Présidentielle 2022 : Pourquoi les partis populistes sont-ils fascinés par la Russie ?

MENTOR Eric Zemmour, Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon ont tous déjà manifesté un intérêt prononcé pour la Russie de Vladimir Poutine

Jean-Loup Delmas
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Vladimir Poutine et Marine Le Pen main dans la main
Vladimir Poutine et Marine Le Pen main dans la main — Mikhail KLIMENTYEV / SPUTNIK / AFP
  • La Russie de Vladimir Poutine séduit les partis populistes français et plus généralement européens.
  • Entre souveraineté nationale et leader fort, les populistes se reconnaissent dans ce régime qu’ils souhaitent reproduire dans leur pays.
  • La Mère Patrie permet également de se dissocier facilement des candidats traditionnels.

A l’heure des comédies romantiques de Noël, il est temps de revenir sur l’une des plus belles histoires d’amour de 2021 :  les populistes avec la Russie. Jeudi, Eric Zemmour  a lancé des fleurs à Moscou lors de l’émission politique Elysée 2022 : « Vous pensez que la France va faire la guerre à la Russie ? C’est stupide », a-t-il répondu au sujet d’un possible soutien de la France à l’Ukraine qui voit les troupes russes s’amasser à sa frontière. « Le problème de l’Ukraine n’est pas que la Russie menace d’une invasion, puisque la Russie n’a aucun intérêt. Mais l’Ukraine a appartenu à la Russie depuis mille ans. »

Avant lui, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon n’avaient jamais caché non plus leur respect pour la Mère Patrie. Cette seule semaine, le leader de la France insoumise a assuré que « l’intérêt de la France est de refuser absolument la confrontation avec la Russie » lors d’ une conférence de sa part sur la géopolitique jeudi et a déclaré en interview à France 24 mardi que « la Russie n’était pas un ennemi ». Quant à Marine Le Pen, elle a déjà rencontré  Vladimir Poutine, vanté sa politique et son parti a reçu plusieurs aides financières de Moscou.

Bons baisers de Russie

Le cas est loin de ne concerner que la France puisque de nombreux partis populistes européens font preuve d’autant d’affection pour Moscou : l’Afd en Allemagne, la Ligue en Italie, le FPE en Autriche, etc. « La rhétorique populiste fonctionne sur des basiques : l’ordre, la sécurité, la souveraineté, autant de valeurs incarnées par la Russie de Vladimir Poutine », explique Alexandre Eyries, enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la communication à l’Université de Bourgogne. Idem pour le mythe de l’homme providentiel, cher aux populistes, qui se retrouve dans la Russie surjouant la mythification et la virilité de son chef d’Etat.

A ces similitudes de politique s’ajoutent pour l’extrême-droite des idéaux partagés : celle d’une Europe blanche s’étendant de Londres jusqu’à Vladivostok, avec une position très dure contre l’Islam, appuie Gilles Ivaldi, chercheur au CNRS et spécialiste du populisme en Europe. La Russie serait donc une bonne illustration du régime et de la société que les populistes souhaitent mettre en place. Sans compter l’aide financière pour certains partis, tel le Rassemblement national, pratique aussi pour délivrer de jolis mots d’amour. Non pas que Vladimir Poutine soit nécessairement pour l’extrême-droite en France ou pro-Trump. « La Russie cherche seulement à perturber et fragiliser les démocraties occidentales, notamment en soutenant les mouvements populistes », précise le chercheur.

Anti-américanisme

Pour le populisme de gauche, l’explication est ailleurs : la fascination pour la Russie naît plus d’un anti-américanisme historique et d’une logique : « les ennemis de mes ennemis sont mes amis ». Et toujours dans une logique populiste, prendre le parti de Moscou plutôt que celui de Washington permet d’adopter une attitude rebelle à moindres frais sur le volet international, dans une Europe plutôt pro-américaine. « Cela joue sur l’idée d’une parole libre, loin des conventions et du système », reconnaît Alexandre Eyries.

L’extrême droite, historiquement pro-américaine face à l’Union soviétique, a peu à peu inversé son positionnement, note Gilles Ivaldi : « L’Otan est aujourd’hui vu comme contraire à la souveraineté nationale, l’un des thèmes les plus chers du populisme, surtout à droite. Les Etats-Unis sont devenus l’ennemi, la Russie l’alliée vers l’indépendance ». Surtout, populisme de gauche et de droite se sont trouvé un nouveau coupable loin de la Guerre froide :  l’Union européenne, question là aussi de souveraineté. « Bruxelles apparaît dans l’historique populiste comme la cause de nombreux malheurs nationaux. La Russie étant en tension permanente avec l’Union européenne, prendre son parti permet de montrer son antieuropéanisme », conclut le chercheur. Une position anti-Bruxelles en France encore plus vendeuse avec l’avènement d’un président clairement proeuropéen en la personne d’Emmanuel Macron. Plus qu’un amour, la Russie est un joli prétexte pour taper sur ceux que les populistes exècrent.