem a annoncé le 10 février la création d’un site proposant aux maires de parrainer les candidats pour éviter « un tsunami démocratique ». Mais l’ancien ministre d’Emmanuel Macron a prévenu que cette « banque des parrainages » ne soutiendra que les candidats au-dessus des 10 % dans les sondages.

Interrogé sur ce sujet ce mercredi à l’Assemblée nationale, Jean Castex a incité les élus à « apporter leurs parrainages » aux candidats, rappelant que seuls 10.000 d’entre eux avaient donné leur signature sur les quelque 42.000 élus habilités. Le Premier ministre a par ailleurs indiqué qu’il recevrait jeudi l’ensemble des associations d’élus locaux, ainsi que les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat pour évoquer cette question.