Nouvelle-Calédonie : Quel avenir pour l'archipel après le référendum ?

ANALYSE Après la tenue du troisième et dernier référendum en Nouvelle-Calédonie ce dimanche, le flou juridique demeure et une « nouvelle organisation politique » reste à inventer

Charles-Edouard Ama Koffi
— 
Le drapeau Kanaky et de la France, le 27 juillet 2013 à Ouvéa
Le drapeau Kanaky et de la France, le 27 juillet 2013 à Ouvéa — Lionel Bonaventure AFP
  • La France a tenu à maintenir le troisième et dernier référendum sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie ce dimanche
  • Sans surprise, le « non » l’a largement emporté puisque les défenseurs de l’indépendance ont appelé leurs électeurs à « rester chez eux »
  • Désormais, l’archipel se trouve dans une position floue puisque les indépendantistes ne reconnaissent pas le scrutin et souhaitent toujours un référendum sur l’indépendance.

Vingt-trois ans plus tard, le jour d’après est enfin arrivé en Nouvelle-Calédonie. Le troisième et ultime référendum sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie qui s’est tenu ce dimanche a été imaginé en 1998 lors des accords de Nouméa. Ces derniers ouvraient la voie à un processus de décolonisation par étapes dont la dernière vient donc de s’achever par la victoire du «non» à l'indépendance à 96,49 % des voix. Le problème est que ce scrutin a été marqué par une abstention très forte (56,10 %)  à la demande du camp des indépendantistes qui a refusé de s’impliquer dans le scrutin, estimant que l’épidémie de Covid-19 avait rendu la campagne impossible.

Désormais l’archipel se trouve dans une situation particulièrement floue puisque les indépendantistes refusent de reconnaître les résultats d’un scrutin contesté et de dialoguer avec le gouvernement français avant que le prochain locataire du palais de l’Elysée ne soit connu. 20 Minutes décrypte les nouvelles échéances et défis à relever pour désormais bâtir une « nouvelle organisation politique » entre la France et la Nouvelle-Calédonie.

Une période de transition jusqu’en juin 2023

« Une période de transition de 18 mois » doit dans un premier temps s’ouvrir pour élaborer un nouveau statut dans la République, selon la page 45 du document de travail officiel de l'Etat. L’objectif affiché : « se libérer de l’alternative binaire entre le oui et le non » et « bâtir un projet commun » dans cette « nouvelle étape », a expliqué Emmanuel Macron dans son allocution télévisée après la proclamation des résultats du référendum, ce dimanche.

« On ne part pas d’une page blanche mais tout est à refaire désormais », explique à 20 Minutes le géographe Jean-Christophe Gay, auteur en 2020 de La Nouvelle-Calédonie : un destin peu commun (éditions IRD). Pour lui, « terminer cette phase sur un référendum qui juridiquement tient la route mais n’est politiquement pas légitime, c’est un peu embêtant. »

En effet, les indépendantistes ont répété à plusieurs reprises qu’ils ne comptaient pas reconnaître le scrutin à l’issue du vote car ils avaient appelé depuis plusieurs semaines leurs électeurs à ne pas se déplacer. Pour Benoît Trépied, anthropologue chargé de recherche au CNRS et spécialiste de la Nouvelle-Calédonie, le calendrier du gouvernement, dans ce contexte, « n’engage que le ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu, car on ne sait pas quel sera le contenu de la discussion pendant les prochains mois ni le corps électoral qui sera appelé à voter s’il y a un référendum dans 18 mois ».

Vers un nouveau référendum sur une révision constitutionnelle

Selon l’exécutif, deux phases sont désormais prévues : le « bilan » de l’accord de Nouméa, avant des discussions qui devront « aboutir à une nouvelle révision constitutionnelle », une révision de la Loi organique et une « consultation de projet ». C’est a priori sur ce point que les Néo-Calédoniens devront se prononcer en juin 2023.

« L’Etat n’entend pas confondre vitesse et précipitation dans cette phase importante », a affirmé ce dimanche à l’AFP le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu, soulignant toutefois que « certains sujets d’actualité sont urgents ».

Le chef de l’Etat a notamment évoqué ce dimanche « la situation économique (et) sanitaire, la relance, l’équilibre des comptes publics », ou encore « les inégalités qui fragilisent l’unité de l’archipel, la stratégie nickel, l’autonomie alimentaire et énergétique, le foncier, la fiscalité ».

Un dialogue impossible avant l’élection présidentielle ?

Reste désormais à savoir qui sera à la table des négociations dans les prochaines semaines avec le gouvernement sur l’avenir de l’archipel. Le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) et les nationalistes ne souhaitent pas discuter « avant la présidentielle » d’avril 2022. Rock Wamytan, le président du FNLKS a annoncé la couleur sur franceinfo ce dimanche : « nous viendrons aux discussions avec la personne qui va sortir des urnes de la prochaine présidentielle. Nous attendrons le prochain. Si c’est Emmanuel Macron, nous allons continuer à discuter », assure-t-il.

Il estime donc avoir « quatre mois pour peaufiner » son projet d’indépendance, avec l’aide des Nations Unies, et « pour présenter un projet qui tienne la route » au gouvernement français actuel ou à venir et à la population néo-calédonienne. Pour anticiper les crispations, le ministère des Outre-mer a tenu à rassurer que « la réconciliation des mémoires, la préservation et la valorisation de la culture kanake restaient plus que jamais d’actualité ».

Une chose est sûre : la question de l’indépendance n’est pas définitivement réglée, même après ce troisième référendum. « La légitimité de l’indépendance quand on est un peuple autochtone et premier reste entière, souligne Jean-Christophe Gay. On peut trouver des solutions qui ne sont pas binaires entre un rattachement complet à la France et une pleine souveraineté », avance-t-il en prenant un exemple local : « Il y a un modèle de ce type dans le Pacifique avec les Iles Cook », devenues un État autonome, librement associé à la Nouvelle-Zélande.