Présidentielle 2022 : Natacha Bouchart, la maire LR de Calais qui soutient Macron assure « n’avoir jamais trahi son parti »

INTERVIEW Adhérente LR et élue maire de Calais sous cette étiquette en 2008, la maire de Calais, Natacha Bouchart, a pourtant apporté son soutien à Emmanuel Macron pour l’élection présidentielle au détriment de la candidate LR, Valérie Pécresse

Mikaël Libert
— 
La maire (LR) de Calais, Natacha Bouchart, soutient Emmanuel Macron.
La maire (LR) de Calais, Natacha Bouchart, soutient Emmanuel Macron. — Sarah ALCALAY/SIPA
  • La maire LR de Calais, Natacha Bouchart a déclaré qu’elle soutenait la candidature d’Emmanuel Macron pour l’élection présidentielle 2022.
  • Après le ralliement d’Eric Woerth, c’est une nouvelle défection dans le camp de Valérie Pécresse, la candidate investie par LR.
  • De son côté, la maire de Calais souligne que sa décision est « pragmatique » et qu’elle n’a pas fait l’objet de négociation avec le président de la République.

Jeudi, la maire LR de Calais, Natacha Bouchart, a déclaré qu’elle ne soutiendrait pas la candidate de son parti à  l’élection présidentielle,  Valérie Pécresse, mais plutôt le président sortant,  Emmanuel Macron. Une position « pragmatique » que l’élue a prise pour « le bien de sa ville » sans avoir rien « demandé en échange ». Son soutien au chef de l’Etat est-il à ce point désintéressé ou cela cache-t-il d’autres ambitions ? Natacha Bouchart a répondu aux questions de 20 Minutes.

Concrètement, avez-vous donné votre parrainage au président de la République ?

Non, je ne l’ai pas fait et je ne pense pas que ce soit nécessaire. Je ne le donnerai pas non plus à Valérie Pécresse pour ménager la chèvre et le chou. Je n’ai de toute façon aucun doute qu’elle aura ses 500 signatures. Je ne vais parrainer personne.

Auriez-vous tout de même soutenu Emmanuel Macron si votre parti avait investi un autre candidat que Valérie Pécresse ?

Si le candidat de LR avait été Nicolas Sarkozy ou même François Baroin, ma position aurait sans doute été différente. Personnellement, je n’ai rien contre Valérie Pécresse, mais ce n’est pas la même philosophie. Je ne dis pas pour autant qu’elle n’a aucune chance. Ma décision est équilibrée et responsable par rapport à la situation de Calais, coincée entre deux extrêmes. L’extrême gauche qui veut accueillir tout le monde dans des conditions indignes, et l’extrême droite qui souhaite rejeter tous les migrants au péril de leurs vies.

En 2021, le nombre de traversées a explosé et on a assisté au pire drame de l’histoire migratoire du Calaisis. La politique du gouvernement est-elle efficace ?

Aujourd’hui on compte entre 800 et 1.500 migrants sur le territoire de Calais, la situation reste difficile. Je ne dis pas que c’était toujours de façon parfaite, mais nous avons été bien soutenus par le gouvernement. Les passeurs s’adaptent très vite, on ne peut pas reprocher l’augmentation du nombre de traversées au président de la République.

De toute façon, aucun candidat n’a la bonne solution. Entre ce que l’on dit que l’on va faire et ce que l’on peut faire avec le droit européen et les accords binationaux, la plupart des mesures proposées ne sont que des discours. Je préfère suivre une majorité que j’ai soutenue, dont ce sera le 2e mandat et qui a de l’expérience sur la question migratoire. Techniquement, ce n’est pas aussi simple que d’aligner des mesures quand on n’en connaît pas forcément l’usage.

Pourtant Emmanuel Macron a échoué à renégocier les accords du Touquet alors que c’est l’une de vos principales revendications.

Oui, moi je veux une révision de ces accords du Touquet. C’est un accord bilatéral alors qu’il faudrait que l’Europe s’investisse pour une éventuelle renégociation. Des choses ont été faites, mais elles ne sont pas parfaites. Il faut continuer dans ce sens, c’est pour cette raison que je ne veux pas de rupture alors que l’on a une présidence qui a bien saisi le sujet. Je suis une gaulliste, pragmatique. Pour moi, le meilleur choix pour le pays et pour Calais, c’est Emmanuel Macron.

Vous soutenez le président tout en souhaitant rester chez LR. Quelles sont vos ambitions ?

On n’a pas su gérer l’après Fillon, le parti n’a jamais su se reconstruire et ce n’est pas deux mois avant l’élection qu’il va le faire. Pour autant, je n’ai jamais trahi mon parti et si je dois quitter LR, ce sera parce que l’on m’en aura chassé. On m’accusera peut-être d’avoir l’ambition de rentrer au gouvernement, mais je n’ai rien demandé ni négocié avec Emmanuel Macron. Si on me propose quelque chose un jour, je pourrai accepter à la seule condition de ne pas démissionner de mon poste de maire.

Je veux être encore plus utile pour ce territoire, pour les Calaisiens. Ministre de l’Intérieur, par exemple, la première mesure que je prendrais est d’officialiser le statut de Calais en tant que ville frontière. Je travaillerais également avec le garde des Sceaux à mettre en place des dispositifs expérimentaux plus durs qu’ils ne le sont aujourd’hui pour lutter contre les passeurs.