Présidentielle 2022 : Au Louvre, Marine Le Pen veut réinstaller son duel avec Emmanuel Macron

CAMPAGNE La candidate du Rassemblement national descend ses concurrents à droite et veut se poser en première adversaire d’Emmanuel Macron dans une vidéo tournée au Louvre

X.R. avec AFP
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Un oeil sur les sondages, cap sur le second tour.
Un oeil sur les sondages, cap sur le second tour. — Jeremias Gonzalez/AP/SIPA

Marine Le Pen semble avoir la rancune tenace. Cinq ans après sa défaite contre  Emmanuel Macron au second tour de l’ élection présidentielle, après un débat d’entre-deux tour jugé raté par la majorité des observateurs, la candidate RN a choisi de lancer l’acte II de sa campagne à l’endroit où son adversaire avait savouré sa victoire : dans la cour du Louvre. « C’est ici, il y a cinq ans qu’ Emmanuel Macron a commencé un quinquennat qu’Emmanuel Macron présentait comme ambitieux (…) cinq ans après, la promesse de cette "confiance qui oblige", de cette bienveillance exhibée, de cette réconciliation proclamée, de cette humilité affirmée, de ce respect pour chacun, se sont évanouis », affirme Marine Le Pen dans un clip de 3 minutes 30.



Elle y multiplie les références historiques, à l’image de son concurrent à l’extrême droite Eric Zemmour, en déambulant dans la cour du Louvre, « lieu mythique qui symbolise la continuité de la France », choisi pour y délivrer « un message de mobilisation et d’espoir ». La présidente du Rassemblement national veut ainsi retrouver sa place de première opposante à Emmanuel Macron et réinstaller le clivage entre le camp des « mondialistes », que le président incarne à ses yeux, et celui des « nationaux », qu’elle entend représenter.

Le match de la présidence française de l’UE

« Pour fermer définitivement la parenthèse ouverte il y a cinq ans du macronisme toxique pour le pays, j’ai besoin de vous à mes côtés », conclut-elle. Ce clip, diffusé le jour où elle devait tenir une « convention présidentielle » à Reims, finalement reportée en raison « de la situation sanitaire », n’a pas plu au Louvre qui a regretté une « vidéo de campagne » filmée mardi « sans aucune autorisation du musée, en violation des règles de droit » sur les domaines publics. La candidate d’extrême droite doit en outre tenir mardi une conférence de presse sur la présidence de l’Union européenne par la France, la veille d’un discours d’Emmanuel Macron devant le Parlement européen.

Or, le chef de l’Etat, qui ne cache plus son « envie » d’être candidat, entend mettre en avant la présidence française de l’UE comme point d’orgue de son mandat. Sur la présidence l’UE, Marine Le Pen compte aussi se positionner face à Emmanuel Macron. L’eurodéputé Nicolas Bay a dénoncé dans Le Point une « opération de communication au service de (la) campagne présidentielle » du président sortant. La candidate, qui a renoncé à sortir de l’euro, défend désormais une Europe « des nations et des coopérations » avec, souligne Nicolas Bay, « de vraies frontières » et « ayant en commun la même civilisation ».

Prendre la tête à droite

Face au « méga supra candidat des banquiers », la candidate RN affirme représenter « la France des oubliés » et les classes populaires. Elle accuse le président de « diviser » le pays, de « persécuter » les non vaccinés, et de semer le « chaos » quand elle promet « l’unité nationale » et « la tranquillité ». Mais Marine Le Pen est désormais concurrencée dans son propre camp par Eric Zemmour, qui affirme qu’il n’y a « pas de monopole de la candidature nationale », et à droite par Valérie Pécresse, donnée au coude à coude avec elle selon de récents sondages, voire qualifiés au second tour à sa place.

D’où l’urgence pour la perdante de 2017 de se réinstaller comme adversaire numéro un. Et elle n’hésite pas pour cela à les attaquer directement, en accusant le « candidat des plateaux » Eric Zemmour de servir de « marchepied » à la « candidate des métropoles » Valérie Pécresse grâce aux parrainages d’élus LR en faveur de l’ancien éditorialiste. Marine Le Pen se présente aussi comme la seule candidate « raisonnable ». Quand Emmanuel Macron dit vouloir « emmerder » les non-vaccinés, et Valérie Pécresse ressortir le « Karchër » de Nicolas Sarkozy pour « nettoyer les quartiers », elle répond qu’elle ne veut « pas parler fort, mais juste ». A droite aussi,  la campagne se joue aux poings.