Régionales en Paca : « J'ai appris le sens des responsabilités », confie Jean-Laurent Félizia

INTERVIEW Le candidat du rassemblement social et écologique ne se voyait finalement pas rester pour une triangulaire et porter « une part de responsabilité dans la venue du RN »

Propos recueillis par Alexandre Vella

— 

L'écologiste Jean-Laurent Félizia est revenu sur sa décision de se maintenir face au RN et au LR en Paca
L'écologiste Jean-Laurent Félizia est revenu sur sa décision de se maintenir face au RN et au LR en Paca — Alain Robert / Sipa
  • Jean-Laurent Félizia était le candidat du rassemblement social et écologique aux élections régionales en Paca.
  • Arrivé en troisième position avec 16,9 % des voix, derrière Renaud Muselier et Thierry Mariani, il a d’abord annoncé se maintenir pour une triangulaire.
  • Face au « risque RN » et sous pression, il s’est finalement ravisé.

Tandis que dans son local de campagne de Marseille les militants s’affairent à décrocher les affiches et faire l’inventaire du matériel de location, Jean-Laurent Félizia, candidat du rassemblement social et écologique défait aux élections régionales en Paca s’explique sur les raisons de son revirement et son avenir.

Dimanche soir vous annoncez votre maintien, lundi à 14 heures vous présentez votre retrait, que s’est-il passé entre-temps ?

On pensait que l’écart entre Thierry Mariani et Renaud Muselier (estimé à 1,1 point d’écart en début de soirée) se réduirait, et donc que nous pouvions nous maintenir. On a sans doute annoncé la couleur un peu tôt. La soirée, nous a petit à petit asséché en termes d’espoir.

Le matin, j’ai gardé cette ligne, il fallait que je la tienne. Mais cet écart qui s’est creusé (Thierry Mariani a fini devant Renaud Muselier de 4,5 points) m’a recadré et je me suis retrouvé dans le doute, surtout avec les reports de voix des autres listes d’extrême droite Debout la France (2,7) et Zou (1,66).

Est-ce une décision individuelle ou collective ?

Depuis le début de la campagne j’ai un mode de décision basé sur mon conseil politique et le consensus. Les avis étaient très partagés. La discussion a duré deux heures. Il y avait deux options, une de court terme qui considérait qu’on ne pouvait pas abandonner nos électeurs et puis la menace du RN, avec l’horizon de la présidentielle.

Il y a immédiatement eu des appels et beaucoup de pression pour que vous vous retiriez. Des menaces d’exclusion d’EELV, votre parti. Cela a pesé ?

Je ne jette pas la pierre aux organisations nationales. Je peux comprendre, sans le juger. Il y a peut-être eu des mots brutaux, mais je ne les prends pas comme une injonction. Je sais que mon choix déçoit beaucoup mais j’ai aussi des messages de soutien d’Eric Piolle, Olivier Faure, Julien Bayou, des gens qui ont une certaine expérience de la vie politique. Je ne me voyais pas être dans les manuels d’histoire et de politique comme la personne portant une part de responsabilité dans la venue du RN. Mais je sais qu’il y a une certaine caste citoyenne qui le vit très très mal.

Muselier disait ce mardi matin qu’il permettrait à la gauche de déposer des motions ? Avez-vous discuté avec lui ?

Ce n’est pas le sujet aujourd’hui. Je lui ai eu juste téléphoné avant d’annoncer notre retrait. Je n’ai pas à évaluer aujourd’hui ce que son annonce vaut. A lui de voir de quelle manière notre projet peut servir à la région.

La gauche sociale et écologique sera de nouveau absente du conseil régional pour six ans. Avez-vous pensé à négocier votre retrait ?

Nous n’avons jamais eu ce contact direct avec Renaud Muselier. Mais cette question a été abordée dans notre conseil politique. Il est difficile pour moi de mailler sa vision de la région avec ce que nous tenons comme primordial. Cela aurait posé un problème de cohérence. Après, je crois qu’il y a eu des contacts, mais avec des représentants nationaux.

Qu’avez vous appris de cette première aventure politique à forte exposition médiatique ?

Le sens des responsabilités. Ce que nous sommes quand nous endossons cet habit devant les caméras et les photographes, on ne peut pas mentir et moi je suis ce candidat atypique qui n’a jamais menti.