Départementales dans le Val-de-Marne : Le PCF perd son dernier département, la « banlieue rouge » disparaît

POLITIQUE Le PCF a régné près d’un demi-siècle sur le Val-de-Marne. Ce dimanche aux élections départementales, c'est la droite qui a ravi le département, c'était le dernier détenu par les communistes

Aude Lorriaux
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Un drapeau du PCF et du muguet. (Illustration)
Un drapeau du PCF et du muguet. (Illustration) — AFP
  • Le PCF a présidé le Val-de-Marne de 1967 à 1970 et de 1976 à 2021, soit près de 50 ans.
  • Dimanche, la liste de droite « Ensemble réveillons le Val-de-Marne », emmenée par Olivier Capitanio, l’a emporté devant l’alliance de gauche dirigée par le communiste et président sortant Christian Favier.
  • En 1977, à son apogée, le PC était à la tête de 17 mairies dans le Val-de-Marne, soit la moitié de la population, un chiffre qui s’est lentement érodé.

C’est un symbole qui tombe : le département du Val-de-Marne, qui était présidé par un communiste depuis 1976, et de 1967 à 1970, soit pendant près d’un demi-siècle, est passé dans l’escarcelle de la droite. La liste de droite « Ensemble réveillons le Val-de-Marne », emmenée par Olivier Capitanio, l’a emporté devant l’alliance de gauche dirigée par le communiste et président sortant Christian Favier.


Pour comprendre la perte de ce dernier département français détenu par le PCF, 20 Minutes a contacté l’historien Roger Martelli, auteur de nombreux articles et ouvrages consacrés au communisme. Il vient d’écrire une analyse sur ce bouleversement, passant pas loin de 110 cantons au peigne fin.

Une perte « prévisible »

Quand le département est créé le 1er janvier 1968, la moitié de la population habite dans des communes gérées par des maires communistes. C’est la moitié nord, celle qui est collée à la Seine-Saint-Denis, le tout correspondant à ce qu’on a appelé la « banlieue rouge ». Puis cette hégémonie va lentement se fissurer. En 1977, à son apogée, le PC est à la tête de 17 mairies dans le Val-de-Marne. En 2008, ils ne sont déjà plus que 12 maires, pour un tiers de la population. En 2020, on ne trouve plus que sept maires, pour 23 % de la population, explique Roger Martelli, par ailleurs ancien membre du PCF. « C’est un amenuisement progressif. La défaite d’aujourd’hui n’est pas un coup de tonnerre dans un ciel serein, c’est un processus de longue durée. »

La perte du département était donc, pour Roger Martelli, « prévisible » : « S’il était resté communiste, ça aurait été miraculeux. » Elle s’inscrit dans une histoire : au moment où le PCF s’installe en banlieue, l’industrie est en plein essor, le nombre d’ouvriers augmente.

Manque d’adaptation

Depuis, le monde a été changé, « le cadre social dans lequel s’insère le PC a été bouleversé », poursuit l’historien, codirecteur de la rédaction du magazine Regards. Le nombre d’ouvriers a depuis drastiquement chuté, le salariat s’est ubérisé, la figure du « travailleur » et de la « travailleuse » s’est profondément modifiée. Et « le PC n’a pas pris la mesure suffisamment tôt de ces changements », estime Roger Martelli. Sans compter la concurrence des voisins de gauche.

La symbolique est tout de même moins forte qu’en Seine-Saint-Denis, perdue en 2008. « Ce département a été longtemps un territoire d’hégémonie incontestée. […] Il n’en fut jamais de même dans le Val-de-Marne », écrit Roger Martelli. En Seine-Saint-Denis, aujourd’hui dirigée par Stéphane Troussel (PS), près de 80 % de la population était autrefois sous égide d’une mairie communiste. Et il fut un temps où tous les députés du « 93 » étaient communistes.

Les résultats des élections départementales et régionales en Ile-de-France sont à retrouver sur 20minutes.fr.