Présidentielle 2022 : Pourquoi l’Outre-mer est un passage obligé pour les candidats

CAMPAGNE L’opération séduction dans les territoires ultramarins a commencé pour les candidats à la présidentielle, une étape cruciale de la campagne

Marie de Fournas
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L'ancien président Jacques Chirac lors d'une visite en Guadeloupe en 2000.
L'ancien président Jacques Chirac lors d'une visite en Guadeloupe en 2000. — GEORGES GOBET / AFP
  • La candidate du RN se rend du 16 au 18 décembre à Mayotte, puis du 19 au 21 à La Réunion…. Où se rend aussi le candidat du Parti communiste, qui y sera du 16 au 21. Le candidat de la France insoumise, lui, se rend en Guadeloupe du 14 au 16, puis en Martinique à partir du 17 décembre…
  • Après les différentes crises qui ont secoué les territoires d’Outre-mer, c’est l’occasion pour certains candidats d’aller conquérir des voix d’opposition au gouvernement.
  • Des électeurs qui pourraient faire la différence lors du premier tour, qui s’annonce serré.

Jean-Luc Mélenchon en Guadeloupe ce mercredi, Marine Le Pen à Mayotte samedi, Fabien Roussel à La Réunion jeudi… Le chassé-croisé en Outre-mer des candidats à l’élection présidentielle a commencé. « Ils arrivent plus tôt que lors des campagnes précédentes », note Christiane Rafidinarivo, politiste spécialiste de l’Outremer et chercheuse au CEVIPOF de Sciences po. Des déplacements avancés, mais aussi obligés pour les prétendants à l’Elysée, dans des régions qui ont fait la une ces dernières semaines.

Après de violentes contestations en Martinique et en Guadeloupe, où l’opposition au pass sanitaire s’est transformée en crise sociale profonde et anti-gouvernementale, la place s’avère plutôt bien dégagée pour certains. « Cette année, la prime sera pour les parties anti-système qui feront leur électorat sur les ruines laissées par le parti au pouvoir », estime Alexandre Eyries, enseignant chercheur en sciences de l’information et de la communication à l’université de Bourgogne et auteur de l’ouvrage Anthropolitweet (Ed. Iste). Les candidats vont aisément pouvoir surfer sur la gestion de l’épidémie de coronavirus, jugée mauvaise en outre-mer.

L’outre-mer centralise certains thèmes phares des partis d’extrême

Mais la crise sanitaire ne sera pas le seul sujet que l’opposition pourra s’approprier. Elle a en effet remis sur le devant de la scène une crise sociale encore plus profonde. Des régions industrielles sinistrées, le chômage des jeunes qui explose, le coût de la vie bien plus élevé qu’en métropole… « Tout cela favorise les ressentiments envers le gouvernement et favorise la montée des partis populistes », assure Alexandre Eyries. « Les inégalités sociales font en effet partie des grands thèmes de campagne des partis d’extrême gauche comme d’extrême droite, même s’ils ne les traitent pas de la même manière », ajoute Christiane Rafidinarivo.

Autre grand sujet, celui de la souveraineté nationale, sur lequel plusieurs candidats se sont positionnés en profitant du référendum pour l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie le week-end dernier. Ce scrutin a été l’occasion pour Jean-Luc Mélenchon de contester la légitimité du vote, comme les indépendantistes, ou à l’opposé, pour Valérie Pécresse, d’affirmer son « attachement viscéral à la Nouvelle-Calédonie » et de rappeler que « l’Outre-mer, c’est la France ».

Un vivier d’électeurs qui pourrait faire la différence

Un jeu de séduction qui pourrait porter ses fruits dans des territoires où « les électeurs se sentent folkloriques et laissés pour compte », souligne Alexandre Eyries. « Les candidats qui viennent sur place jouent la carte de l’universalisme. C’est une façon de dire qu’ils ne traitent pas à distance et que chaque centimètre de la France, chaque électeur compte. »

Une communication de campagne qui n’est finalement pas si éloignée de la réalité. D’après les sondages, le premier tour pourrait s’avérer particulièrement serré entre certains candidats, et chaque voix sera bonne à prendre. « Il y a potentiellement 1,5 million d’électeurs en Outre-mer. C’est le même nombre que les Français de l’étranger, comte Alexandre Eyries. Ils ne vont pas forcément faire basculer l’élection, mais c’est un vivier pas négligeable. » D’autant que selon Christiane Rafidinarivo, ces territoires comptent de plus en plus d’électeurs « volatiles, qui ne votent pas toujours pour la même famille politique ».

Capitaliser et se faire parrainer

Mais avant même de parler d’élection, il ne faut pas non plus oublier qu’en ce début de campagne, certains candidats n’ont pas encore leurs 500 parrainages. « Ces déplacements sont pour eux l’occasion de les obtenir, et peut-être aussi de convaincre de ne pas donner ces signatures à d’autres », analyse Christiane Rafidinarivo.

Ces visites n’auront sûrement pas la même teneur selon les personnalités politiques. Certaines sont déjà en terrains presque conquis. Pour rappel, en 2017, Jean-Luc Mélenchon était arrivé en tête à La Réunion et Marine Le Pen était la candidate qui comptabilisait le plus de voix sur l’ensemble des territoires d’Outre-mer.

Pour les aspirants à l’Elysée, il s’agit aussi de « capitaliser sur des territoires où ils ont déjà fait leur preuve », décrypte Christiane Rafidinarivo. Ainsi « pour Valérie Pécresse, héritière de Jacques Chirac, qui avait un fort capital sympathie aux Antilles, le défi sera de reconquérir ces terres après le séisme de 2017, lequel a laminé sa famille politique », conclut l’experte. Pour les candidats à la présidentielle, il y aura donc différents chemins pour arriver au même objectif : séduire les Outre-mer.