Allocution d'Emmanuel Macron : Un chef de l'Etat qui lorgne la présidentielle et penche à droite

CANDIDAT DE SCHRÖDINGER Emmanuel Macron a vite expédié la question du Covid-19 et de la vaccination pour en venir à ce qui ressemble à de futurs axes de campagne

Rachel Garrat-Valcarcel
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Emmanuel Macron était debout derrière son pupitre pour son allocution, comme en meeting.
Emmanuel Macron était debout derrière son pupitre pour son allocution, comme en meeting. — CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP
  • Même si le président a démarré par la crise sanitaire, celle-ci n’a semblé, ce mardi soir, qu’un prétexte permettant à Emmanuel Macron de livrer une allocution aux allures de discours programme.
  • Ce programme, ou en tout cas les axes tracés par le chef de l'Etat, semble s'adresser aux électeurs de droite modérée.
  • Alors que l’opposition dénonce un « mélange des genres », chez LREM, on nie être en campagne.

S’il subsistait un doute sur le fait qu’Emmanuel Macron est en campagne, il a totalement disparu sous la longue allocution présidentielle (plus de vingt-sept minutes) de ce mardi soir. Certes, le chef de l’Etat a, pendant les dix premières minutes de son intervention, parlé d’abord du coronavirus et annoncé plusieurs mesures pour tenter de faire progresser la campagne vaccinale pour la troisième dose chez les plus de 65 ans – et bientôt les plus de 50 ans. Pour le reste, « nous avons eu un président qui, pendant les deux tiers de son allocution, s’est confondu avec un candidat », juge auprès de 20 Minutes Virginie Martin, politologue et professeure à la Kedge Business School.

« Mélange des genres »

Emmanuel Macron a, pour ainsi dire, livré un discours-programme. En tout cas, tracé des axes dont on peut aisément imaginer qu’ils vont être labourés pendant la campagne électorale. A La République en marche, on nie pourtant avoir la tête aux élections. « C’est le rôle d’un chef de l’Etat que de donner de la perspective à long terme », estime Maud Bregeon, porte-parole du parti présidentiel, interrogée par 20 Minutes. A cinq mois des élections, le doute est toutefois permis, alors que certains des objectifs annoncés par Emmanuel Macron ne pourront être actés que dans un second mandat. « On a toujours dit que le président et le gouvernement seraient au travail jusqu’au bout. De toute façon, on est toujours près d’une élection », balaie Maud Bregeon. Pas toujours d’une élection présidentielle, néanmoins.

Emmanuel Macron n’est certes pas le premier à profiter de sa position de président sortant pour en tirer un avantage médiatique. Toutefois, « c’est assez étonnant de se servir ainsi de la fonction présidentielle pour annoncer un programme, occultant par la même occasion la question sanitaire. », note Virginie Martin. Dans l’opposition, on dénonce un « mélange des genres », comme le dit Mathieu Orphelin, député proche de Yannick Jadot. Une formule également utilisée par Jean-Luc Mélenchon, qui demande que le temps de parole du président soit décompté comme le temps d’un candidat.

« Discours équilibré » ou orienté à droite ?

Nouveaux réacteurs nucléaires, réforme de l’assurance chômage – qui rend plus difficile l’accès aux indemnités –, défense du travail – qui doit être moins taxé dans les « prochaines années »… Suivez son regard : il porte loin – vers un second mandat – et penche à droite. Ces thématiques semblent être des clins d’œil vers l’électorat proche des Républicains mais qui ne se reconnaît pas dans la dérive de certains candidats à l’investiture présidentielle, parfois tentés de courir derrière Eric Zemmour. Emmanuel Macron a d’ailleurs marqué sa différence, en appelant à « résister au nationalisme ».

Virginie Martin n’est pas très surprise : « Emmanuel Macron s’appuie sur un électorat plutôt aisé, plutôt âgé, qui se mobilise pour les élections, donc plutôt de droite. Il surjoue d’ailleurs la fermeté, notamment sur la question du chômage, qui est un item qui plaît à l’électorat de droite. » Pour Maud Bregeon, au contraire, le président de la République a livré mardi soir un « discours équilibré ».

La porte-parole de LREM estime, par exemple, que la relance du nucléaire peut être lue comme une mesure écologiste par une partie de la gauche. Une gauche qui pourrait aussi être séduite par le « fait que le travail paie mieux » depuis cinq ans. « Si je devais résumer, je dirais qu’Emmanuel Macron a été le président du travail », ose même la marcheuse. Tiens, on dirait presque un slogan de campagne.