Présidentielle 2022 : A Troyes, Yannick Jadot et Sandrine Rousseau tentent de renouer les fils

FAMILLE UNIE Le candidat écologiste et son adversaire de la primaire ont mis en scène, sur le terrain, leur « complémentarité »

Rachel Garrat-Valcarcel
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Sandrine Rousseau, à gauche, et Yannick Jadot, à droite, dans une usine textile près de Troyes, le 4 novembre.
Sandrine Rousseau, à gauche, et Yannick Jadot, à droite, dans une usine textile près de Troyes, le 4 novembre. — FRANCOIS NASCIMBENI / AFP
  • Un peu plus d’un mois après le verdict de la primaire écologiste, les deux finalistes, Yannick Jadot et Sandrine Rousseau, faisaient une visite de terrain commune jeudi, à Troyes.
  • Malgré la liberté de ton que Sandrine Rousseau revendique, l’ambiance est plutôt au rassemblement chez les écologistes.

De notre envoyée spéciale à Troyes

A celles et ceux qui se demandent comment vont Yannick Jadot et Sandrine Rousseau, on peut répondre qu’ils peuvent passer trois heures de train côte à côte sans aucun problème. Le candidat EELV à la présidentielle et son adversaire au second tour de la primaire écologiste allaient, jeudi matin à Troyes, visiter deux usines textiles. L’objectif du déplacement : montrer que les écologistes aussi peuvent être les chantres de la réindustrialisation de la France. Une manière également pour Jadot et Rousseau d’afficher leur bonne entente, un peu plus d’un mois après une fin de primaire légèrement tumultueuse. Ce n’est certes pas la première fois que les deux se revoient depuis, mais il s’agit de leur première sortie en duo.

La première étape, à l’usine de tricotage Bugis, ne met pas le tandem à trop rude épreuve : le patron accueille à bras ouverts Yannick Jadot et approuve la défense des réglementations sociales et environnementales promue par les écologistes. « On a de la chance en France, parce que notre électricité est globalement décarbonée » : même cette phrase, qui vante sans le dire l’énergie nucléaire, ne leur fait pas lever un sourcil. Ça sera plus compliqué l’après-midi chez Sotratex, une teinturerie industrielle.

Sandrine Rousseau libre de son ton

Le patron y accueille Yannick Jadot et Sandrine Rousseau avec un sourire imprimé sur son masque : « Je l’ai jusqu’à ce que j’enlève le masque », annonce Jean-Dominique Regazzoni. Les voilà prévenus. Le responsable va rapidement se faire l’avocat de la « valeur travail », supplantée d’après lui par « la valeur bien-être » depuis la pandémie. Sandrine Rousseau, grande défenseuse des 32 heures, tique et monte au créneau. Yannick Jadot regarde le plafond. « Il y a trop de réglementations environnementales ! », plaide Jean-Dominique Regazzoni. « Oui, enfin, il y a aussi des produits de teinturerie qui sont dangereux », répond du tac au tac la finaliste de la primaire.

« Je ne suis pas langue de bois », clame Sandrine Rousseau auprès de 20 Minutes. Elle a visiblement décidé de garder sa liberté de ton, aussi bien en déplacement avec son candidat que dans les médias. Fin octobre, elle avait notamment refusé d’être catégorique sur le fait que si union de la gauche il devait y avoir, elle devrait se faire derrière Yannick Jadot : « Si je dis ça, on empêche les conditions d’un rassemblement », avait-elle expliqué à Ruth Elkrief.

Yannick Jadot serein

Malgré cela, et malgré l’échange serré qui se joue durant plusieurs minutes avec le patron de l’usine, Yannick Jadot reste serein. Il n’a pas tellement l’air agacé. En tout cas, il ne le montre pas, et tente d’aplanir les différences entre les deux autres interlocuteurs. Un peu plus tard, c’est d’ailleurs lui qui sera aux prises avec Jean-Dominique Regazzoni quand il sera question d’Europe. Car on ne prendra pas en défaut le candidat à la présidentielle : il est certes là pour parler réindustrialisation et mode responsable, mais aussi pour « donner à voir la famille écologiste unie ». « Si on veut rassembler le pays, entre nous, on doit être dans cette démarche-là aussi », affirme le député européen.

De ce point de vue, cette tournée auboise s’est déroulée sans anicroche. Les deux ex-adversaires veulent montrer toute leur « complémentarité », utilisent d’ailleurs de concert le mot. « A nous deux, on porte des choses sur un large spectre, c’est notre force », croit Sandrine Rousseau. Après tout, Yannick Jadot peut-il vraiment se passer de l’élan qui a porté la candidate écoféministe lors de la primaire, et donc d’une partie de ses thèmes ? Pas sûr. « Mais on ne fera pas campagne à deux », prévient le candidat, marquant la différence avec sa comparse du jour.

Team building in progress

Sandrine Rousseau, elle, paraît plutôt à l’aise à faire campagne auprès de Yannick Jadot. On a en tout cas connu des perdants et perdantes de primaires plus bégueules dans cet exercice. « C’est naturel, dit-elle. Je mets l’écologie en premier. » Les quelques frictions post-primaire semblent passées. Yannick Jadot lui a-t-il donné des gages ? Est-il enfin suffisamment déconstruit à ses yeux ? « C’est un processus ! Mais j’observe toute son ambition en la matière », analyse Sandrine Rousseau, qui, pendant la campagne de la primaire, avait dit sa joie de vivre avec un « homme déconstruit » pour parler de son compagnon.

Les militants et militantes écologistes locales présentes ont aussi l’air plutôt rassurées. On semble considérer que cette visite est déjà « un bon début » pour le rassemblement. La suite ? Ça sera le 16 novembre, lors de la première réunion du comité politique du candidat Jadot, que préside Rousseau. « Je vous dirai toute la place que j’ai dans cette campagne juste après ce premier comité politique », avait-elle déclaré le 28 octobre sur LCI. Une manière de dire que le feu couve toujours ? « Le team building, c’est jamais facile, jamais gagné d’avance », soufflait, prudent, un élu local écolo en marge de la visite à Troyes.