Résultats des régionales dans le Grand-Est : Pourquoi la région est la recordwoman de France de l'abstention

POLITIQUE Moins de 3 électeurs sur 10 se sont déplacés aux urnes dimanche, pour un taux d'abstention (70,32%) supérieur à la moyenne nationale (66,74%)

Thibaut Gagnepain

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Seulement trois électeurs sur dix ont voté dimanche dans le Grand-Est.
Seulement trois électeurs sur dix ont voté dimanche dans le Grand-Est. — T. Gagnepain / 20 Minutes
  • Le Grand-Est a été la région où les électeurs se sont le plus abstenus dimanche, au premier tour des élections régionales.
  • Pourquoi ? On a tenté de comprendre, avec les têtes de liste mais aussi un politologue, Philippe Breton.
  • « Ça n’aurait été que pour l’Alsace que n’aurait rien changé. Là encore, le faible score (3,67 %) d’Unserland, le parti autonomiste, le montre », explique notamment Philippe Breton, dans un débat d’autonomie vieux comme la loi des grandes régions.

Au moins, ce n’est pas la faute de la mer ou de l’océan. Les électeurs du Grand-Est, loin de la moindre plage d’importance, sont aussi restés à distance des bureaux de vote dimanche. Comme partout en France, le premier tour des élections régionales a été marqué par une abstention massive. Mais de manière encore pire qu’ailleurs, avec un taux de participation incroyablement faible.

Sur les un peu plus de 3,8 millions d’électeurs inscrits, seulement 1,1 million ont déposé un bulletin dans l’urne. Soit environ 30 % d’entre eux, là où la moyenne française s’élève à un peu plus de 33 %. En Corse, ce sont même 57 % des inscrits qui se sont déplacés. Le fort sentiment de régionalisme qui règne encore sur l’île serait-il lié à cet entrain, certes relatif ?

Sans comparer les deux situations, toutes les têtes de listes du Grand-Est ont déploré l’abstention dimanche soir. Et certains l’ont souvent liée à l’énormité de leur terrain de jeu. Un territoire né en 2015 de la fusion de l’Alsace, de la Lorraine et de la Champagne-Ardenne, soit de dix départements qui s’étendent sur un peu plus de 57.000 km².

« Machin administratif coûteux »

« En étant la région où la participation est la plus faible de France, elle montre le rejet de nos concitoyens pour ce "machin administratif" coûteux », a dénoncé, de la manière la plus virulente, le candidat du Rassemblement national Laurent Jacobelli. Dans le cas de Brigitte Klinkert, ministre et représentante de la majorité présidentielle, on évoquait aussi des difficultés pour les électeurs à « s’identifier ».

Des arguments recevables pour expliquer ce désintérêt des électeurs du Grand-Est ? « Il ne faut pas toujours chercher à mettre des explications partout. L’écart d’abstention avec certaines autres régions (Ile-de-France 69 %) n’est pas énorme non plus », relativise d’abord le politologue alsacien Philippe Breton. « Il n’y a pas que le Grand-Est qui a été construit de cette manière. Il faut par exemple entendre les gens d’Auvergne-Rhône-Alpes, une région aussi très grande et sans grande unité géographique. Et on l’a bien vu, le candidat, qui s’est opposé le plus frontalement au Grand-Est, Laurent Jacobelli, n’a pas fait de carton. » Au contraire, le représentant RN s’est contenté de 21,12 % des suffrages, contre 36 % à son prédécesseur Florian Philippot en 2015.

« Que l’Alsace ? Ça n’aurait rien changé »

« Ça n’aurait été que pour l’Alsace que n’aurait rien changé. Là encore, le faible score (3,67 %) d’Unserland, le parti autonomiste, le montre, poursuit celui qui est également le directeur éditorial de l’Observatoire de la vie politique et sociale en Alsace (Ovipal). Et j’ajoute que la création récente de la Collectivité européenne d’Alsace n’a pas eu l’effet escompté. Il n’y a pas eu de souffle autour. »

Non, Philippe Breton, ne veut pas mettre le Grand-Est à part et lui attribuer un bonnet d’âne. Comme partout sur le territoire, les électeurs ne se sont pas déplacés pour un désintérêt plus profond. « Il n’y a pas eu de campagne, il n’y a quasiment plus de militants… Je le dis depuis des années, les gens ont besoin d’un récit, d’une histoire, d’un cap et qu’on les intéresse à la vie de la cité. Sauf qu’on ne leur parle plus et on voudrait qu’ils répondent ! »

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