Présidentielle 2022 : Après l'affaire Orpea, on a passé au crible trois affirmations des candidats sur les Ehpad

FAKE OFF Part des Ehpad privés, présence de soignants la nuit, postes non pourvus... Nous avons passé au crible des déclarations de Jean-Luc Mélenchon, Anne Hidalgo et Marine Le Pen

Maïwenn Furic
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Le sujet des conditions de vie des personnes âgées, notamment en Ehpad, s'est imposé dans la campagne présidentielle depuis l'affaire Orpéa.
Le sujet des conditions de vie des personnes âgées, notamment en Ehpad, s'est imposé dans la campagne présidentielle depuis l'affaire Orpéa. — AFP
  • Les révélations sur les mauvais traitements dans les Ehpad du groupe Orpea ont fait de cette question un thème de la campagne présidentielle.
  • Nous avons vérifié plusieurs affirmations de candidats à l’Elysée.
  • Qui dit vrai ? 20 Minutes fait le point.

Depuis quelques semaines, une nouvelle thématique s’est imposée dans la campagne présidentielle : les conditions de vie des résidents en Ehpad. Des personnes âgées « rationnées », abandonnées dans leurs excréments ou laissées sans soin pendant des jours… : à moins de deux mois de l’élection, la parution du  livre Les Fossoyeurs, du journaliste Victor Castanet, a mis en avant la maltraitance dans les établissements du groupe Orpea. Pour autant, la problématique n’est pas nouvelle, si l’on en croit les lanceurs d'alertes qui tentent de s’exprimer depuis plusieurs années.

Un sujet concernant un grand nombre de français, et dont les candidats dans la course à l’Elysée n’ont pas hésité à s’emparer. Tous ont annoncé vouloir allouer d’importants moyens pour restructurer les établissements qui accueillent les anciens. Recrutement de personnel, renforcement de la présence d’équipes médicales, hausse des contrôles… Certains, comme Jean-Luc Mélenchon et Fabien Roussel, souhaitent même mettre fin aux Ehpad à but lucratif pour privilégier ceux gérés par les communes ou les associations.

Au-delà des promesses, 20 Minutes a vérifié plusieurs affirmations de prétendants à l’Elysée sur la situation dans ces établissements.

FAKE OFF

  • Jean-Luc Mélenchon : « Un quart [des Ehpad] sont des entreprises privées »

Vrai. Lors de son meeting du 3 février à Tours, Jean-Luc Mélenchon a longuement exposé son point de vue sur les conditions de vie des personnes âgées. Son positionnement est clair : « Pas de profit sur nos anciens ! » Un quart des maisons de retraite sont-elles néanmoins gérées par des entreprises privées ?

Les propos tenus par le candidat insoumis sont exacts. Selon le « Panorama des Ehpad 2021 » publié en janvier dernier par Unisanté, entreprise spécialisée dans l’édition de bases de données sur les Ehpad, sur les 7.353 établissements de l’Hexagone, « 44,5 % sont des structures publiques, 31,5 % des structures associatives et 24 % des structures privées. » Des chiffres stables puisque la part d’entreprises privées est la même que pour l’année 2020.

Unisanté note que la répartition n’est pas homogène sur le territoire : « Les établissements publics sont majoritaires dans les départements ruraux, les établissements commerciaux dans les aires urbaines et les structures associatives dans l’Est de la France et cela pour des raisons historiques. »

  • Anne Hidalgo : « Aujourd’hui, il n’y a pas d’infirmières et de médecins la nuit dans les Ehpad »

Plutôt vrai. Invitée de l’émission Dimanche Politique, le 6 février sur France 3, Anne Hidalgo a été questionnée sur les Ehpad. L’actuelle maire de Paris a souhaité un « service public fort » dans ce domaine, et en a profité pour tacler le président sortant : « La grande réforme de la dépendance qui était annoncée par Emmanuel Macron a encore été retardée. »

Sur la présence de personnels soignants dans les établissements la nuit, la candidate a forcé le trait. Toujours selon le panorama réalisé par Unisanté, « 16 % des Ehpad ont mis en place un dispositif [infirmier] la nuit (présence ou astreinte). Cette mise en place diffère en fonction du statut de l’établissement : 20 % dans le public contre 10 % dans les Ehpad privés ou associatifs. »

Bien que faibles, ces chiffres représentent toutefois les premiers effets d’un plan lancé en 2018 par Agnès Buzyn pour répondre à la problématique de l’absence de « permanence des soins » la nuit. Bien souvent, en cas de souci de santé la nuit, les personnes âgées sont, faute de personnel médical dans les Ehpad, conduites aux urgences même si leur état ne le nécessite pas. Pour pallier ces dépenses inutiles et cette gêne pour les résidents, Agnès Buzyn avait donc annoncé la généralisation d’un dispositif jusqu’alors testé en Ile-de-France : la mutualisation des infirmières de nuit dans les Ehpad. Un an plus tard, les premiers résultats dans six territoires ayant mis en place des astreintes ou des gardes étaient jugés « encourageants » par l'Agence nationale de la performance sanitaire et médico-sociale.

Marine Le Pen : « Il y a aujourd’hui 66 % des Ehpad dont des postes ne sont pas pourvus depuis plus de six mois. 30 % des Ehpad n’ont pas de médecin coordonnateur »

Faux. Avant même la parution des Fossoyeurs le 26 janvier, Marine Le Pen s’était exprimée sur le sujet en visite à l’Ehpad municipal de Fréjus le 20 janvier. Elle en avait profité pour rappeler ses combats : la lutte contre la désertification médicale et « la revalorisation des salaires du personnel soignant ».

Néanmoins, les difficultés de recrutement ne sont pas aussi prégnantes que ne l’a affirmé la candidate, dont l’équipe n’a pas répondu aux sollicitations de 20 Minutes pour connaître la source de ses chiffres. Dans une étude baptisée « Le personnel et les difficultés de recrutement dans les Ehpad » publiée en juin 2018, la Dress révèle que « les postes de soignants en Ehpad hospitalier sont […], rarement vacants pendant plus de six mois. En effet, 6 % seulement de ces structures ont des postes de médecins coordonnateurs non pourvus et elles ne sont plus que 3 % pour les postes d’aides-soignants. »

L’étude constatait une différence notable entre le secteur public et privé : « 13 % des Ehpad du secteur public non hospitalier ont des postes de médecins coordonnateurs non pourvus, contre 8 % des structures privées à but lucratif. Inversement, 16 % de ces dernières ont des postes d’aides-soignants non pourvus, contre 6 % des structures publiques non hospitalières. »