Régionales : Après le record d'abstention, les politiques cherchent la parade pour doper la participation

POLITIQUE L’abstention a atteint un record, dimanche, au premier tour des scrutins régionaux et départementaux, au-delà de 65 % de l’électorat

Laure Cometti

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Plus de 65% des électeurs ont boudé les urnes le 20 juin 2021.
Plus de 65% des électeurs ont boudé les urnes le 20 juin 2021. — LOIC VENANCE / AFP
  • La classe politique a unanimement réagi après l’abstention historique du premier tour des régionales et départementales.
  • Les propositions pour tenter d’inciter les Français à voter ont fait leur retour dans les débats, notamment à l’Assemblée ce mardi.
  • 20 Minutes a interrogé Céline Braconnier, politologue et co-autrice de La démocratie de l’abstention, sur ces différentes pistes.

Le record d’abstention, atteint dimanche au premier tour des régionales, n’a pas fini de faire réagir les politiques. Le président de l’Assemblée a annoncé ce mardi qu’il proposera « dès la semaine prochaine des initiatives » pour « identifier les ressorts » de cette très faible participation. Depuis dimanche soir, et la participation de moins d’un électeur sur trois au scrutin, les politiques (re) lancent des pistes pour faire revenir les citoyens aux urnes.

  • Un minimum de participation pour valider l’élection

Le patron des Insoumis Jean-Luc Mélenchon a indiqué lundi lors d’une conférence de presse que son groupe proposerait un texte instaurant « un seuil minimum de participation pour qu’une élection soit déclarée valide ». Cela encouragerait-il à aller voter ? « Les citoyens méconnaissent souvent le mode de scrutin, il est donc difficile d’affirmer que ce type de mesure modifiant la procédure électorale aurait un effet sur la participation », estime Céline Braconnier, directrice de Sciences Po Saint-Germain-en-Laye. « Cela peut changer indirectement les choses, en produisant des effets sur les candidats. » Traduction : les politiques, et surtout les partis, seraient peut-être incités à davantage mobiliser les électeurs.

  • Reconnaître le vote blanc

Si le vote blanc, c’est-à-dire une enveloppe vide ou contenant une feuille blanche, est comptabilisé, il n’est effectivement pas inclus dans le total des suffrages exprimés. Or d’après nos décomptes, 319.997 électeurs ont voté blanc dimanche dans les 13 régions métropolitaines, soit autour de 2 % des votants. Inclure ces voix dans les résultats, comme l’a également réclamé Jean-Luc Mélenchon lundi, permettrait-il de faire baisser l’abstention ? Difficile de faire des prévisions, selon la politologue. « Contrairement aux abstentionnistes, qui sont souvent dépolitisés, les électeurs qui votent blanc sont très politisés, donc a priori cela n’aurait pas ou peu d’impact sur la participation ».

  • Voter par correspondance

A l’Assemblée ce mardi, le patron des députés MoDem Patrick Mignola a rappelé que son groupe avait proposé, il y a un an déjà, de mettre en place le vote par correspondance. Il a au passage souligné que La République en marche n’avait pas soutenu le texte à l’époque. « Cela pourrait faciliter la participation », note Céline Braconnier. « Ne pas pouvoir voter si l’on n’est pas physiquement dans la commune où l’on est inscrit, c’est un des facteurs d’abstention », dit-elle, citant l’exemple du vote des détenus instauré en 2019.

Les prisonniers ont pu voter par correspondance aux élections européennes. Si seulement un dixième des détenus s’étaient enregistrés sur les listes électorales, ces inscrits avaient voté par correspondance à 89,42 %, selon le ministère de la Justice. « C’est un taux impressionnant », souligne Céline Braconnier, qui nuance toutefois : « Ce n’est pas uniquement par la technique qu’on réenchantera la politique, mais plus les citoyens sont désenchantés, moins il leur faut d’obstacles pour aller voter ». Selon elle, autoriser le vote par anticipation irait dans le même sens. « En étalant dans le temps la possibilité de voter, certains électeurs pourraient s’organiser, par exemple s’ils travaillent le jour du scrutin. »

  • Voter par ordinateur ou smartphone

« Il faut qu’on passe à un autre siècle dans la manière de voter, il faut évoluer », a réclamé ce mardi la députée MoDem des Hauts-de-Seine Isabelle Florennes au micro de LCP, plaidant pour le vote numérique. « Je souhaite qu’on puisse mettre en place le vote par Internet dans le prochain quinquennat », a également demandé Stanislas Guerini, le patron de LREM, sur France Inter lundi.

Selon un sondage Odoxa mené après le premier tour des élections municipales, en mars 2020, en plein début d’épidémie de coronavirus, 56 % des Français « auraient aimé pouvoir voter à distance depuis leur smartphone ou leur ordinateur ».

« Dans les pays où c’est pratiqué, cela permet aux jeunes de participer plus simplement », ajoute Céline Braconnier, alors que plus de 80 % des 18-35 ans n’ont pas participé au premier tour des régionales. Mais les enjeux de sécurité sont importants, et « il faut en parallèle maintenir le vote à l’urne », estime-t-elle.

  • Faire des campagnes de communication

Au moment du report des élections régionales et départementales, initialement prévues en mars, le gouvernement s’était engagé à créer une campagne pour inciter les citoyens à voter. Depuis le 5 juin, et jusqu’au 26 à minuit, une vidéo de deux minutes expliquant les compétences des régions et des départements est diffusée sur Instagram, YouTube, sur des sites de la presse quotidienne régionale et de météo, nous indique Matignon. Le public ciblé est âgé de 18 à 30 ans.

Avant le premier tour, cette vidéo avait été vue 23 millions de fois et généré 50.000 visites sur le site Ouijevote.fr. Le tout pour un budget de 160.000 euros. Marlène Schiappa a annoncé ce mercredi sur CNews qu'une campagne de communication «éclair sur les réseaux sociaux» pour inciter à voter au second tour va être lancée au plus tard ce jeudi. 

« Les réseaux sociaux peuvent permettre de toucher les jeunes et les informer de ce scrutin, à condition de s’assurer que les voies traditionnelles de campagne sont assurées », souligne Céline Braconnier. « Pour les gens très peu politisés, recevoir dans sa boîte aux lettres les professions de foi constitue un repère important ». Or cette distribution a connu d’importants bugs avant le premier tour, amenant le gouvernement à demander ce mardi des « correctifs immédiats » aux deux entreprises missionnées. Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin sera auditionné ce mercredi par le Sénat sur ces dysfonctionnements.

  • What else ?

Parmi les autres idées pour enrayer l’abstention figure le vote obligatoire, dont le Mouvement radical dit vouloir débattre, le vote dès 16 ans, qui a fait l'objet d'une proposition de loi en septembre dernier, ou encore le renforcement de l’instruction civique.