Régionales : Comment les tractations en vue du second tour se déroulent-elles ?

POLITIQUE Les discussions d'entre-deux tours ont bien avancé ce lundi, veille de la date butoir pour le dépôt des listes

Laure Cometti

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Audrey Pulvar, Julien Bayou et Clémentine Autain à Aubervilliers après l'annonce de leur union pour le second tour des régionales
Audrey Pulvar, Julien Bayou et Clémentine Autain à Aubervilliers après l'annonce de leur union pour le second tour des régionales — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
  • Pour additionner leurs forces, les listes ayant obtenu au moins 5 % des voix au premier tour des régionales peuvent fusionner pour le second, prévu ce dimanche.
  • Les tractations, commencées dès dimanche soir, ont abouti ce lundi à plusieurs fusions et alliances, entre listes de gauche et listes écolos.
  • En coulisses, ces échanges longs et nocturnes, parfois tendus, ne sont pas toujours fructueux.

La nuit a été courte pour certains candidats aux régionales. Dès la publication des résultats dimanche soir, les tractations en vue du second tour de l’élection ont débuté. Seules les listes ayant dépassé les 10 % des suffrages exprimés peuvent se maintenir au second tour, mais celles ayant obtenu 5 % peuvent fusionner. Les discussions sont souvent longues et âpres, puisque les candidats doivent se mettre d’accord sur un projet commun ainsi que sur la composition de nouvelle liste (quelles personnes ? dans quel ordre ?). Le tout en à peine deux jours et deux nuits, puisque les listes pour le second tour doivent être déposées avant 18h mardi.

« Nous n’avons pas dormi »

Dans les Pays-de-la-Loire, les équipes de Mathieu Orphelin et Guillaume Garot n’ont pas beaucoup fermé l’œil. Le premier, député anciennement macroniste et ex-EELV, soutenu par les insoumis et les écolos, est arrivé deuxième au premier tour avec 18,7 % des voix. Le second, député socialiste, est troisième (16,3 %). Pour essayer d’additionner leurs forces et battre la sortante de droite Christelle Morançais (34,29 %), ils ont annoncé s’allier au second tour dès dimanche soir, avant d’entamer « des discussions sereines, fluides », a relaté Guillaume Garot lors d’une conférence de presse ce lundi.

« Nous n’avons pas beaucoup dormi, mais nous avons beaucoup travaillé », sourit Mathieu Orphelin, qui prendra la tête de cette nouvelle liste composée des colistiers des deux hommes à la proportion de leur score au premier tour, « soit environ 50/50 ». « On montre la voie, j’espère pour les négociations à gauche dans les autres régions », a lancé le candidat.

Négocier les places sur la liste commune, « le plus douloureux »

En Bourgogne-Franche-Comté, les écolos pouvaient se maintenir (avec 10,3 % des voix), mais ils ont opté pour une fusion avec la présidente sortante socialiste Marie-Guite Dufay pour faire barrage au Rassemblement national. « Le risque d’une victoire de Julien Odoul a beau être faible [il a obtenu 23,19 % des suffrages], on ne veut pas le prendre », explique-t-on dans l’entourage de la tête de liste EELV Stéphanie Modde.

« On avait commencé à réfléchir en amont du premier tour, pour évoquer le programme, et les places sur la liste, ce qui est moins important mais prend plus de temps, car c’est plus douloureux », indique-t-on dans le camp écolo. Il s’agissait en l’occurrence de fusionner deux listes de 116 noms chacune. « Une fois les résultats définitifs tombés dimanche soir, des représentants des deux listes se sont retrouvés dans un lieu neutre, une salle dans un hôtel. Ils ont discuté toute la nuit, ça a fini à 6 heures, puis il a fallu envoyer le bulletin chez l’imprimeur à 11h », raconte un proche de la candidate.

Les Verts auront finalement 8 candidats en position éligible sur cette liste d’union. « En Centre-Val-de-Loire, EELV a fait 10,85 %, comme nous, mais aura 12 places éligibles sur la liste de fusion avec le sortant PS », observe-t-on dans l’entourage de Stéphanie Modde pour souligner que les négociations n’ont pas été simples dans la région.

Un trio rassemblé en Ile-de-France, échec en Normandie

En Ile-de-France, l’union aura aussi lieu à gauche, mais les discussions ont pris un tout petit plus de temps, et pour cause : les résultats définitifs sont tombés au milieu de la nuit. L’alliance a été officialisée quelques heures après celle des Ligériens. L’écolo Julien Bayou (12,95 % au premier tour), la socialiste Audrey Pulvar (11,07 %) et l’insoumise Clémentine Autain (10,24 %) présentent les termes de leur accord ce lundi à 17 heures à Aubervilliers. Les anciens adversaires en profiteront pour faire leur premier déplacement de campagne à trois, sur le thème de la rénovation thermique. Car l’enjeu, une fois les difficiles tractations passées, est d’afficher cette nouvelle union après avoir dû faire des concessions sur leurs programmes respectifs.

Les échanges « se sont très bien passés », selon l’entourage de Julien Bayou. « Tout le monde avait la volonté d’aboutir très vite pour se mettre en ordre rapidement et proposer une alternative à la présidence de Valérie Pécresse ».

Les listes de gauche ont ainsi opéré des fusions dans au moins six régions ce lundi. Les discussions ont en revanche échoué en Nouvelle-Aquitaine entre le sortant PS et EELV, ou encore en Normandie entre les listes PS-EELV et PCF-LFI, où la seconde n’était pas en mesure de se maintenir avec 9,6 % des voix. Quant à des alliances entre listes de droite et au centre, elles sont plus rares. Des discussions ont toutefois eu lieu entre Nicolas Forissier (LR) et Marc Fesneau (MoDem) en Centre-Val-de-Loire, avant d'échouer ce mardi.