Présidentielle 2022 : A Marseille, les militants communistes retrouvent « une certaine fierté »

CAMPAGNE Voilà quinze ans que le PCF n’avait pas présenté son propre candidat à l’élection suprême. Une éternité en politique

Alexandre Vella
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Présidentielle 2022 : Le « Récap » de la semaine du 21 janvier 2022. — 20 Minutes
  • Les militants communistes mènent campagne pour leur candidat, Fabien Roussel.
  • Il sera en meeting à Marseille, le 6 février.
  • Alors que le PCF avait fait l’impasse d’une candidature autonome lors des deux dernières présidentielles, les militants retrouvent « une certaine fierté de militer pour [leur] candidat ».

Un grand soleil d’hiver tombe sur Marseille et ses derniers rayons rasent le toit du Vélodrome. Devant la bouche de métro Prado, Nathalie Tessier et six de ses camarades donnent de la voix et des tracts : « Le meeting de  Fabien Roussel, le candidat communiste à  l’élection présidentielle ! » Le candidat PCF a choisi Marseille et le parc Chanot pour son premier grand meeting de campagne, où 5.000 personnes sont attendues le 6 février.

Voilà quinze ans que le PCF n’avait pas présenté son propre candidat à cette élection. C’était en 2007, et Marie-George Buffet avait récolté un peu moins de 2 % des voix. Autant dire une éternité, tant le paysage politique a changé. Ségolène Royal, la candidate du PS, avait réuni plus de 25 % des suffrages au premier tout, mais échoué au second tour face à Nicolas Sarkozy. Trois présidents plus tard et deux alliances infructueuses avec Jean-Luc Mélenchon, les communistes en ont eu assez et sont partis seuls en campagne. « Ça commençait à suffire. Si on veut faire avancer nos idées, il faut qu’on soit visible », explique Nathalie Tessier, également élue déléguée aux droits des femmes et à la lutte contre les violences faites à celles-ci à la mairie centrale. Une ligne massivement partagée par les adhérents ; 80 % d’entre eux ont validé ce choix lors du précédent congrès.

« Créer un rapport de force en vue des législatives »

Le début de campagne de Fabien Roussel est de nature à les conforter dans cette optique. « Il y a une certaine fierté de militer pour notre candidat et nos idées, cela faisait longtemps que nous ne l’avions pas fait », dit Régine. « Ça fait plaisir ! », reprend une de ses camarades. Et si les campagnes unitaires précédentes ont pu aussi être « enthousiasmantes », les militants communistes ont été « un peu échaudés », complète Alain : « On a pu se sentir un peu utilisés et si, moi, je ne suis pas le plus échaudé, certains ont vraiment la dent dure contre nos anciens alliés. »

Les anciens alliés, justement sont ce jour-là en train de tracter, eux aussi, à une sortie de cet arrêt de métro. L’objectif pour les communistes est de « créer un rapport de force en vue des législatives », explique Nathalie Tessier : « Nous allons proposer aux autres forces progressistes de ne présenter qu’un seul candidat par circonscription. Et le partage se fera en fonction des scores de la présidentielle. Ça, c’est l’union ! »

« Je préfère quand toutes les gauches sont fortes »

Dans la construction de ce rapport de force, voilà que les communistes se retrouvent, comme au temps de Georges Marchais, au coude-à-coude dans les sondages avec les socialistes (3 % d’intentions de vote chacun, selon différents sondages. L’un d’entre eux ayant même placé Roussel devant Hidalgo). Pour autant, les militants communistes restent lucides, « on ne tutoie pas non plus les sommets », observent-ils. Et ils ne se réjouissent pas particulièrement de l’effondrement électoral du PS, bien qu’ils analysent la désertion des électeurs de gauche comme une conséquence « des politiques de droite » menées successivement par la gauche lorsqu’elle accédait au pouvoir. « Je préfère quand toutes les gauches sont fortes, lance Nathalie Tessier. Même les gauchistes, plus il y en a, mieux c’est ! »

Plutôt que de piquer des voix aux autres partis, « cette candidature est pour eux l’occasion de s’adresser à ceux qui ne votent plus » et de permettre aux gens de « découvrir la pensée des communistes : on parle de tranquillité publique, de sécurité emploi-formation, de droits de femmes, d’ISF… », énumère Nathalie Tessier, dont le candidat s’apprête à présenter « 180 propositions ». « Fabien Roussel, les gens le comprennent quand il parle, parce qu’il dit les choses simplement », précise-t-elle. Des propos qui lui permettent de progresser légèrement dans les sondages, mais auprès des électorats visés. « On progresse de 15 % chez les jeunes et 10 % chez les ouvriers, d’après l’Ifop »

« Des communistes, il y en aura toujours »

Les tracts sont distribués au rythme des arrivées de rames de métro et des bus de l’arrêt voisin. Certains s’arrêtent discuter. Un groupe de jeunes en demande un de plus pour chez eux. D’autres encore, nombreux, tracent leur route, et quelques-uns rejouent les grandes heures de la guerre froide. « Dieu m’en garde », lance à leur hauteur un homme en costume. « A chaque fois, il y en a qui sont caricaturaux, s’amuse Nathalie. Ils nous disent : “Et vous proposez quoi, la Corée du Nord ? Staline ?” Ou encore : “Mais vous existez encore !” »

« Des communistes, il y en aura toujours, conclut-elle. Quand le Parti communiste est fort, ça va mieux pour les habitants », prenant pour exemples la création de la Sécurité sociale ou, moins vieux, la cinquième semaine de congé payé en 1981, tous deux élaborés par des ministres communistes. Un temps que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître. Fabien Roussel était alors encore à l’école primaire.