Présidentielle 2022 : Engagés pour Macron, Jadot ou Pécresse, les « jeunes avec » secouent la campagne

JEUNESSE Au-delà de leurs traditionnelles missions sur le terrain – distribution de tracts ou collage d’affiches –, les mouvements de jeunesse entendent peser en vue du premier tour

Nicolas Camus
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Des jeunes socialistes à Bordeaux, le 28 août 2021.
Des jeunes socialistes à Bordeaux, le 28 août 2021. — ISA HARSIN/SIPA
  • Les campagnes de communication lancées par les mouvements de jeunesse de plusieurs candidats à la présidentielle à l’occasion de la Saint-Valentin ont pas mal fait de bruit en ce début de semaine.
  • Les outils numériques sont une arme évidemment prisée par cette génération pour peser dans la campagne.
  • Elle s’organise en outre pour prendre sa part dans le programme défendu par leur champion.

Leur champion n’est pas encore en campagne – même si ce n’est pas tout à fait l’avis des autres candidats –, mais les Jeunes avec  Macron (JAM) sont, eux, déjà bien lancés. Après le tour de chauffe de septembre dernier, où 50.000 affiches réclamant le président de la République pour  « cinq saisons de plus » avaient été placardées dans toute la France, ils ont encore fait parler d’eux en ce début de semaine à l’occasion de la Saint-Valentin. D’abord avec une  affiche au slogan aguicheur – « On a très envie de… vous » – puis une vaste opération communication sur les applis de rencontres  Tinder, Grindr et Bumble.

La première citée a rapidement mis le holà pour atteinte à ses règles d’utilisation, mais le coup de communication a fonctionné puisqu’il a fait causer. Les JAM ne sont pas les seuls à avoir voulu marquer le coup pour ce 14 février. Les jeunes soutiens de Yannick Jadot ont arrosé les réseaux avec leur campagne « adopteunvert », en référence à un autre célèbre site de rencontres, quand Génération Z a déployé le hashtag « #Zemmoureuses » sur Twitter. Pas besoin d’avoir fait polytechnique pour comprendre la manœuvre. La présidentielle approche, tous les moyens sont bons pour attirer l’attention des électeurs, et notamment la frange la plus jeune, versatile et majoritairement abstentionniste.


« Cela fait bien sûr partie de notre réflexion : comment accrocher la curiosité d’un jeune qui aujourd’hui ne s’intéresse pas à la politique, explique Sacha Halphen, porte-parole et conseiller national des Jeunes avec Macron. Ça passe par les codes de notre génération, par Netflix, par Tinder, par des affiches un peu sexy. On n’est pas les seuls à le faire, et c’est tant mieux. On considère que toute action qui vise à intéresser les jeunes à la politique est une bonne chose. »

Ces quelques exemples reflètent le rôle principal des mouvements jeunesse adossés aux candidates et aux candidats dans cette campagne. Cet aspect « mobilisation » ne date pas d’hier, on se souvient – selon les générations – des jeunes giscardiens avec leur t-shirt « Giscard à la barre », du commando MJS (Mouvement des jeunes socialistes) en pyjama sous les fenêtres du Premier ministre Edouard Balladur ou des Jeunes pop' dopés par la personnalité de Nicolas Sarkozy. Ils ont toujours constitué la main-d’œuvre de base, indispensable, celle qui tracte, qui colle des affiches, qui beugle dans les premiers rangs des meetings pour mettre l’ambiance. Avec toutefois cette évolution reflétant l’ère du temps : elle est aussi, aujourd’hui, celle qui règne sur les réseaux sociaux et le numérique. De quoi se faire une place de choix dans cette vaste bataille présidentielle.

Une « gamification » de la politique

« Ces outils leur ont donné une légitimité, estime la politologue Virginie Martin. Ils leur permettent de bousculer, de faire passer des idées sans devoir attendre leur tour, quand les générations précédentes devaient s’excuser en permanence et laisser la place aux aînés pendant des années. » La professeure de sciences politiques et de sociologie, autrice d’un livre (Le charme discret des séries, chez HumenSciences) sur la façon dont les séries s’invitent désormais dans les débats politiques et sociétaux, évoque une sorte de révolution numérico-politique, une « gamification », dont les principaux acteurs sont les jeunes militants.

Mais ces enfants du numérique n’entendent pas rester emmurés dans ce rôle. « On veut aussi peser sur le fond », soutient Sacha Halphen. Début février, les JAM ont ainsi dévoilé 188 propositions, « fruit de cinq ans de travail » avec leurs 31.000 adhérents répartis sur tout le territoire, dans le but de nourrir le programme de leur futur candidat. « Etre entendu, c’est possible, on l’a déjà fait pendant la pandémie avec les repas à 1 euro dans les Crous. C’est valorisant, et on a envie de refaire ça sur cette présidentielle », dit le porte-parole.

C’est là le but de chaque mouvement jeunesse. Et, à les écouter, c’est de plus en plus le cas. « Les Jeunes Républicains sont aujourd’hui courtisés, écoutés, et c’est une bonne chose. On arrive aussi à imposer des idées », disait leur président Guilhem Carayon en novembre au moment de la primaire LR, sur laquelle il a pesé en obtenant des engagements des cinq candidats. Même chose chez les Verts, où le collectif Jeunes & Jadot, qui regroupe diverses organisations de jeunes écologistes le temps de la campagne, revendique un réel dialogue avec l’équipe du candidat et des propositions qui ont fait leur trou.

« Au-delà de ça, on nous sollicite aussi pour répondre à des associations ou lors d’auditions sur des sujets précis », assure Camille Hachez, une des responsables. C’était le cas par exemple lundi soir, devant l’Observatoire étudiant des violences sexuelles et sexistes. « Les équipes savent qu’on a une oreille différente de celle que pourraient avoir les "vieux" », dit-elle dans un sourire.

« Opposition avec la maison mère »

Cette année, grande première, un débat entre huit jeunes représentants des principaux prétendants a été organisé et surtout diffusé sur une chaîne d’information (LCI) en prime time, le 26 janvier. Nouvelle preuve que le jeune peut aussi assurer des fonctions de représentation. « Le public nous dit en avoir marre de voir toujours les mêmes têtes. On va voir de nouveaux visages et ça peut faire bouger les choses », disait le co-animateur de la soirée Christophe Beaugrand à 20 Minutes juste avant l’événement. « C’était un bon angle pour mieux connaître les programmes, parce que l’entendre de la bouche d’un jeune peut apporter une vision un peu différente », estime Camille Hachez.

L’audience avait été plutôt bonne, avec jusqu’à 200.000 téléspectateurs devant leur écran pour écouter la relève. « Ce débat a montré qu’on n’était pas forcément comme nos aînés à cultiver la langue de bois, note de son côté Sacha Halphen. Quand ça ne va pas, on le dit. D’ailleurs, chez les JAM on n’hésite pas à être en opposition avec la maison mère, sur le cannabis ou la fin de vie par exemple. » Les mouvements jeunes seraient-ils devenus un contre-pouvoir au sein des partis ? « On a un devoir de vigilance, en tout cas, sur les sujets qui montent et dépeignent un besoin de réformes de notre société », répond le Macroniste.

Le politologue Stéphane Rozès n’adhère pas à cette idée. Pour lui, les jeunes restent « des relais militants » avant tout, chargés de toucher leurs semblables « au travers de dimensions plus émotives qu’idéologiques ». « Avant, on allait chercher chez eux l’embryon de l’avenir. Dans le moment actuel, néo-libéral, il ne s’agit plus tant de construire l’avenir que de réagir au présent », appuie le président de Cap (Conseils, analyses et perspectives) et enseignement à Sciences Po. Les mouvements jeunes n’ont pas fini de devoir convaincre.