La page des régionales à peine tournée, les politiques déjà rivés sur 2022

CAMPAGNE Au lendemain des résultats des élections régionales et départementales, dernier test électoral avant 2022, la bataillé présidentielle a bel et bien démarré

Laure Cometti et Thibaut Le Gal
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Au lendemain des régionales, Emmanuel Macron n'a pas commenté les résultats décevants de LREM, mais il a croisé celui qui veut le battre en 2022, Xavier Bertrand, lors d'une visite d'usine à Douai (Nord).
Au lendemain des régionales, Emmanuel Macron n'a pas commenté les résultats décevants de LREM, mais il a croisé celui qui veut le battre en 2022, Xavier Bertrand, lors d'une visite d'usine à Douai (Nord). — Ludovic Marin/AP/SIPA
  • C’était le dernier test électoral avant l’élection présidentielle de 2022 : le second tour des régionales et départementales s’est déroulé dimanche.
  • Le RN, qui comptait sur une bonne dynamique pour lancer la campagne de Marine Le Pen, veut vite oublier ses résultats décevants. Les marcheurs aussi souhaitent passer à autre chose après des scores très faibles, malgré leurs ambitions modestes.
  • A droite, le match des présidentiables a d’ores et déjà commencé, obligeant la direction des Républicains à préciser dès ce lundi son calendrier pré-2022. Et le PS et EELV revendiquent chacun leur légitimité à rassembler une candidature de gauche à la présidentielle.

« Demain commence une autre élection », lançait l’écolo Yannick Jadot dimanche soir après les résultats des régionales et départementales. Au lendemain d’un scrutin massivement boudé par les Français, les politiques se tournent désormais vers la présidentielle de 2022. A dix mois de l’élection suprême, Marine Le Pen et Emmanuel Macron veulent vite passer à autre chose. Au Rassemblement national, la déception de dimanche complique le lancement de la campagne présidentielle, car le scrutin était ciblé par les stratèges du parti.

« Gagner une région nous permettrait de montrer qu’on est capable de gérer une grande collectivité, comme La Lega [La Ligue, extrême droite] en Italie, qui administre de grandes régions. Pour nous, ce doute existe encore, il faut le lever. C’est un enjeu de taille pour la crédibilisation du mouvement », disait Philippe Olivier, le conseiller de Marine Le Pen. Dénonçant l’abstention historique, la candidate RN a reconnu le besoin, en vue de 2022, de « recréer une dynamique qui aurait été quasi automatique avec des très bons résultats aux régionales ». Cela débutera par le congrès du mouvement les 3 et 4 juillet à Perpignan.

« Macron n’a pas besoin de LREM pour être réélu »

Même déception pour les candidats de La République en marche, qui se projetaient en « faiseurs de roi » au second tour et espéraient même gagner le Centre-Val-de-Loire. En déplacement à Douai (Nord) pour visiter une usine, Emmanuel Macron n’a pas commenté les mauvais résultats de dimanche, ayant déjà prévenu qu’il ne tirerait pas d’enseignements nationaux de ces scrutins. Tout au plus a-t-il glissé que l’abstention « dit beaucoup de choses » et qu'« on aura tous à en tirer les conséquences ».

Le député LREM du Rhône Bruno Bonnell reconnaît un « désaveu » pour les marcheurs, mais préfère se concentrer sur 2022. « Macron n’a pas besoin de LREM pour être réélu », tranche le parlementaire. « Le parti doit revenir à la promesse initiale de réenchanter la politique. Il faut se concentrer sur la mobilisation des Français ». Quant au déficit d’élus locaux, qui auraient été utiles pour la future campagne, Bruno Bonnell pense que LREM peut le compenser par des « militants actifs et nombreux ».

A droite, l’été sera chaud

Renforcée par le scrutin, la droite se tourne déjà, elle aussi, vers 2022. Et, sans surprise, c’est Xavier Bertrand qui a le premier lancé la bataille à venir. Le président des Hauts-de-France et ex-Les Républicains, réélu avec 52,37 % des voix loin devant le RN (25,65 %), a confirmé sa candidature à la présidentielle. « Ce résultat me donne la force d’aller à la rencontre de tous les Français. »

Mais un membre de la direction de LR prévient : « Etre élu président de région ne qualifie pas de fait pour la présidentielle ». D’autant que Laurent Wauquiez et Valérie Pécresse, brillamment reconduits en Auvergne-Rhône-Alpes et en Ile-de-France, pourraient, comme d’autres (Bruno Retailleau, François Baroin, Michel Barnier), se joindre à la partie.

Avec son flegme habituel, le patron de LR, Christian Jacob, a temporisé dimanche soir, en appelant à l’unité depuis le QG du parti. « On doit prendre le temps du travail de fond, se rassembler. Et au mois de novembre, il devra y avoir un seul candidat de notre famille politique. C’est comme ça qu’on gagnera. » A la sortie d’une réunion ce lundi, le parti a précisé que le système de départage entre les prétendants de droite à l’Elysée  serait fixé le 30 septembre et soumis aux militants, alors que deux sondages devraient être lancés à l’automne pour tenter de dégager un champion.

PS et EELV continuent de revendiquer la position centrale

Les relations entre le Parti socialiste​ et Europe Ecologie-Les Verts risquent de se tendre dans les prochaines semaines. Dimanche soir, chacun a utilisé les résultats pour revendiquer le leadership à gauche, espérant faire l’union dans la perspective de la présidentielle. « La réalité c’est que quand l’accord se réalise [entre écologistes et socialistes], il y a un plafond de verre, ou même un plafond vert, ce qui fait que les socialistes sont aujourd’hui les plus crédibles pour conduire ces rassemblements », a taclé le patron du PS Olivier Faure sur RMC, dénonçant le manque de « crédibilité » des écologistes. « Le PS reste la clé de voûte du rassemblement », ajoute sur Twitter Emmanuel Grégoire, le bras droit d’Anne Hidalgo, qui prendra sa décision pour 2022 à l’automne.

Du côté d’EELV, on fait la lecture inverse du scrutin. « Le PS a perdu sa centralité idéologique et n’a pas su rassembler dans plusieurs régions, ou alors ils ont montré une volonté hégémonique, de manière irrespectueuse comme en Bourgogne-Franche-Comté », réplique l’eurodéputé David Cormand. « La force écologique est en réalité la seule en dynamique et aura sa candidature en septembre après la primaire. Ce que fera le PS n’est pas notre problème », ajoute l’ancien patron du mouvement.