Résultats des régionales : « Je ne crois plus en ces personnes qui nous représentent »… Les Français ont boudé les élections

VOUS TEMOIGNEZ Après l’abstention record du premier tour des élections régionales et départementales dimanche 20 juin, nous avons demandé aux internautes pourquoi ils ne se sont pas déplacés dans les bureaux de vote

Charlotte Murat

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Il n'y avait vraiment pas foule dans les bureaux de vote pour le premier tour des élections régionales et départementales, comme ici, à Lyon.
Il n'y avait vraiment pas foule dans les bureaux de vote pour le premier tour des élections régionales et départementales, comme ici, à Lyon. — KONRAD K./SIPA
  • Le premier tour des élections régionales et départementales a été marqué par une abstention record. Les internautes nous expliquent pourquoi ils ne sont pas allés voter.
  • Si la non-distribution des professions de foi a dissuadé certains d’aller voter, c’est surtout la défiance envers le personnel politique qui s’est exprimé. Les électeurs n’ont plus confiance dans les élus et estiment que les débats politiciens sont trop éloignés de leurs préoccupations.
  • Certains plaident également pour la reconnaissance du vote blanc.

Ça a commencé par une impression. « Tiens, il n’y a pas grand monde dans le bureau de vote. » Et puis ça s’est confirmé dans la soirée, quand les chiffres de l’abstention sont tombés. Avec un taux fixé entre 66,1 % et 68,6 % selon les instituts de sondage, l’abstention à ces élections régionales et départementales (oui, parce qu’on votait aussi pour les départementales) a été la plus forte de tous les scrutins de la Ve République, hors référendum.

Pourquoi ? Du côté des oppositions de gauche comme de droite, sans surprise, les fautifs, c’est le gouvernement. «Jamais il n'y a eu un tel cafouillage», a accusé Christian Jacob, le chef des Républicains. Jean-Luc Mélenchon, lui, appelle à une commission d'enquête sur les conditions du vote à cause de tous les couacs qui se sont révélés, à commencer par les professions de foi des candidats non distribuées à un grand nombre d’électeurs. Mais comme la meilleure explication à cette abstention est celle des électeurs eux-mêmes, nous vous avons demandé pourquoi vous avez boudé ces élections.

Première explication, et la plus logique : pour aller voter, il faut savoir qu’il y a des élections. Or « mes amis et moi on ne savait même pas qu’il fallait aller voter », assure Lucas, 23 ans. Peut-être font-ils partie des électeurs malchanceux qui n’ont pas reçu les professions de foi des candidats dans leur boîte aux lettres. Si vous faites partie de ces gens qui ne comprennent pas bien en quoi ces quelques tracts peuvent jouer sur un vote, vous avez là une première utilité. La seconde étant de présenter les programmes des candidats. Ce qui a bien fait défaut à Alice, 40 ans, qui n’a donc pas pu faire son choix. Quant à Albéric, 55 ans, et sa femme, « nous avons pris cela comme un manque de respect et une nouvelle inégalité entre les zones urbaines et rurales. Nous voterons au second tour si nous recevons à temps les professions de foi. »

Le fossé entre la classe politique et les électeurs

Mais pour l’immense majorité des internautes ayant répondu à notre appel, cette histoire de tracts n’a au fond que peu d’importance. Ils ne se seraient de toute façon pas déplacés, tellement leur défiance est grande envers la classe politique. « J’ai toujours voté depuis que j’ai 18 ans, mais aujourd’hui, à 43 ans, je ne crois plus en ces personnes qui nous représentent, explique Peggy. Les débats sont stériles, chacun défend son petit morceau de pouvoir, se rejette la faute. Bref, on se croirait parfois dans une cour de maternelle, et ce, même au sein d’un même parti. Rien de constructif n’en ressort, malheureusement. Je pense que beaucoup d’entre eux sont déconnectés du quotidien des Français et ne sortent qu’au moment des élections. »

Ce sentiment de fossé entre les politiques et les électeurs est largement partagé dans les réponses que nous avons reçues. Les électeurs ne veulent plus de la politique politicienne, des jeux d’alliance et de barrage, pour revenir aux sujets qui les préoccupent vraiment. « Je ne me suis pas rendu aux urnes au regard du triste spectacle que nous ont offert les candidats, précise Richard, 56 ans. Comme le souligne Monsieur Delahousse, les Français ne supportent plus cette médiocrité. Nous méritons un autre débat, celui des idées claires, des véritables enjeux. » Et même si l’on s’en tient aux idées et mesures proposées par les candidats, « quel est l’intérêt d’aller voter pour un programme qui n’a aucune obligation légale d’être tenu ? » demande Claire, 23 ans. « Quitte à être pris pour un imbécile, autant l’être jusqu’au bout », ajoute Manu, 65 ans.

Un système de vote archaïque

Autre argument avancé par les internautes, qui revient à chaque élection comme les marrons chauds à l’approche de Noël, celui du vote blanc. « Tant qu’il n’aura pas une vraie reconnaissance, cela restera le même cirque », avance Rémi, 32 ans, soutenu par Peggy, qui précise que « si le vote blanc était reconnu en tant que tel lors des élections, je serais allée voter. » Clément, lui, plaide pour une inscription automatique sur les listes électorales et sur une modernisation du système de vote, qui correspondrait davantage aux usages actuels. « C’est un système archaïque, qui ne convient plus à la nouvelle génération. J’aimerais que mon engagement politique passe par un vote numérique, simplifié et réalisable de n’importe où, en quelques minutes. Peut-être via mon numéro fiscal ou de numéro de sécurité social, plaide le jeune homme de 30 ans. Aujourd’hui, je ne sais pas sur quelle liste électorale je suis enregistré et comment en changer et je ne veux pas m’en préoccuper. »

Dernière raison pour expliquer l’abstention, dimanche, c’était la fête des pères et il pleuvait vraiment très fort. Alors entre la volonté de ne pas se mouiller, les préparatifs du déjeuner, et l’accueil de sa famille, « l’heure de clôture du scrutin est arrivée » sans qu’Evelyne, 77 ans, « puisse [se] libérer. » Tout comme Angèle, 25 ans, qui « plutôt que de voter pour des gens qui ne [lui] correspondent pas », a « préféré rester avec [son] père. » Dimanche prochain, à part les Fernand, ça ne sera la fête de personne. Rendez-vous peu après 20 heures pour voir si l’abstention record du premier tour se confirme au second.