Régionales : Que sait-on des ratés dans la distribution des professions de foi ?

COUAC Gérald Darmanin était entendu ce mercredi matin par la Commission des Lois, au Sénat, sur les dysfonctionnements qui ont touché le premier tour des élections régionales et départementales

Romarik Le Dourneuf

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Gérald Darmanin, était convoqué ce mercredi 23 juin pour s'expliquer devant le Sénat.
Gérald Darmanin, était convoqué ce mercredi 23 juin pour s'expliquer devant le Sénat. — THOMAS COEX / AFP
  • Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, s’expliquait, ce mercredi matin, devant la commission du Sénat au sujet des dysfonctionnements constatés dans la distribution des professions de foi, pour le premier tour des élections régionales et départementales.
  • La société privée Adrexo a été mise en cause pour des manquements dans le suivi et la formation des vacataires employés. Des photos diffusées sur les réseaux sociaux témoignent de plis retrouvés dans la nature, brûlés ou restés en stock.
  • Le ministère de l’Intérieur, pas le biais de son secrétaire général, a demandé aux préfectures de suivre attentivement la distribution de la propagande électorale pour le second tour. 

Ses oreilles doivent siffler depuis quelques jours… Ce mercredi matin, Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, était convoqué par la commission des Lois, au Sénat, pour s’expliquer sur les dysfonctionnements dans la distribution de la propagande électorale pour le premier tour des élections régionales et départementales.

Des manquements importants ont été constatés au point que toute la classe politique s’interroge sur l’incidence que cela a pu avoir sur l’abstention record enregistrée lors du scrutin du dimanche 20 juin. Pour bien comprendre ce qu’il s’est passé, 20 Minutes revient sur ce que l’on sait de ces couacs.

Que s’est-il passé avec les professions de foi ?

A chaque élection, les Français reçoivent les professions de foi des candidats leur permettant de faire un choix éclairé. Pour le premier tour des élections régionales et départementales 2021, plusieurs dizaines de milliers de Français n’ont pas reçu la traditionnelle enveloppe contenant la propagande électorale. Si Marlène Schiappa a évoqué le chiffre de 1 % des plis (soit 21.000 enveloppes) non distribués, Gérald Darmanin a estimé, ce mercredi, le chiffre à 9 % et « jusqu’à 13 % dans certaines zones urbaines ».

Les plaintes des électeurs ont été rapportées dans les bureaux de votes, dans les médias et sur les réseaux sociaux. Sur ces derniers, de multiples photos témoignaient du traitement réservé aux professions de foi : des enveloppes brûlées, jetées à la poubelle, restées en stock ou encore jetées dans la nature.

Qui est en charge de cette distribution ?

La distribution a été confiée à deux entités, La Poste, distributeur historique de la propagande électorale et la société Adrexo, dont le siège social se trouve à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). Cette dernière a, depuis le 1er janvier 2021 et pour une durée de quatre ans, la charge de la distribution des plis. Le ministre de l’Intérieur a confié à la commission sénatoriale que les régions concernées par la société privée sont les suivantes : Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté, Centre-Val-de-Loire, Grand-Est, Hauts-de-France, Normandie et Pays de la Loire. Gérald Darmanin a précisé que le travail d’Adrexo était suivi quotidiennement par ses services, afin de s’assurer de la bonne tenue de la distribution.

La société Adrexo a obtenu une partie du marché pour un montant de 200 millions d’euros. Le ministre de l’Intérieur a également rappelé que la privatisation de la distribution n’était pas le fait du gouvernement auquel il appartient mais qu’elle fait suite à la libéralisation des services de distributions de la propagande électorale de 2005, transposition d’une directive européenne.

Comment expliquer les ratés ?

La première raison invoquée par la société Adrexo, dès ce lundi, est une attaque informatique qu’elle aurait subie. Gérald Darmanin a évoqué brièvement cette attaque sans donner plus de détails devant la commission. Il a ensuite mis en avant le fonctionnement même de l’entreprise qui, en grandes difficultés avant d’obtenir le marché, tourne avec « beaucoup de vacataires ». Ces raisons, additionnées aux « défis logistiques importants » qu’entraîne la « concomitance des deux élections » (régionales et départementales), expliqueraient les manquements constatés. Le ministre de l’Intérieur a suggéré que « ce marché était peut-être trop gros pour eux (la société Adrexo) ».

En janvier déjà, la CGT de la Poste émettait des doutes sur les capacités d’Adrexo à assurer cette mission, mettant en avant le manque de formation des salariés de la société.

Toutes les explications fournies par Adrexo n’ont pas totalement convaincu Gérald Darmanin qui a expliqué attendre de nouvelles explications par écrit.

En sera-t-il de même pour le second tour des élections ?

Après l’annonce de la « cyberattaque » ce lundi, Adrexo a précisé mettre en place un « suivi de campagne spécifique au niveau local » via une « cellule d’accompagnement dédiée, à destination des préfectures, sous-préfectures et mairies et des procédures de suivi des distributions localement renforcées ». Pour s’assurer du bon déroulement de la distribution pour le second tour, le ministère de l’Intérieur a indiqué, dans un communiqué, avoir convoqué La Poste et Adrexo pour leur rappeler « l’obligation de résultat qui les liait » et leur demander « expressément de garantir que de tels dysfonctionnements ne se reproduisent pas ».

Pour assurer la bonne marche de la distribution de la propagande électorale, le secrétaire général du ministère de l’Intérieur, Benoît Albertini a écrit, ce dimanche matin aux préfets pour leur demander d’assurer « une supervision effective et systématique de la mise sous pli » et de « détacher un agent de la préfecture sur les lieux où sont organisées ces opérations pour en vérifier la qualité ». Les distributeurs, devront également mettre en place une cellule opérationnelle de suivi et donner suite aux signalements « dans les plus brefs délais ».

Pour contrebalancer l’effet négatif des manquements à la distribution sur l’abstention, Marlène Schiappa, ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur de France, chargée de la Citoyenneté, a annoncé ce mercredi sur la chaîne CNews, que le gouvernement allait lancer une campagne de communication « éclair sur les réseaux sociaux », pour inciter les électeurs à aller voter au second tour.

De son côté, Gérald Darmanin s’est déclaré favorable à reprendre les choses en main par une « régie », pour « assurer le service public des élections » en soulignant que cela permettrait de « remuscler les préfectures ».