Régionales en Paca : Mensonges, abstention et trahisons… Comment les sondeurs se sont plantés en Paca

PREVISIONS Du vote caché des électeurs du RN à l’abstention, chercheurs et sondeurs expliquent la faillite des sondages en Paca

Alexandre Vella
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Dans un bureau de vote en France, le 27 juin 2021.
Dans un bureau de vote en France, le 27 juin 2021. — David Vincent/AP/SIPA
  • Les sondages donnaient Renaud Muselier et Thierry Mariani au coude-à-coude au second tour des élections régionales.
  • Finalement Renaud Muselier s'est assez largement imposé, malgré une abstention record.
  • Sondeurs et chercheurs expliquent les raisons de cette faillite de la prédiction électorale.

« J’ai déjoué la totalité les sondages », se félicitait le soir des deux tours Renaud Muselier (LR), qui l’emporte finalement assez largement devant Thierry Mariani (RN) dans ces élections régionales (57,3 % contre 42,7 %) . Car les instituts de sondage nous prédisaient un duel très serré, pour ne pas dire incertain. A une semaine du premier tour, OpinionWay donnait Thierry Mariani gagnant dans toutes les configurations. Une prédiction affinée en un 50-50 dans un sondage publié  l’avant-veille du second tour. L’Ifop avait un peu mieux senti la tendance, donnant le président sortant vainqueur avec 51 % des votes. Mais tout de même. Certes, le facteur abstention rend les prédictions cet exercice de politique-fiction encore plus délicat mais il n’explique pas tout.

« Trop d’électeurs RN nous ont soutenu qu’ils allaient voter, mais ne se sont pas déplacés »

« Le vote RN nous a toujours posé quelques petites difficultés », concède Bruno Jeanbart, vice-président de OpinionWay. D’abord par le phénomène du vote caché en faveur du RN. Un vote aujourd’hui « moins indicible, plus facilement assumé dans les cercles de sociabilités, amicaux et familiaux, ce qui est un bon indicateur de banalisation », relève Philippe Aldrin, directeur de la recherche à Science Po Aix, spécialiste du vote et des sondages.

Aujourd’hui les sondeurs se retrouvent confrontés à problème nouveau. « Trop d’électeurs RN nous ont soutenu qu’ils allaient voter, mais ne se sont pas déplacés », comprend Bruno Jeanbart. Cela d’autant plus qu’en 35 ans l’électorat RN a bien changé et correspond aujourd’hui aux catégories sociologiques les plus abstentionnistes : les jeunes et les classes populaires ; là où celui des LR est plus fidèle au vote, ce que Philippe Aldrin nomme « normes civiques ». Une position que soutient Frédéric Dabi, directeur général d’Ifop, en avançant une autre explication. « Le vote RN a longtemps été un vote de contestation. Peut-être que cette contestation passe aujourd’hui par l’abstention », propose-t-il. « Il va maintenant falloir trouver les électeurs qui iront vraiment voter, pas simplement ceux qui nous soutiennent mordicus y aller ». Des éléments qui ne suffisent pas toutefois à expliquer le décalage entre les scores prédits et ceux réalisés.

Mensonges et « électeurs stratèges »

« C’est une différence entre déclarer une intention et mettre un bulletin dans l’urne. Ce n’est pas la même attitude et c’est une vraie question pour nous », reprend Bruno Jeanbart. Autre source de contrariété, les mensonges de sondés, explicables soit par le concept de « désirabilité sociale », c’est-à-dire le fait de donner la réponse que l’interlocuteur attend à sa question, explique Philippe Aldrin, voire délibérés, dans une notion « d’électeurs stratèges » avec l’intention de manipuler l’opinion. Dans ces conditions, annoncer voter RN pour laisser penser à un scrutin serré et décider les électeurs à faire front peut s’entendre de la sorte. A l’inverse, un électeur peut déclarer ne pas avoir l’intention de « faire front, mais le faire quand même », un comportement qu’a pu noter Bruno Jeanbart sur ce second tour.

Un phénomène favorisé « par les réseaux sociaux », selon Philippe Aldrin, que pointe également Chloé Morin de la fondation Jean-Jaurès et qui a notamment été en charge de l’opinion publique au sein du cabinet du Premier ministre, de Jean-Marc Ayrault puis de Manuel Valls. « Des gens mentent aux sondeurs dans l’idée de manipuler les élections. Les sondeurs américains sont déjà confrontés à ça et l’ont assimilé ». Et de s’interroger « est-ce un nouveau comportement ? Cela pose des questions. Les sondages d’intentions ont pris une part très importante dans le débat public », conclut-elle.